English German Spain Italian Dutch Russian

Jeanne ou St Maurice ?Les secrets de Jeanne - Questionnements & hypothèses

Le florilège des bourdes

Article proposé par André Cherpillod

Qui était Jeanne “d'Arc” ?

Si bizarre que cela puisse paraître, il existe, depuis près de deux cents ans, deux écoles adverses au sujet de la Pucelle Jeanne.

1. L'école domrémiste.

Pour les adeptes de cette école, Jeanne “d'Arc”, comme ils la nomment, est née à Domremy le 6 janvier 1412, de Jacques d'Arc et Isabelle Romée, pauvres paysans lorrains. Elle n'apprit jamais à lire ni à écrire.

À partir de l'âge de treize ans, elle bénéficia très souvent de l'apparition de trois personnages célestes : sainte Catherine, sainte Marguerite et saint Michel, qui lui confièrent la mission de “sauver la France”, alors occupée par les Anglais.

En février 1429, elle alla trouver le roi, qui résidait à Chinon, et le persuada de lui confier le commandement d'une armée, afin d'obliger les Anglais à lever le siège d'Orléans. Ensuite, elle mena le roi Charles VII à Reims pour y être sacré.

En mai 1430, elle fut prise par les Anglais qui menèrent contre elle un procès inique, dirigé par l'infâme évêque Cauchon. Elle périt brûlée vive à Rouen, le 30 mai 1431.

2. L'école orléaniste.

Cette école se fonde sur les documents du XVè siècle (ils sont fort nombreux) pour affirmer que Jeanne la Pucelle ne s'est JAMAIS nommée “Jeanne d'Arc”, nom qui n'a été inventé qu'en 1455, lors du procès d'annulation.

Quant à sa date de naissance, les documents de l'époque nous fournissent des dates qui s'échelonnent entre 1399 et 1417, l'année la plus vraisemblable étant 1407 ou 1408.

Elle n'entendit pas de voix célestes, car les voix célestes n'existent pas, du moins pas en Histoire. Ce qui est le plus remarquable dans la vie de la Pucelle, c'est qu'elle ne se comporta jamais comme une paysanne : il est certain qu'elle savait lire et écrire (elle l'a assuré elle-même), elle maniait la langue française comme une lettrée et suscitait l'admiration par ses capacités de cavalière.

Or une hypothèse, qui n'est point nouvelle, c'est celle qui suppose que Jeanne la Pucelle serait la fille bâtarde (née en novembre 1407) de la reine Isabeau de Bavière. Mais il est difficile d'en apporter la preuve.

En revanche, il est absolument certain qu'elle réapparut en mai 1436 et fut reconnue par un très grand nombre de personnes qui la connaissaient fort bien. Elle se maria et mourut à une date incertaine, mais postérieure à 1443.

C'est ce que l'école orléaniste s'efforce d'établir.

On trouvera ci-après une collection des bourdes et des mensonges les plus remarquables que les thuriféraires de l'école domrémiste ont échafaudés et diffusent pour conforter la légende sanctifiée et imprimaturisée.

Doctrine officielle : Jeanne est née un 6 janvier à Domremy.

D'après Régine Pernoud, « on sait par ailleurs qu'elle naquit au jour de l'Épiphanie » (JATC, p.106). Affirmation répétée avec une constance méritoire (QSJ, p. 16; JATC, p. 183; JAEM, p. 113; VMJA, p. 65; PC, p. 391). C'est un dogme. Le discuter a des relents d'enfer…

Régine Pernoud

Pour Colette Beaune, « l'enfant naquit dans un petit village sur la frontière le jour de l'Épiphanie (6 janvier) » (JA, p. 26). Mais aussi : « elle est née le 5 janvier 1412 » (note de Colette Beaune, dans Le Bourgeois de Paris, p. 292).

