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CléryLes secrets de Jeanne - De Rouen à Cléry

Pulligny

Pulligny est un village de 1200 habitants situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Nancy.

Localisation de Pulligny.

C'est dans l'église de ce village qu'a été ensevelie Jeanne des Armoises, Pucelle de France, après sa mort, que les auteurs hétérodoxes situent entre 1449 et 1450, quand bien même nous l'estimons plus tardive, en 1451 ou 1452.

L'église de Pulligny, et le cimetière.

Le tombeau de Jeanne ?

La tombe de Jeanne a longtemps été signalée dans l'église par une inscription sur le mur de la chapelle située à droite du chœur qui énonçait que reposait ici "le corps de Jehanne des Armoises, Pucelle de France, et celui de son époux, Robert des Armoises en son armure".

Il nous faut également signaler que les Dames de Bourlémont, qui certainement furent parmi les initiatrices de Jeanne, et peut-être même certaines des "Voix" mystérieuses de la Pucelle, sont également ensevelies dans cette même église. Et pour certains historiens (dont Motey), le nom "Poulangy" (un des premiers compagnons de Jeanne) serait vraisemblablement une corruption du nom " Pulligny"...

D'ailleurs,dans l'ouvrage de l'Abbé Eugène Martin, "Pulligny, étude historique & archéologique", publié en 1893, on trouve le passage suivant:

Une lettre de rémission de Charles VI, roi de France, en date du 4 avril 1408, parle d'une certaine "Isabeau, veuve de Loion (Louis) de Pulligny, jadis bourgeois de Toul, native du dit Toul, lors à présent demeurant à Vaucouleurs". Or un mandement latin du 19 octobre 1409 cite une "Isabellis, filia Joannis Colin, relicta defuncti ludovici de Pulengy" ; ce qui a fait soupçonner à Siméon Luce (Jeanne d'Arc à Domremy, pp 23 et 28) que ce Louis de Puligny ou Pulengy pourrait bien être le père ou le parent de Bertrand de Poulangy, l'un des compagnons de Jeanne.

Cette chapelle à droite du chœur serait-elle l 'endroit où fut ensevelie Jeanne des Armoises ?

Mais l'inscription qui signalait le tombeau de Jeanne a disparu aux alentours de 1900. Au moment d'ailleurs où l'on envisage sa béatification. Mais subsiste sur le mur de la chapelle son encadrement en pierre.

Même si l'on a détruit l'inscription, son encadrement de pierre demeure !

ICI REPOSE LE CORPS DE JEHANNE DES ARMOISES, PUCELLE DE FRANCE ET CELUI DE SON ÉPOUX ROBERT DES ARMOISES EN SON ARMURE

Selon la mémoire collective du village, voilà ce qu'on pouvait lire sur le panneau concerné !

Le motif figurant sur la croisée d'ogives de cette chapelle a également été effacé...

On constate par contre que l'écusson a été proprement "limé", et non grossièrement martelé...

D'après la tradition populaire, le lieu avait alors été fermé, et même clos à l'aide de scellés, afin d'y procéder à des "travaux". Que s'est-il passé pendant cette semaine là, nul ne peut maintenant le dire exactement ! On a vraisemblablement exhumé alors les restes de la Pucelle, pour les transférer en un autre endroit.

L'ouvrage d'Eugène Martin :

Prélat du Diocèse de Nancy, doyen du Chapitre cathédral (à partir de 1932 ; prélat romain, 1939), membre de l'Académie de Stanislas (à partir de 1897 ; secrétaire perpétuel à partir de 1945), docteur ès lettres (Nancy, 1891), Eugène Martin ( 1859-1948) publie en 1893 (Nancy. Crépin-Leblond) un ouvrage de 111 pages intitulé "Pulligny, Etude historique et archéologique".

Dans cette étude par ailleurs complète, le bon chanoine Martin omet précisément une chose cruciale... La sépulture de Jeanne des Armoises ! On trouve à la page 111 de l'ouvrage le texte suivant:

L'autre chapelle est plus petite: l'écusson de la clé de voûte est effacé. Nous ne savons, ni par qui elle fut construite, ni sous quel vocable elle fut placée. Elle est certainement contemporaine de l'église...

Ce qui fait écrire à notre confrère Bernard Orlianges:

Le bon abbé était à coup sûr à la manoeuvre, lors de l'expédition vaticane de la fin du XIXème. C'est lui, l'érudit de Nancy qui a préparé l'opération par des repérages... Il a certainement servi de guide au commando pendant la semaine "béate", et sa mission se terminait avec la rédaction du petit livre sur Pulligny.
Un cas d'école pour ce prêtre pris en flagrant délit de mensonge... "Circulez, y-a rien à voir !"
Très fort !

L'ouvrage d'Eugène Martin

Lire en ligne l'ouvrage d'Eugène Martin.

Un lecteur nous signale un fait bizarre: l'ouvrage en question ne figurait curieusement pas dans la liste des ouvrages publiés par le chanoine Eugène Martin sur le site IdRef, le référentiel des autorités Sudoc... Jusqu'à la publication de ce fait dans notre article... Cette curieuse omission est maintenant réparée !

Consulter la liste des ouvrages d'Eugène Martin sur le site IdRef.

Un article dans la Revue Lorraine Populaire:

En 1991 parait dans le numéro 103 de LA REVUE LORRAINE POPULAIRE un article dû à la plume de Léon Phulpin et intitulé "La fausse Jeanne d’Arc est-elle inhumée dans l’église de Pulligny ?".
(Il a été à nouveau publié dans le Bulletin Périodique du Groupe des Ingénieurs Arts et Métiers de Meurthe et Moselle en mai/juin 2007, puis repris en 2012 sur le site "pulligny-moulin.com")...

Nous vous en livrons ci-après la conclusion:

"La seigneurie d’Autrey ayant appartenu en totalité à la famille de Saint-Menge jusqu’en 1456, pour passer plus tard à la famille du Fay par héritage et seulement après à la famille des Armoises, il est difficile de faire croire que Jeanne des Armoises, la fausse Jeanne d’Arc, ait pu avant 1450, date présumée de son décès, rendre visite à Autrey à des Armoises, qui ne pouvaient pas s’y trouver et encore moins à un filleul, Louis des Armoises, qui n’était pas encore né.