En dehors du “cinq et demi” de Colette Beaune, il y a une certaine unanimité autour du 6 janvier. On se fonde pour cela sur la lettre de Perceval de Boulainvilliers, qui parle de tout ce qu'on voudra, sauf d'une naissance. Il y est question de l'apparition inattendue d'un bébé chez les d'Arc, à Domremy, le jour de l'Épiphanie (sans indication d'année). C'est fort différent. Cette arrivée met tout le village en émoi, car personne n'avait vu Isabelle Romée enceinte : dans un village aussi petit, la grossesse de la femme du notable local qu'était Jacques d'Arc ne serait pourtant pas passée inaperçue. Notre époque connaît les I.V.G. Il faut donc admettre que le XVè siècle connaissait les A.S.G (accouchement sans grossesse).

Au sujet de cette lettre, Colette Beaune, qui se prétend et se croit historienne, renchérit dans la rêverie pseudo-historique et mystico-théologique : « Une joie immense et d'origine inconnue envahit alors le coeur des paysans et le coq chanta deux heures. De même, le Christ était né à Bethléem sur la paille et fut annoncé aux bergers qui chantèrent sa gloire » (JA, p. 26). Admettons que le Christ soit né à Bethléem, supposons que ce soit sur de la paille, faisons mine de prendre cette légende puérile pour des faits historiques. La comparaison avec la naissance du Christ est en tout cas fort instructive quant au sens symbolique du texte de Perceval, que Madame Beaune tente de nous faire prendre pour un document d'histoire.

Colette Beaune

Pierre Marot, directeur de l'École des chartes, récuse la lettre de Perceval : « aucun historien sérieux ne s'avisera d'en tirer parti » (Le Pays lorrain, mars 1933, p.127). Régine Pernoud et Colette Beaune ne feraient-elles donc pas partie des « historiens sérieux » ? C'est en tout cas ce qui découle de la réflexion de P. Marot.

D'après Jean-Marc Pastré, « on imagina que Jeanne était née dans la nuit de Noël » (IJA, p. 111). Il parle avec raison d'imagination. Mais, avec sa nuit de Noël, il imagine cette imagination avec douze jours d'avance.

Cependant Yann Grandeau ne renonce pas à sa Jeanne tombée du ciel : « il est communément admis que Jeanne d'Arc vint au monde le 6 janvier 1412. Ce simple fait devrait suffire à détruire sans appel la thèse baroque de ceux qui… » (p. 157). Si c'est « communément admis », il faut s'incliner… en pensant avec mélancolie aux nombreux millénaires où il était "communément admis" que la terre était plate…
« Communément admis…», il appelle ça un document d'histoire !

Goûtons aussi l'une des phrases les plus savoureuses de l'inimitable abbé J. F. Henry : « Quoi qu'il en soit, authentique ou non, l'humble prodige de l' épiphanie de Jeanne confirme, et c'est cela qui compte, sa naissance à Domremy » (p. 128). Le pauvre abbé, qui n'a aucun argument à produire, et pour cause, ne se contente pas de mettre les pieds dans la gadoue, il y patauge avec volupté. L'épiphanie de Jeanne ! Mais une épiphanie (du grec êpifàneia "apparition" ) n'est justement pas une naissance, c'est la descente sur terre d'un être divin ! Une épiphanie est aussi éloignée que possible de la naissance d'un être humain. Que le prodige soit « authentique ou non », croyez-y, c'est cela qui compte. Il ne manque pas de toupet, le doux rêveur ecclésiastique. À ce conte, à cette épiphanie, il ne manque que l'étoile des rois mages, le boeuf, l'âne… Mais l'âne manque-t-il vraiment ?

Quant à la naissance « à Domremy », Pierre Duparc traduit frauduleusement « erat oriunda » par « est née » (Procès d'annul., IV, p. 146), alors que l'expression latine signifie « est originaire ». Ce n'est pas du tout synonyme. Sacha Guitry était né à Saint-Pétersbourg, mais n'était nullement originaire de cette ville. Sa naissance en Russie résultait d'un pur hasard.

Doctrine officielle : Jeanne est née en 1412.

Pourtant l'acte d'accusation la fait naître quatre ou cinq ans plus tôt. D'après cette pièce officielle (Procès, II, p.166), Jeanne était âgée de vingt ans en juillet 1428, quand elle se trouvait à Neufchâteau, ce qui revient à la faire naître en 1408 ou fin 1407.