Il en découle que dire que l’église de Pulligny a contenu la sépulture de Jeanne des Armoises ne peut que relever de l’imagination".

Lire l'article complet de Léon Phulpin.

L'auteur va plus loin dans la polémique (le ton est d'ailleurs donné dès le départ avec l'assertion "fausse Jeanne d'Arc") en réfutant même le fait que Jeanne des Armoises a été ensevelie dans l'église de Pulligny ! Pour la seule raison d'ailleurs que la seigneurie d'Autrey n'aurait pas appartenu à la famille des Armoises en 1450... Comme s'il avait été impossible à Jeanne de visiter un membre de sa famille s'il n'était point le seigneur local...
Mais c'est vrai aussi que Phulpin est né en 1922 et qu'à la date de sa naissance, les restes de Jeanne avaient déjà été "déménagés"...

Le "témoignage" de l'abbé Henry :

Dans une correspondance du 22 janvier 1960 (dont nous possédons copie), l'abbé Jean Henry, alors curé de Sauvigny, petit village sis non loin de Domremy, écrit à son confrère de Pulligny :

"J'ai appris que votre église possédait jadis une épitaphe concernant une Dame des Armoises et qu'on la fit disparaître en 1909 à l'occasion de la béatification de Jeanne d'Arc....Pourriez-vous en feuilletant les registres paroissiaux de 1909 ou d'autres documents conservés à la cure ou dans le village, me donner des détails sur cette épitaphe, sur le personnage qu'elle désignait et sur l'enlèvement de cette pierre ou plaque funéraire ?"

On a donc là un témoignage particulièrement intéressant quant à une date d'intervention des émissaires du Vatican dans l'église de Pulligny !
Rappelons en effet qu'à cette époque, l'année1909, le futur Cardinal Eugène Tisserant vient d'être ordonné prêtre (4 août 1907 à Nancy), et qu'il a déjà fréquenté la fameuse bibliothèque vaticane, dès 1908, en tant que ... conservateur !
Lire l'article de Martial Cadiou sur le trop fameux cardinal Tisserant...

Eugène Tisserant en 1958

Les croix dans le sol...

Une fidèle de notre site nous informe avoir découvert sur le sol, du côté gauche, dans le chœur de l'église, la trace d'une pierre tombale en partie masquée par le carrelage .

Un signe est gravé dans cette pierre, représentant un  croix ancrée, ou croix de Malte. Quelle peut en être la signification ?

La petite croix de Malte gravée dans une dalle du chœur !

A la suite de la publication de l'information ci-dessus, nous avons reçu un courrier nous signalant la présence d'une pierre marquée de trois croix, située quant à elle dans la chapelle de Jeanne !

A quoi servent ces marques dans la pierre ? Que cherchent-elles à mettre en évidence pour l'initié ?
Ne sont-elles point la marque d'un accès à la crypte qui se trouve précisément sous cette chapelle ?
Car enfin, puisque les "historiens" réfutent notre thèse, pourquoi alors ne pas fouiller le sous-sol de cette église, et y  chercher des indices ?  Si la chose est interdite, c'est que cela dérange !
On préfère donc stigmatiser ceux qui recherchent une simple vérité ! On évoque alors les tenants de la sempiternelle thèse du "complot"...
Il est à noter d'ailleurs, et à notre connaissance aucun écrivain hétérodoxe n'a relevé le fait, que nos historiens sont bien incapables de définir preuves à l'appui les origines de la femme qui réapparait un beau jour dans la banlieue de Metz !

Selon André Cherpillod, Olivier Bouzy estime pour sa part que Jeanne des Armoises est originaire de Jarville (localité proche de Nancy)... Tandis que Colette Beaune la dit provenir de Pierrepont (Ville proche de Longwy...).

Ce qui, doit-on le préciser, nous fait deux hypothèses totalement différentes...

Mais si elle n'est pas Jeanne, alors qui est-elle ?

Car enfin, pour maitriser l'escrime et l'équitation, ainsi que les usages des cours royales, elle ne pouvait qu'être de bonne (noble?) extraction. Donc connue !

Les recherches de Pierre de Sermoise

C'est cet auteur "bâtardisant" qui dans son ouvrage "Les missions secrètes de Jeanne la Pucelle" raconte ses fouilles dans la nef de Pulligny.

"L'année dernière, enfin, pressé par un groupe d'amis qui comprenait, entre autres, un journaliste connu ainsi qu'un photographe de presse, je décide d'effectuer des recherches.
Un samedi de novembre 1968, M. Girot, le maire de Pulligny, et l'un de ses habitants, M. Florentin, ancien maitre-maçon, nous attendent sur place. Originaires du lieu, ils sont d'autant plus favorables que, depuis leur enfance, ils savent tous deux l'histoire de la tombe, et ont surtout connu intimement l'abbé Piant.
Point par point, ils confirment avec enthousiasme les récits de mon oncle: Jehanne, marraine de Louis, les bijoux dans le cercueil, Robert, son armure; enfin, l'emplacement.
Après deux heures d'efforts, une marche est descellée. Nettoyé de son ciment, un angle de la tombe apparait peu à peu, portant des inscriptions gothiques que nous identifions. L'allure des caractères et du fragment de texte indiquent le XVème siècle. Nous contemplons, par conséquent, l'une des plus vieilles sépultures de l'église. Quelques mots à demi effacés suivis d'un signe, nous suffisent pour comprendre" :

PRIEZ POUR L AME D'ICELLE CI

Angle de la pierre tombale de Jeanne, enfouie sous une marche du choeur de l'église de Pulligny sur Madon...(Photo J.J. Ceccarini)

Le croquis fait à l'occasion de cette fouille. (Tiré de l'ouvrage de R. Senzig, "La survie de Jeanne la Pucelle")

Le témoignage de Madame M B-D :

M B-D nous a conté sa curieuse aventure en l'église de Pulligny... La nuit suivant les investigations de Pierre de Sermoise etde ses amis, après donc que la marche d'escalier menant au choeur de l'église est descellée, cette dame et son compagnon vont s'introduire dans la nef...
A ce moment-là, rien n'a encore été remis en place.
Ils vont pouvoir alors soulever sur un côté la pierre tombale découverte... Assez pour apercevoir à la lueur d'une lampe de poche un corps momifié dans une très belle armure argentée à parements dorés !
Qui est enseveli à cet endroit ? Est-ce Robert des Armoises qu'on a transféré là depuis sa crypte, ou bien encore un autre personnage ? Nul ne le sait...

André Cherpillod :

Notre ami André Cherpillod évoque les recherches de Pierre de Sermoise dans la nef de Pulligny dans un article publié dans le numéro 47 de la revue Nouvelle Ecole, dont nous vous livrons la teneur ci-après :

Le témoignage de H.P :

H.P est un spécialiste de la bande dessinée. Il a collaboré à de prestigieuses publications, ainsi qu'aux éditions Dupuis, Atlas et Castermann. Il est une référence en matière de connaissances du Moyen-âge. Il est d'ailleurs intervenu à plusieurs reprises sur notre site...
En 2009, il nous communique une information essentielle :

"Il existe un ouvrage montrant des photographies du tombeau de Jehanne et de son mari Robert avant et après sa destruction commandée par l'église. (Noir et blanc d'assez piètre qualité). Je me souviens l'avoir eu en main à l'époque où j'étais à l'académie des beaux-arts de Bruxelles.
C'était donc aux alentours de l'année 1970.
S'agissait-il de l'une des éditions de l'un des "classiques" remettant en doute le parcours de notre bonne lorraine, impossible de m'en souvenir, mais ça me semble probable".

Et nous renseigne davantage ainsi:

"Les photos étaient de trop médiocre qualité pour pouvoir se rendre compte de la localisation précise qu'occupaient les tombeaux dans l'édifice. Il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'ailleurs d'une crypte. Je vous fais une description.
L'arrière du cliché, à droite et dans le fond était occupé par deux murs de pierres taillées, formant angle, qui semblaient assez réguliers. A l'avant plan gauche se dressait se qui semblait être une colonne, pour autant qu'on puisse en juger. Mais il pouvait également s'agir d'un mur soutenant une voute.
Entre "colonne et murs", parallèlement à celui de droite, on pouvait voir deux grands coffres de pierre, que ne séparait qu'un étroit couloir, visiblement maçonnés au sol.
On devinait qu'ils étaient couverts d'inscriptions ou de dessins en ronde bosse.
Pas de gisant visible...
En tenant compte de la longueur et de largeur habituelle de ce genre de mobilier funéraire, il était possible d'estimer plus ou moins leur hauteur: Je dirais entre ceinture et mi-poitrine.
Enfin un second cliché montrait le même endroit, ce qui était impossible à vérifier, celui-ci étant pris d'un autre angle et plus récente facture et quoi que l'effet "avant-après" était visiblement recherché.
Des deux tombeaux il ne restait plus que les bases sous la forme de bordures brisées émergeant à peine du sol. Autour gisaient des morceaux et de la poudre de pierre (de ciment ?) pulvérisée se détachant en plus clair dans l'image. Le tout évoquait des travaux photographiés juste après qu'ils aient eu lieu. Je n'ai malheureusement jamais eut la chance de visiter l'église de Pulligny et il m'est donc impossible de pouvoir faire le moindre rapprochement avec celle-ci".

Un exemple de sarcophage médiéval...

Nos recherches ne nous ont pas encore permis de découvrir le titre de l'ouvrage en question... Mais bien sûr, on ne peut que constater que tout concorde : deux sarcophages côte à côte dans une crypte...

Les investigations d'Albert Fagioli :

La définition qu'Albert Fagioli donne de lui-même tient en trois mots: "Chasseur de légendes".

Visiter le blog d'Albert Fagioli.

Au vu de ses nombreuses découvertes dans l'Est de la France, secteur dans lequel il réside, nous l'avons contacté et il a aussitôt accepté la mission que nous souhaitions lui confier : mener des recherches en l'Eglise de Pulligny.

Bien avant sa visite sur place, Albert Fagioli nous a transmis un plan cadastral sur lequel il situait une crypte et un souterrain d'accès.

Albert Fagioli et son "dowser" sur l'emplacement de la crypte.

Les investigations menées in situ ont parfaitement confirmé ce premier schéma, en localisant effectivement une crypte sous la chapelle située à la droite du choeur, et un souterrain, transversal à la nef, qui y mène. Mais si le conduit demeure, il n'en est pas de même pour son accès qui aurait été bouché voilà plus d'un siècle.

L'axe du souterrain est matérialisé sur le sol de la nef...

Le point de départ du souterrain d'accès à la crypte se situe donc à l'emplacement d'une pierre tombale bien visible du côté gauche de l'entrée de l'église. Il est tout à fait vraisemblable que cette pierre a été placée précisément à cet endroit pour fermer la trémie d'escalier accédant au tunnel.

On peut d'ailleurs aisément constater qu'il s'agit là d'un remploi de cette dalle, puisqu'on a dû en couper l'extrémité pour l'adapter à la trémie...

On voit parfaitement les divers éléments de cette découverte sur le plan cadastral présenté ci-dessous :

En rouge, le tracé de la crypte et de son souterrain d'accès.

Rappelons que les bas-côtés de l'édifice étaient constitués de chapelles privées, closes par des grilles, ce qui permettait d'en privatiser l'accès. La crypte renfermant les sépultures de Jeanne et de Robert des Armoises était donc accessible par un souterrain aboutissant dans une des chapelles latérales.
Ces chapelles ont depuis été ouvertes, et leurs murs latéraux détruits.
On remarque encore à l'endroit qui nous intéresse, les traces de la jonction de ces cloisonnements avec les murs extérieurs de la nef.

Notons en outre que sur un plan (daté du 26 juillet 2013) réalisé par un historien lorrain, Monsieur R. B., on s'aperçoit que la chapelle de départ du souterrain est désignée sous le vocable "Chapelle Sainte Croix ou St Nicolas"... et que la chapelle située à la droite du choeur, sous laquelle nous situons la crypte, porte... rigoureusement la même appellation !

La découverte de Gorbenko :

Gorbenko, spécialiste de la reconstitution faciale, avait été autorisé par le gouvernement français à travailler sur les restes de Louis XI, inhumé en la basilique de Cléry Saint André. (Voir notre article sur Gorbenko)

Constatant que les restes du monarque avaient été profanés à la Révolution, et ses ossements mélangés à d'autres, il se tourna vers une chapelle voisine, celle abritant les restes de Dunois (et de sa famille), dont nous rappelons qu'il fut à la fois le demi-frère, et le compagnon d'armes de Jeanne,

Une première surprise l'attendait, quand il constata la présence en cette crypte d'un cercueil de plus que ne l'avait établi l'inventaire pratiqué plus d'un siècle avant… Sur le cercueil de Dunois, on avait déposé un autre sarcophage, qu'il analysa alors.