Quant aux dires des chroniqueurs de l'époque, ils valent fort peu de chose, car ils donnent des dates qui s'échelonnent entre 1399 et 1417 !

Le doux naïf abbé Henry ne peut pas s'empêcher de montrer sa logique cartésienne : « l'erreur de copiste est évidente. Jeanne étant partie pour la France dans sa dix-huitième année, ne pouvait pas être à Neufchâteau dans sa vingtième » (p. 51). On peut lui rétorquer avec le même degré de cartésianisme : “L'erreur d'Henry est évidente. Jeanne, étant à Neufchâteau dans sa vingtième année, ne pouvait pas être partie pour la France dans sa dix-huitième”. L'erreur de copiste, ça ne prend plus.

Siméon Luce, professeur à l'École des chartes, affirme également que c'est « par une erreur manifeste que, dans l'acte d'accusation dressé à Rouen le 27 mars 1431, on rapporte cet incident à la vingtième année de la vie de l'accusée… Au lieu de vingtième, c'est quinzième année qu'il faut lire ; cette erreur ne peut provenir que de la distraction d'un scribe qui aura écrit un X en chiffres romains, à la place d'un V » (p. CLXXI). Mais il est facile de prendre le savant professeur en flagrant délit de fraude : le texte ne porte pas XX en chiffres romains, mais vicesimum en toutes lettres.

Simeon Luce

Et non vigesimum comme le recopie l'abbé Henry (p. 48), ni vicessimum comme le dit Yann Grandeau (p.169), ce même Grandeau qui, 15 lignes plus bas, vitupère les « déplorables latinistes » et veut offrir aux ignorants « un Gaffiot pour Noël » (p. 117). Alors que lui-même en aurait le plus grand besoin pour réviser son vocabulaire.

Mais pour les domrémistes, le dogme est intangible, donc le document doit être faux. C'est pourtant Y. Grandeau qui affirme qu'il faut « de la témérité pour dénoncer comme inexacts les dossiers embarrassants que l'on ne peut ni écarter ni maquiller » (p. 39). Pourquoi cette sage maxime ne s'applique-t-elle pas à lui-même ?

Régine Pernoud est mauvaise en calcul : « pour être “bâtarde d'Orléans”, Jeanne aurait dû naître en 1407 et avoir par conséquent vingt-cinq ans lors du procès » (JAEM, p. 27). Mille excuses : Jeanne, née à la fin de 1407, aurait eu, lors du procès de 1431, à peine vingt-trois ans et demi, et non vingt-cinq ans.

Les exigences à géométrie variable des domrémistes sont vraiment perverses. Mais on a beau les dénoncer, elles ressortent inchangées à chaque nouvel ouvrage recopiant les sottises du précédent.

D'après Olivier Bouzy, quelques auteurs non-conformistes essaient « de faire croire subrepticement que l'escorte imaginaire est arrivée en janvier 1408, mais on est là devant une tentative sans espoir de fausser complètement le texte [de Boulainvilliers]. Le texte, même audacieusement augmenté de passages inventés, ne pourrait que confirmer la date de la naissance de Jeanne en 1412 » (HàE, p. 84).

Olivier Bouzy

Rectification charitable : « on est là devant une tentative sans espoir de fausser complètement le texte. Le texte, même audacieusement augmenté d'un “1412” inventé [par Bouzy], ne peut que confirmer que nous ignorons l'année de naissance de Jeanne », puisque Boulainvilliers ne donne aucune indication d'année.

Jeanne pourrait donc, d'après ce document, être née ou être arrivée à Domremy le 6 janvier de n'importe quelle année. Lui faire confirmer la naissance de Jeanne « en 1412 », montre à quel degré « les historiens médiévistes professionnels sont formés à la vérification des textes », comme dit le même Bouzy (HE, p. 208). Visiblement, il s'agit d'un lapsus calami : Bouzy a voulu dire “à la modification des textes”… Son histoire est vraiment de “l'Histoire à l'envers”… Comme celle de Pernoud-Beaune.