Il y découvrit les ossements d'une femme, dont il détermina la taille, la carrure et les antécédents. Cette femme avait fait du cheval très tôt, la déformation de ses fémurs l'attestait, elle avait également porté une armure, et avait été très musclée, et avait de grandes mains !

On peut néanmoins s'interroger sur la curieuse prémonition de Gorbenko qui ira fouiller les sous-sols de la basilique de Cléry St André, endroit ignoré de la majorité des français...Savait-il ce qu'il allait y trouver ?

Et dans la mesure où l'on sait que les restes de Jeanne ont été déménagés avec la complicité du futur Mgr Tisserant, qui sera en 1962 l'artisan d'un accord secret entre le Vatican et la Russie (communiste), il semble que le lien soit évident... Qui dit marché dit garantie...

On est bien sûr dans ce portrait très loin de la Jeanne évanescente de l'iconographie classique, mais on rejoint là l'aspect quelque peu "hommasse" de la statue conservée au Conseil général des Vosges !

A l'époque, en 2001, la recherche scientifique pratiquée sur des ossements n'était pas connue du grand public. Mais il y eu, depuis, l'apparition de séries télévisées, des "Experts" à "NCIS" et surtout "Bones", qui ont familiarisé le grand public à ce genre d'investigations.

On sait parfaitement de nos jours que l'on peut analyser un squelette, et en tirer des conclusions scientifiques sur la croissance, l'expérience, la vie, et la mort de l'homme ou de la femme qu'il supportait.

Devant le nombre d'indices quant au physique de la défunte, mais également, la situation particulière de ces ossements dans une basilique abritant des personnages illustres de la famille d'Orléans, Gorbenko était donc persuadé d'avoir découvert les restes mortuaires de Jeanne (d'Arc).

Il fit des communications à ce sujet, et rédigea même un ouvrage, que l'on trouvait toujours à la vente sur Internet en 2012. (Jeanne d'arc et Dunois/Les mystères du tombeau de Louis XI).

Jeanne d'Arc et dunois, ou les mystères du tombeau de Louis XI

En 2007, nous l'avons commandé sur le site de la FNAC, l'avons réglé, pour recevoir un message laconique quinze jours plus tard, nous signifiant qu'on était dans l'impossibilité de nous le livrer !
Par ailleurs rappelons que cet ouvrage dispose d'un ISBN délivré dans les conditions légales par la BNF. Il devrait donc être consultable précisèment en cette bibliothèque... Que nenni !

Les mains de Jeanne :

On a vu dans l'article traitant de Gorbenko ce problème de ces mains de Jeanne qui semblent très grosses. Suivant nos mesures sur la statue exposée à Domremy par le Conseil Départemental des Vosges, les mains de cette dernière sont de 20 % supérieures à la taille moyenne. On peut faire mentir une statue, (c'est d'ailleurs ce qu'on a fait pour les copies de cette statue dont on a réduit les mains), mais pas un squelette.

On doit alors se poser la question ! Qu'est ce qui peut donner à un personnage des mains démesurées par rapport au reste de son corps?

Et là, la réponse coule de source : Qui n'a jamais croisé dans sa vie un ouvrier, un bûcheron, ou bien un ferronnier dont les mains énormes et musclées traduisaient l'utilisation intensive que l'individu en avait fait très tôt dans sa vie professionnelle, où son apprentissage plutôt ?

Si la petite Jeanne a été initiée au combat dès l'âge de 12 ans, c'est à dire à une époque où sa croissance n'est pas forcément terminée, il est bien évident que son corps, son squelette donc, va s'adapter à cette contrainte inhabituelle chez une jeune fille.

Le maniement de l'épée, de la hache d'arme, instruments dont les lames doivent encaisser des chocs violents, va développer la musculature des mains et des avant-bras, et par là même la taille et la densité des os correspondants, en cette période de croissance  que tout individu connait entre 12 et 18 ans...

Mais l'hypothèse de Gorbenko n'est qu'une éventualité... Il en existe une autre que nous allons vous proposer.

L'abbé Piant.

L'abbé Pierre Célestin Piant

Curé de Pulligny de 1883 à 1936, soit un ministère de 53 années en la même paroisse, l'abbé Piant n'ignorait rien de la sépulture de Jeanne des Armoises en son église. Pourtant, en 1909 selon le témoignage de l'abbé Henry de Sauvigny, il avait dû assister Eugène Tisserant dans ses oeuvres , qui pour la béatification de "Jeanne d'Arc", avait fait disparaitre les cendres de la Pucelle.

A la suite de cette opération, on rapporte que le brave curé passait le plus clair de son temps en prières devant la fosse commune dans laquelle on avait jeté ces restes compromettants.
Etant resté à Pulligny après sa mise à la retraite, dans une maison que lui avaient léguée des Soeurs ( qui abrite maintenant la mairie !), le curé devenu invalide demandait au bourrelier local, Julien Pierret, de le mener tous les jours devant l'ossuaire où il passait l' après-midi en contemplation... Il avait même exigé (et obtenu) le droit de se faire enterrer face à cette fosse commune! Soit dans l'allée principale du cimetière...
On doit noter que seule sa tombe est dans cette position, toujours visible d'ailleurs !

L'épitaphe sur la tombe de l'Abbé Piant

La tombe fait face à l'ossuaire

On est en droit de se demander de quel méfait l'abbé Piant voulait se faire absoudre en passant ainsi des heures en pénitence devant un ossuaire... Mettre à la fosse commune les restes d'un quelconque squelette ne saurait justifier un tel désir de mortification... Par contre, avoir mis, en quelque sorte à la décharge, les restes de "Jeanne d'Arc", la Pucelle de France, canonisée en 1920, avait de quoi traumatiser n'importe quel curé de campagne...

En effet, lors de l'opération "nettoyage", les ossements n'étaient que ceux d'une parfaite inconnue... Mais à partir de 1909, puis surtout de 1920, ils deviennent successivement les restes d'une bienheureuse, et enfin les reliques d'une sainte !