L'âge de la Pucelle et les témoins de Domremy.

Les 34 témoins interrogés à Domremy, Vaucouleurs et Toul, du 26 janvier au 11 février 1456 avaient connu Jeanne personnellement. Beaucoup d'entre eux l'avaient connue enfant. Ils auraient pu donner une information sérieuse et relativement précise sur son âge. Mais on s'est bien gardé de leur poser la question ; c'est pourquoi ils ne donnent aucune information sur ce sujet, en dépit des mensonges des domrémistes.

Hauviette, l'amie d'enfance de Jeanne, est la seule à fournir incidemment une précision sur l'âge de son amie, sans qu'on lui eût rien demandé à ce sujet, ce qui est une très forte garantie de la sincérité de son information.

Quand Hauviette dépose, le 30 janvier 1456 (et non le 3, comme dit Alain Decaux, dans HE, p. 81), elle a quarante-cinq ans, « etatis XLV annorum, vel circa ». Or elle déclare que « ipsa Johanna erat antiquior ipsa teste, prout dicebatur, de tribus aut quatuor annis » (Procès, I, p. 275). Autrement dit, « Jeanne était, à ce qu'elle disait, plus âgée qu'elle de trois ou quatre ans ». Une soustraction simple nous montre qu'Hauviette, âgée de quarante-cinq ans en janvier 1456, est née fin 1410, ou au tout début de 1411. Soustrayons de ce chiffre « trois ou quatre ans » pour avoir l'année de naissance de Jeanne, et nous arrivons très exactement à la fin de l'année 1407.

Alain Decaux

En dehors d'Hauviette, PAS UN des 34 témoins de Domremy ne donne la moindre indication sur l'âge de Jeanne, pas même ses parrains et marraines, en dépit des mensonges répétés par la meute domrémiste. N'en déplaise à Olivier Bouzy, qui étale ses pseudo-arguments sur dix-huit pages (HàE, p. 58-75), on a à Domremy trente-trois témoignages muets (muets sur cette question) et un qui contredit formellement l'âge officiel.

Le professionalisme en histoire.

Lors de la parution de Jeanne devant les Cauchons, de Régine Pernoud, la bande entourant le livre clamait : « Contre l'amateurisme en Histoire ».

Olivier Bouzy, domrémiste militant, attaque les “bâtardisants”, comme il dit. Les textes, « on n'a pas à les réécrire, ni à les inventer, ni à en citer des fragments soigneusement expurgés de tout ce qui pourrait contredire la thèse qu'on défend » (HE, p. 226). C'est fort bien dit, on ne peut que l'approuver haut et fort.

Ce seraient donc les “bâtardisants” qui réécrivent les textes ? Eh bien, voyons comment agissent les historiens dits “professionnels”.

Siméon Luce, professeur à l'École des chartes, affirme qu'Hauviette était « celle de ses compagnes de Domremy qu'elle [Jeanne] aimait entre toutes, parce qu'elle avait exactement le même âge qu'elle » (p. CLXXXIII). Dit autrement : “tribus aut quatuor” signifie « zéro » chez un “historien professionnel”, professeur à l'École des chartes.

• Pour Alain Decaux, « les gens du village, à part une certaine Hauviette qui vieillit Jeanne, confirment l'âge, par des détails qu'ils donnent, qu'ils ont vécus avec elle et qui confirment qu'ils sont ses contemporains absolus » (TF1, 9 nov. 87). Pure invention du romancier-fabuliste, puisque 33 d'entre eux sur 34 ne disent pas un mot à ce sujet. Ce qui ne l'empêche pas de marteler à la télé que « l'histoire se fonde sur des DO-CU-MENTS ! ». Et une célébrité, devrait-il ajouter sur le même ton énergique, se fonde sur des IN-VEN-TIONS…

Régine Pernoud assure qu'« il y a eu cent quinze témoins interrogés au procès de réhabilitation et le seul témoignage d'Hauviette ne suffit pas à contrebalancer celui de Jeanne elle-même et des cent quatorze autres témoins » (JAEM, p. 29). Oui, elle a bien écrit « cent quatorze » ! Il y aurait donc 114 témoins qui confirment l'âge de Jeanne.
Or il est facile de les compter : ceux qui donnent une indication sur l'âge de la Pucelle, sont dix-sept au total, dont UN seulement à Domremy (Hauviette), sans aucun parrain ni marraine. Est-il possible de mentir avec davantage d'effronterie ?

Récidive : « le parrain de Jeanne, celui qui l'a tenue sur les fonts baptismaux, sa marraine et l'ensemble des habitants de Domremy affirment que Jeanne avait seize à dix-sept ans quand elle vint “en France” » (JDLC, p. 61). « L'ensemble des habitants » ! Il y en a UN ! Et pas plus de parrain que de marraine. Oui, la “papesse de Jeanne” a osé mentir à ce point ! « Cet art du mensonge, aucun besoin d'être théologien ni clerc pour comprendre qu'il s'oppose foncièrement à ce qui est la base même de l'histoire : la recherche de la vérité ». Voilà de bien sages paroles. Elles ne sont pas de moi. Elles sont justement… de Régine Pernoud en personne (JDLC, p. 35).

Roger Caratini est plus généreux en témoins que Régine Pernoud, qui n'en trouvait que 115. Caratini, lui, dénombre « 135 témoins » (p. 64) qui, avec une unanimité digne des louanges les plus dithyrambiques, donnent à Jeanne exactement « 20 ans ». Il récidive plus loin : « Tous les témoins interrogés sur ce séjour à Neufchâteau lors du procès en Nullité rectifièrent évidemment cet article VIII de l'acte d'accusation : Jeanne avait 16 ou 17 ans et non pas 20 ans » (p. 109). Tout est inventé par Caratini, expert-bonimenteur. Absolument tout !

Roger Caratini

Pierre Rocolle parle également d'« une centaine de témoins, parmi lesquels se trouvaient le parrain et les trois marraines de l'héroïne, ont fourni des indications qui recoupaient exactement les précédentes » (p. 182). Fermons charitablement les yeux sur la « centaine », mais un parrain + trois marraines = quatre mensonges…

Colette Beaune n'est pas en reste : « Mengette confirme comme tous les autres l'âge de Jeanne » (JAVL, p. 64). On peut relire cent fois la déposition de Mengette Joyart (Procès d'annul., III, p.272), et constater qu'elle ne contient pas un mot sur l'âge de Jeanne ! Cette fois, Mengette + tous les autres = trente-quatre mensonges…

Mais Mme Beaune est professeur d'université, payée par nos impôts. Elle est donc intouchable : l'hebdomadaire Marianne (1-7 nov. 2008, p.73) ose affirmer sans rougir que « les historiens ne sont pas des pantins poussiéreux […], ils portent avec plus d’honnêteté [sic] que les mythographes les contours de notre histoire ».

Quelle honte pour Marianne, qui d'ordinaire ne hurle pas à ce point avec les loups !

• Sur Internet, un Cercle zététique, sous la houlette de Paul-Éric Blanrue, se demande : « Est-ce d'ailleurs par pur hasard que le témoignage de cette Hauviette est si souvent invoqué ? Sans doute pas, car les 115 [sic] autres dépositions et notamment celles des parrains et marraines [sic] de l'accusée confirment unanimement [sic] l'âge donné par “l'histoire officielle” ».

Mais on sait depuis longtemps ce qu'est la “zététique” : un grossier bourrage de crânes, qui ne convainc que quelques naïfs attardés, de formation primaire.

Paul-Eric Blancrue

Olivier Bouzy affirme cependant que ce sont les “bâtardisants” qui « réécrivent les textes » et « se recopient l'un l'autre » ! Dans les ouvrages des auteurs de l'école orléaniste, on peut trouver des erreurs, des sottises, des omissions, des niaiseries. Mais des mensonges aussi énormes, jamais, je le jure !