On ne peut non plus minimiser le rôle tenu par l'abbé Martin, historien, qui a rédigé une histoire de Pulligny, dans laquelle il s'étend généreusement sur l'église locale. Sauf en particulier sur la chapelle dite "des Armoises", qu'il a vraisemblablement aidé à saccager en 1909 !

L'ossuaire; le groupe statuaire a été offert par l'abbé Piant en 1936.

La fiche d'inventaire du calvaire de Pulligny.

 

Roger Senzig nous informe :

On trouve dans son ouvrage "La survie de Jeanne la Pucelle, les preuves" les informations suivantes :

En l'église de Pulligny, on trouve dans une chapelle du côté gauche, une plaque de rappel de la famille de Pulligny et, dans une chapelle du côté droit, les traces de moulures d'une autre plaque de rappel apposée en 1690 par la famille des Armoises en mémoire de Robert et de Jeanne. Cette plaque fut enlevée en 1890, au moment des préliminaires du procès en canonisation de Jeanne la Pucelle.
De plus, par délibération du conseil municipal de Pulligny datée du 20 février 1897, la dépense de pose d'un carrelage sur le sol de l'église avait été prise en charge pour la somme de 1.773, 55 F.
M. l'Abbé Piant, curé de la paroisse, s'étant proposé de racheter les dalles anciennes pour 850 F et à mettre à la disposition de la commune un don privé de 1.150 F, la dépense a été largement couverte, ce qui pourrait démontrer, s'il le fallait, l'intérêt supérieur de mutilation des pierres tombales, ainsi disparues...

La plaque de la chapelle de gauche et la moulure d'encadrement de celle de droite.

Pourquoi Pulligny ?

Car les traditionalistes feignent de s'étonner du lieu des obsèques de Jeanne.

Pourquoi donc Pulligny, assez éloigné de Jaulny, et pas Metz ou Thiaucourt ?

Mais nous rappelons que les Dames de Bourlémont, en fait Jeanne de Bauffremont et Agnès de Joinville qui ont certainement été parmi les éducatrices de Jeanne, sous les "noms" de Sainte Catherine et Sainte Marguerite, sont toutes les deux ensevelies en cette même église de Pulligny !
Pourquoi ?

Le très proche château des Armoises :

Il suffit alors de se souvenir que la famille des Armoises possédait, à proximité de Pulligny, à 3,5 km plus précisément, dans le village de Richardménil, un château.
On peut d'ailleurs trouver sur le site de cette commune les informations suivantes :

Au début du quatorzième siècle, le ban de Richardménil se partage entre deux familles : celle de Ludres qui vient d'en acquérir la majeure partie et celle des Armoises. Toutes deux y ont un château situé à faible distance l'un de l'autre, en contrebas du village.

Le château de Ludres est détruit à la révolution. Un dessin de 1608 le représente comme une construction de trois niveaux encadrée de deux tours. Celui des Armoises disparait en 1611. A cette date Henri de Ludres le  rachète et utilise tous  ses matériaux au profit de son château. Le professeur Giuliato qui retrouve  les traces de son existence dans les archives,  entreprend des fouilles sur son site de 1984 à 1989.

Cet édifice n'existe plus bien sûr, mais on connaît son emplacement, et le site en question a donc fait l'objet de recherches par un universitaire nancéien, Gérard Giuliato. Cette campagne de fouilles a donné lieu à une publication aux Presses Universitaires de Nancy.

L'ouvrage de Gérard Giuliato et de ses collaborateurs offre une des seules monographies exhaustives de maison forte, type habituel de résidence de la petite et moyenne aristocratie à partir du 13e siècle. Il se signale par l'étude croisée des sources écrites et des apports de la fouille archéologique prolongés par les recherches en laboratoire. Cette approche pluridisciplinaire permet de restituer avec précision les conditions de vie d'une famille seigneuriale lorraine à la fin du Moyen Âge et au cours de la Renaissance jusqu’à la destruction de l’édifice en 1611. Blottie dans un méandre encaissé de la Moselle à Richardménil (Meurthe-et-Moselle), cette petite résidence rurale présente une série d’adaptations liées à l’évolution des techniques militaires tandis que les unités stratigraphiques parfaitement conservées témoignent des étapes de son histoire. Le mobilier archéologique, par son abondance et sa diversité, constitue un témoignage exceptionnel de la culture matérielle de l’époque et, à ce titre, il est destiné à être présenté au public au Musée lorrain.

(Le "Château des Armoises à Richardménil", Gérard Giuliato, Presses Universitaires de Nancy).

Vue aérienne des fouilles sur le château des Armoises

On pourrait alors envisager la mort de Jeanne soit à quelque distance de ce château, propriété familiale,
Ou bien dans un tout autre secteur qui pouvait évoquer les souvenirs de son initiation..., Greux par exemple...
Et ses obsèques en l'église de Pulligny, guère éloignée dans les deux cas, et vraisemblablement plus en accord avec ses vues religieuses…

Greux et la chapelle de Bermont.

Car pour nous, Jeanne a trouvé la mort dans un lieu qu'elle connaissait depuis son séjour entre Domremy et Greux, et surtout depuis son initiation à la Charbonnerie ! Un lieu dans lequel on aurait pu l'attirer, très facilement, pour la supprimer définitivement... Un lieu qui pourrait se situer aux alentours, ou bien même sur le territoire de la chapelle de Bermont...

Sous les ruines du village médiéval de Greux, au lieudit "les statues en forêt", on a érigé un monument, vestige d'une tradition encore plus ancienne...

Le monument des statues en forêt.

Mais quel fait bien précis commémorait-il autrefois ?

Un petit rappel s'impose :

En juin 1996, l'Association Notre-Dame de Bermont Sainte Jeanne d'Arc réalise des travaux dans la chapelle de Bermont, sise sur le territoire de Greux. Une baie située sur le flanc du choeur est réouverte, et les bénévoles de l'Association découvrent alors, dans l'embrasure de cette ouverture, une peinture représentant Saint Thiébaut, patron des Charbonniers, invoqué dans cette chapelle depuis son origine.

Il est fait appel à des spécialistes, les frères Hollard, qui sont invités pour le nettoyage et la réintégration de cette fresque. Ils mettent alors à jour trois personnages représentant vraisemblablement Jeanne d'Arc sous la peinture dégradée par endroits du saint local. Des sondages opérés sur le mur font apparaitre que les portraits de cette jeune femme ont été réalisées sur des peintures plus anciennes, du XIVème. Lors d'une épidémie de peste au XVIIème, les murs de la chapelle avaient dû être badigeonnés de chaux, et les fresques oubliées par la suite...

Il est à noter que cette découverte n'est annoncée officiellement que le 10 mai 1998! Et le 30 juin 1998, la chapelle de Bermont est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, « en tant que témoin de l’épopée johannique ».
En 1844, Cl-J-B Sainsère, son propriétaire, avait demandé officiellement le classement de la chapelle... sans succès !

Concernant les fresques de Bermont, le lecteur doit comprendre qu'à la suite de la découverte des deux représentations visibles, le site a été aussitôt classé par la Drac, ce qui interdit toute recherche aux "non-professionnels"... Excellente façon d'enterrer l'affaire dirons-nous...

Les dirigeants de l'association de ND de Bermont, catholiques traditionalistes notoires, ont sollicité le concours de spécialistes. Ces derniers ont, sans toucher à la fresque de l'évêque, réussi à photographier les autres petites représentations de Jeanne.

Dans la restauration  des peintures anciennes, on utilise pour l’imagerie de nombreuses techniques, rayons X, fluorescence  UV, etc..   Elles  permettent d’établir un diagnostic sur l’état des œuvres et d’obtenir des images précises des surfaces peintes et de leurs couches sous-jacentes. Des chercheurs italiens de Vérone, l’Aquila et Florence proposent une nouvelle méthode,  appelée quasi réflectographie infrarouge, qui est d’utilisation aisée et présente de nombreux avantages.
(Source: mavoiescientifique.onisep)

Ces photos existent donc, qui demeurent totalement inconnues du public. Que représentent-elles d'à ce point hétérodoxe qu'on doit les garder secrètes, même aux catholiques bien-pensants?

Pour appuyer notre discours, on note que Philippe de Villiers, à la fin de son ouvrage "le roman de Jeanne d'Arc", remercie le Président de l'Association Notre Dame de Bermont pour les photos inédites des fresques dont il a pu prendre connaissance.

Une des petites représentations de Jeanne interpelle !

Le personnage que nous évoquions supra est présenté ici priant à genoux. Ses mains sont jointes comme on les joignait à l'époque de Jeanne. La polychromie résiduelle laisse apparaitre du blanc, du rouge et de l'ocre. On distingue mal sa coiffure, dans laquelle certains voient "une coiffe blanche plissée un peu haute", alors que nous n'y apercevons que des cheveux plutôt roux...

Joan Of Arc 2

On appelle "litre" le bandeau noir sous le personnage

Mais qui est particulièrement intéressant est que la femme représentée se trouve placée sur une litre, symbole de deuil... En poussant nos recherches, nous avons appris que ce bandeau noir n'était pas utilisé dans toutes les églises, mais seulement dans celles accueillant les obsèques du personnage représenté.

On trouve en effet ce commentaire sur Wikipedia:
Cette ornementation de l’église était réalisée à l'occasion des funérailles d'une personnalité. Elle consistait en une bande d'étoffe de couleur noire ou une bande noire peinte sur les murs extérieurs ou intérieurs de l'église ou du bâtiment religieux où se déroulait la messe d'enterrement. Cette bande noire placée en hauteur s'agrémentait de représentations du défunt et le cas échéant de ses armoiries.

Autrement dit, on a dessiné ici Jeanne à l'occasion de ses obsèques qui se sont déroulées en cette chapelle !

Le 22 mai 1998, le diocèse de St Dié éditait une brochure de huit pages en couleurs qui résume la découverte que nous évoquons, dans laquelle on peut lire, (La Vie Diocésaine de St Dié, page 254) à propos de cette peinture :

"Elle se trouve placée sur une litre (symbole de deuil), ce qui signifie - qu'elle est morte à l'époque de la peinture, - qu'elle est un personnage noble, - qu'elle a fréquenté assidument l'endroit."

On constate donc que l'évêque des Vosges (à l'époque, Paul-Marie Guillaume) admettait en 98 la noblesse de Jeanne, ce qui nous semble une bonne avancée ! Reste à savoir si l'évêque actuel fait preuve d'autant de franchise ?

Ce qui nous conduit à diverses réflexions !

- Lorsqu'on peint la litre, symbole de deuil, c'est effectivement pour célébrer les obsèques de la personne... Cela dit, l'autre représentation n'est pas ornementée de la litre... On a donc peint spécifiquement ce petit sujet pour évoquer sa mort, et surtout la cérémonie funéraire qui s'est déroulée ici...

- Elle est bien un personnage noble, ce dont nous ne doutions point... Mais le commentaire cité supra provient de l'évêque des Vosges, habituel thuriféraire de la légende de la bergère...

- Ellle a fréquenté l'endroit (chapelle au fond des bois dédiée à St Thiébaut) , point de ralliement des Bons .'. Cousins .'. Charbonniers.. Nous l'avons évoqué par ailleurs !

Pour davantage expliciter notre propos, rappelons une coutume médiévale quelque peu ignorée...

Il est bien évident que bon nombre de personnages ne mourraient point dans leur lit, dans leur ville de naissance, dans la paroisse de leur baptême, ou à proximité d'une chapelle qu'ils avaient construite! Il était alors courant d'organiser plusieurs enterrements...

Lorsqu' un noble était tué lors d'une bataille, on enterrait ses viscères sur le lieu de sa mort... Le corps ainsi éviscéré devenait plus facile à transporter vers un autre lieu, sans craindre le risque de putréfaction. Et on enterrait le cadavre ensuite ailleurs ... selon les voeux qu'il avait exprimé de son vivant. Cette coutume fut au départ nécessitée par des impératifs techniques de conservation du corps. Mais elle devint chez les hauts personnages du Moyen-âge une coutume qui permettait au défunt d'avoir plusieurs cérémonies et plusieurs sépultures.

Citons ici le cas de Dugesclin...