Revenons aux arguments de Régine Pernoud : « il y a eu cent quinze témoins interrogés au procès de réhabilitation et le seul témoignage d'Hauviette ne suffit pas à contrebalancer celui de Jeanne elle-même et des cent quatorze autres témoins, d'autant plus que l'âge inscrit par le greffier a fort bien pu être mal entendu ou mal inscrit, sans que personne à l'époque n'y ait accordé grande importance. Il faut noter enfin qu'Hauviette n'est aucunement affirmative : à ce que l'on disait ; sa remarque ne serait-elle pas inspirée par le désir bien féminin de se rajeunir ? » (JAEM, p. 129).

Quel dommage qu'il n'existe pas un prix Nobel de la malhonnêteté ! Régine Pernoud en eût été, à coup sûr, l'heureuse bénéficiaire. C'est un plaisir de gourmet que commenter un tel paragraphe.

  1. Le témoignage d'Hauviette, loin d'être le seul, ne fait que confirmer avec éclat la donnée officielle de l'acte d'accusation qui donne à Jeanne 20 ans en 1428.
  2. Les « cent quinze témoins » du procès d'annulation étaient très exactement au nombre de cent vingt-six, dont 34 à Domremy.
  3. Les « cent quatorze autres témoins » de Régine Pernoud, qui donnent à Jeanne “dix-neuf ans en 1431”, sont d'un merveilleux effet, mais la vérité est qu'ils se réduisent à SEIZE (15 à Rouen + Jean d'Aulon). Ils sont 98 de trop. Et ceux de Rouen, qui ne connaissaient pas la Pucelle, n'ont fait que répéter ce qu'on leur a dicté.
    Comparons avec la profession de foi de cette même Mme Pernoud : « s'il s'est jamais agi d'Histoire, et d'Histoire absolument scientifique, fondée sur des documents rigoureusement passés au crible de la méthode historique la plus exigeante, c'est bien à propos de Jeanne d'Arc ».
    Le lecteur trouvera un qualificatif s'adaptant à une affirmation qui change seize témoins en « cent quatorze témoins », surtout sous la plume de quelqu'un qui répète à satiété que « l'Histoire n'est pas affaire d'opinion, mais affaire de documentation».
  4. Que l'âge ait été mal entendu ou mal inscrit, décidément c'est une manie : on réclame des documents à cor et à cri, mais on les récuse dès qu'ils ne cadrent pas avec la théorie imprimaturisée. Pourquoi le greffier aurait-il eu des difficultés d'audition ce jour-là et pas les autres jours ?
  5. Hauviette est aussi affirmative qu'on peut l'être : « trois ou quatre ans » ; elle ne connaît pas le mois exact de la naissance de son amie, ou elle l'a oublié. La différence d'âge était peut-être de trois ans juste, de trois ans et quelques mois, de trois ans et demi, de quatre ans. Elle a donc dit « trois ou quatre ans ».
  6. La perle suprême se trouve dans la péroraison : la remarque d'Hauviette « ne serait-elle pas inspirée par le désir bien féminin de se rajeunir ? »
    Supposons à Hauviette « le désir de se rajeunir ». Si elle avoue 45 ans, c'est qu'elle a quelques années de plus, mettons 48. Elle n'est donc pas née en 1410 ou 1411, mais quelques années plus tôt, peut-être en 1407 ou 1408. Comme elle assure que Jeanne avait « trois ou quatre ans de plus », celle-ci serait née entre 1403 et 1405. Donc Jeanne serait encore plus vieille que ce qui résulte de la déclaration de cette Hauviette, prise telle quelle. Ce raisonnement stupide aboutit à la conclusion inverse de celle à laquelle il prétend aboutir. C'est un succès !
    Il est pourtant d'une évidence aveuglante que si Hauviette triche en se rajeunissant, nous devons, nous, pour rétablir la vérité, la vieillir. Donc vieillir Jeanne !

L'abbé Henry, toujours fidèle écho de Régine Pernoud, n'a pas manqué l'occasion d'utiliser le même argument, presque mot à mot (p. 51).