Il mourut d’avoir bu trop d’eau glacée après avoir combattu en plein soleil alors qu’il assiégeait Châteauneuf-de-Randon (Lozère).
Il avait souhaité que son corps fût rapporté en Bretagne. La route étant longue, il était nécessaire de l’embaumer : on enleva ses viscères et son cerveau au couvent des Dominicains du Puy (43) où ils furent déposés. L’embaumement ayant été mal réalisé, le corps se mit à pourrir sur le chemin : il fallut le faire bouillir au couvent des dominicains de Clermont-Ferrand dans un grand chaudron pour détacher les chairs du squelette. Celui-ci et le cœur poursuivirent leur route vers la Bretagne jusqu’à ce que le roi Charles V décide de faire enterrer les ossements de son défunt connétable dans la basilique royale de Saint-Denis, aux côtés des rois de France, ce qui était un privilège très rare. Seul son coeur parvint à Dinan où il fut déposé sous une dalle au couvent des Jacobins.
Du Guesclin eut donc la particularité rare de posséder quatre tombeaux...

Lu dans "Le Coeur du roi. Les Capétiens et les sépultures multiples, XIIIe-XVe siècle" un ouvrage écrit par Alexandre Bande, (Tallandier, 2009) :

Jean de Dreux, cousin de Saint Louis, mourut à la croisade en 1248. Son corps fut enterré sur place, mais au préalable son coeur avait été prélevé et conditionné pour être ramené dans la nécropole familiale de Saint-Yves de Braine.
Le comte Jean fut le premier Capétien à posséder une tombe de coeur. Cette pratique devint, à la génération suivante, une spécificité de la monarchie française, et même un privilège.
Tous les rois de France sauf un, de Saint Louis à Charles V, et beaucoup de reines, reçurent des sépultures multiples : les ossements ici, le plus souvent à Saint-Denis, les entrailles là, le coeur ailleurs encore.
Ce ne fut pas sans résistance chez les théologiens : qu’adviendrait-il de corps démembrés au jour de la résurrection ? Et puis, éviscérer un corps, surtout princier, le tronçonner, l’ébouillanter, avait de quoi choquer.
En 1299, Boniface VIII fulmina une décrétale contre cette dilaceratio corporis , mais la papauté ne tarda pas à consentir les exemptions sollicitées par les rois. Faire élever une tombe de coeur était en effet un moyen de s’attirer des prières particulières, de signaler un attachement personnel à une province - la Normandie pour Charles V - ou à un établissement religieux, comme Saint-Louis de Poissy pour Philippe le Bel.
De plus, l’environnement spirituel, intellectuel et médical était, au XIVe siècle, de plus en plus favorable au coeur, lequel, placé au milieu du corps, est semblable, écrit le chirurgien Henri de Mondeville, à « un roi au milieu de son royaume ».
Les propagandistes royaux comme les nouveaux ordres religieux, principalement mendiants et célestins, portèrent haut cette dévotion du coeur. Bien informé, clairement rédigé, l’ouvrage d’Alexandre Bande éclaire un aspect original de la monarchie capétienne au confluent du politique et du religieux.

Pourquoi ne pas envisager une procédure semblable pour Jeanne ?

Tuée dans le voisinage de l'ermitage de Bermont, son corps y est rapporté, et de premières obsèques ont alors lieu...
Les viscères sont alors mis en terre sur la commune de Greux, dans le cimetière du village de l'époque... Là même où l'on retrouve de nos jours ce curieux monument des "statues en forêt"...
Ou bien sur le territoire même de l'ermitage...

On dessine sur le mur relatant ses exploits son dernier portrait, reposant sur la litre. Le corps éviscéré peut alors être conduit en l'église de Pulligny, selon les souhaits que Jeanne avait formulés de son vivant, et il est alors inhumé dans la crypte, dans un "sarcophage" qui sera détruit à l'époque de la béatification...

Le site internet de la basilique-cathédrale de Saint Denis nous renseigne :

Les gisants au Moyen Âge :

Au Moyen Âge, on réalisait généralement trois gisants : un gisant d'entrailles, un gisant de cœur et un gisant de corps. Le roi était ainsi honoré par trois tombeaux. Cette multiplication des sépultures résulte des difficultés de conservation des corps lors de leur transport. Après le décès, on ouvre le ventre du défunt et on en retire les viscères. Puis on procède à l'ablation du cœur. On identifie un gisant de cœur par la présence d'un petit cœur sculpté dans la main gauche du personnage et un gisant d'entrailles par la présence d'un petit sac dans une main. A Saint-Denis, se trouvaient les gisants les plus nobles, les gisants de corps. Les techniques de conservation des corps étaient rudimentaires au Moyen Âge. Pendant le transport, on le recouvrait de sel, d'aromates et de vin qui jouait alors un rôle d'antiseptique. Plus surprenante fut la coutume, notamment utilisée pour Saint Louis, qui consistait à faire bouillir le corps afin de séparer les chairs et les os. Lorsque le souverain mourut de la dysenterie à Carthage, les chairs du saint roi furent enterrées à la cathédrale de Monreale, en Sicile et les ossements transportés à Saint-Denis. Du col de la Chapelle, située au Nord de Paris, jusqu'à l'abbaye royale, Philippe III le Hardi transporta sur ses épaules les cendres de son père ; un parcours qui sera plus tard jalonné de sept stations de pèlerinage identifiées par des croix et des sculptures royales, les Montjoies.

Cette partition du corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples, est un privilège de la dynastie capétienne et des proches qu'elle veut honorer. Elle permet ainsi la multiplication des cérémonies (funérailles du corps, la plus importante, puis funérailles du cœur et funérailles des entrailles) et des lieux (avec un tombeau de corps, un tombeau de cœur et un tombeau d'entrailles) où honorer le défunt. Des proches de Jeanne connaitront ce type de cérémonial: René d'Anjou et Dunois... entre autres !

Le cas de Jeanne

Le corps de jeanne ayant subi la "dilaceratio corporis", qui implique une totale éviscération et un début d'embaumement à l'aide d'aromates, puis ayant été placé dans une auge funéraire, il a été ainsi préservé du pourrissement naturel habituel, pour simplement se dessécher.
Les émissaires du Vatican ont alors dû sortir une véritable momie de son cercueil... Ont-ils tout transféré à Cléry, ou bien uniquement les os? En mettant le reste à la fosse commune... D'où la conduite du curé Piant !

Un corps momifié...

Le cavalier fantôme de Bermont :

Nous évoquons dans un autre article la curieuse expérience vécue par divers témoins, qui assurent avoir entendu, sur le chemin qui mène de Greux à l'ermitage de Bermont, le bruit d'un cheval lancé au galop, sans jamais rien apercevoir... Rogier Wadier relate ce fait vécu par un johanniste traditionaliste convaincu, Jean-Marie Cuny... et Roger Maudhuy rapporte à titre personnel une expérience similaire !

Une émission de TF1 animée par DeChavannes se proposait de s'intétesser au phénomène, au grand dam du curé de Domremy, le père Lambert, pourtant "exorciste" officiel du diocèse...

Quel est donc ce mystérieux cavalier fantôme qui de nos jours encore hante le chemin conduisant à l'Ermitage de Bermont ? Ne serait-ce point une "Pucelle" poursuivie par des cavaliers, comme dans le paragraphe suivant....

Et Sion :

Concernant Pulligny, il ne faut pas mésestimer sa proximité avec Sion ou Vaudémont… où vivait alors Yolande de Bar, la fille secrète de Jeanne, après son mariage avec Ferry de Vaudémont en 1445,... et où subsiste encore ce lieudit, "le rocher de la Pucelle".

La tradition locale explique qu'une "Pucelle" (à cheval), poursuivie par un (ou plusieurs) cavalier(s) agressif(s), avait dû à sa parfaite maîtrise de l'équitation, d'échapper à son (ou ses) poursuivant(s) !

En précipitant sa monture dans un précipice, et atterrissant sur un rocher, elle aurait eu la vie sauve, tandis que son ou ses poursuivants seraient allés se fracasser en contrebas...

L'anecdote, contée par E. Olry en 1868 dans le Journal de la société d'archéologie et du comité du musée lorrain

La légende raconte que cette Pucelle ayant évoqué la Vierge pour la tirer de ce mauvais pas, cette dernière ramassa dans le ciel une poignée d'étoiles qu'elle envoya dans les yeux des poursuivants, les aveuglant et causant ainsi leur perte !
Et c'est depuis ce jour que l'on peut trouver sur le plateau de Sion de petites étoiles ...Mais on ne découvre cette référence à la "Vierge" qu'après 1868...

Les crinoïdes.

Le lecteur intéressé par cette histoire peut visiter le blog de Fabien Bleger, pour y découvrir un article fort documenté intitulé : La légende des étoiles de Sion.

Il est de fait que bon nombre de visiteurs de Sion adoptent cette histoire et recherchent les petites étoiles... en fait des fossiles d'un organisme marin de la famille des échinodermes, les crinoïdes ou encrines.
Leur origine locale n'est même pas assurée: à la fin de la guerre, les troupes américaines créeront une piste d'atterrissage sur le plateau de Sion pour leurs avions d'observation; et pour ce faire, devront remblayer la zone à l'aide de camions de terre, prise dans le secteur de Neufchâteau..Ainsi trouvait-on encore récemment ce type de fossiles dans le village de Fruze.

Mais qui aurait pu commanditer une telle agression contre la "Pucelle" ?

Un attentat ce jour-là mis en échec par les talents de cavalière de cette "Pucelle", mais qui renouvelé quelque temps après, aboutira à la mort de notre héroïne dans les bois de Bermont, lieu cher au cœur de Jeanne...

Charles VII doit sa couronne à l'action de Jeanne, mais cette dernière a été condamnée au bûcher pour les motifs que l'on sait... Qui bien sûr entachent gravement la légitimité du Roi. Il devient donc nécessaire de faire casser le jugement de 1431.
Le 15 février 1450, il confie donc à Guillaume Bouillé, docteur en théologie de renom, doyen du Chapître de Noyon, ancien Recteur de l'Université de Paris, le soin de mener une enquête. Ce dernier n'interrogera que sept témoins du procès, car ses investigations ne dureront que... deux jours !
Ce n'est qu'en Mai 1451 que l'affaire sera reprise par Guillaume d'Estouteville, qui à partir du début Mai 1452 ouvrira une enquête, interrogeant alors dix-neuf témoins du procès de 1431.
Il est à noter que c'est à l'occasion de cette procédure que l'on verra pour la première fois apparaître le nom de "Jeanne d'Arc" au lieu de "Jeanne la Pucelle"...

Alors pourquoi cet atermoiement de Guillaume Bouillé au début 1450 ? Pourquoi l'enquête est-elle brusquement abandonnée au bout de deux jours ?

Tout simplement parce que Bouillé apprend alors que Jeanne est toujours vivante !

Une de nos correspondantes nous fait parvenir sur Sion des compléments d'information:

Le panneau indiquant l'endroit du "saut de la Pucelle", et une vue du chemin menant au ravin, protégé par une barrière

 

De plus, une statue de Jeanne se trouve à l'entrée du site de Sion (sur la droite), qui selon l'employée de l'Office de Tourisme, rappelle la venue de la Pucelle en ces lieux. Comme on est sûr que Jeanne n'est pas allée à Sion dans sa jeunesse, c'est à dire avant l'épopée, ce n'est qu'après qu'elle a pu s'y rendre, donc après le "bûcher".

Vous en doutiez ?

Pulligny enfin !

Nous rappelons à nos lecteurs que la Commune de Pulligny tient à leur disposition une compilation de nombreux documents, consultable en Mairie, ayant trait à l'histoire "hétérodoxe" de Jeanne, et collationnée par un passionné de la véritable histoire...

La lecture de ce dossier est particulièrement instructive !

Mais le mystère demeure... Les restes mortuaires de Jeanne ont été transférés bien évidement... Mais vers quel lieu ?
Si c'est vers la vers la crypte de Dunois en la Basilique de Cléry St André, alors que sont devenus les ossements de son mari, Robert des Armoises, près de qui elle était ensevelie ?
Ou bien en la fosse commune de Pulligny, ce qui permettrait encore de mener des investigations... En effet, Robert a été enterré en armure ! Or du métal, même vieux de quelques siècles, peut se détecter aisément dans un endroit aussi restreint qu'un ossuaire...

Documents complémentaires :

Le lecteur intéressé pourra trouver en ligne les documents suivants:

Liste des curés de Pulligny de 1830 à 1989.
Liste des maires de Pulligny de 1637 à 1719.
Les curés à partir de 1632 : Document 1.
Les curés à partir de 1632 : Document 2.

Tous nos remerciements à Sam7772 pour cette abondante documentation.