D'après Henri Bataille, de Vaucouleurs, « Hauviette son amie intime, donc la mieux informée, déclara : “elle avait 2 ou 3 ans de plus que moi”. Pourquoi pas 5 ? Un petit coup de pouce et le tour est joué ! » (Revue Lorraine Populaire ). Monsieur Bataille traduit “ tribus aut quatuor ” par « 2 ou 3 » et affirme que ce sont les autres qui donnent des « coups de pouce » !
S'il y a ici un faussaire, c'est vous, monsieur Bataille, vous et nul autre !

Disons cependant que cette falsification n'est pas l'exclusivité d'Henri Bataille : on la trouve aussi dans la traduction de Raymond Oursel (p. 220), dans le ridicule pamphlet de Yann Grandeau (p. 162) et dans les Histoires extraordinaires d'Alain Decaux (p. 81).

Jeanne la Pucelle ne s'est jamais appelée “ d'Arc ”.

Le premier jour du procès de Rouen (21 fév. 1431), elle assure qu'elle se nomme Jeannette ou Jeanne (mais pas d'Arc ), et qu'elle n'a pas de surnom. Le lendemain, à la même question, « elle dit que sur son âge elle ne sait déposer » (Procès, II, p.38 et 44).

Théorie n° 1 : elle n'a rien compris à la question.

Au XIXè siècle, Le Brun de Charmettes s'imaginait déjà que « sans doute ce mot de surnom n'avait pas été compris par Jeanne, et il fallut lui expliquer ce qu'on entendait par là » (III, p. 268).

Mgr Touchet se permet de réinventer la réponse de Jeanne : « je ne sais pas ce que vous voulez dire » (II, p.139). C'est un “mensonge épiscopal” : ce n'est pas du tout ce que dit Jeanne !

Monseigneur Touchet

Yann Grandeau : « si elle met quelque réticence à s'attribuer un nom de famille, disant n'en rien savoir, c'est moins par dissimulation que réelle incapacité… l'idée même d'un nom de famille lui est étrangère. Dans sa perplexité, elle en proposera deux, qui ne le sont ni l'un ni l'autre » (p.54, 56).

Celle dont Alain Chartier eût pu croire qu'elle avait été élevée « aux écoles, dans la culture et les lettres », celle qui répondait « aux questions subtiles et captieuses qui lui étaient posées, questions auxquelles un homme cultivé aurait malaisément pu répondre bien », n'aurait rien compris à la question banale “quel est votre nom ? ” !

Grandeau et l'évêque s'imaginent qu'on avalera ça !

Théorie n° 2 : Jeanne n'a pas de nom de famille.

C'est une théorie de rechange du même Yann Grandeau, qui nous assure que la contrainte du nom « pesait moins alors et n'atteignait pas les femmes », qui n'avaient pas de « patronymes, fixes et héréditaires » (p.56).

C'est également l'argument de Colette Beaune : « les petites villageoises n'ont encore qu'un prénom » (JAVL, p. 64).

Le Cercle “zététique” assure également qu'« il faudra attendre le XVIIè siècle pour que les femmes portent le nom de leur mari ».

Imaginons donc une immense ronde que danseraient autour des fieffés menteurs que sont Yann Grandeau, Colette Beaune et les “zététiciens” : Jeanne Aubery, Pétronille Beauharnays, Jeanne Boyleau, Béatrice Estellin, Macée Fagoue, Isabelle Gérardin, Charlotte Havet, Renaude Huré, Mengette Joyart, Catherine Le Royer, Jeannette Le Royer, Colette Milet, Hauviette de Syonne, Jeannette Thiesselin, toutes ces femmes qui ont joué un rôle quelconque dans la geste johannique et quitoutes, sans exception, ont un prénom ET un nom de famille, qui est celui de leur mari si elles sont mariées, celui de leur père si elles sont célibataires.

Théorie n° 3 : les gens du peuple n'ont pas de nom de famille.

Théorie indéfendable que défend Henri Guillemin, pourtant d'ordinaire plus honnête que les autres mythologues : les nobles « ont des noms de famille ; la plèbe, point ; les prénoms, là, suffisent, comme pour les domestiques. Rien de plus vague, au XVè siècle, que les noms patronymiques, pour les petites gens » (p.38).

Henri Guillemin

C'est très exactement le contraire qui est vrai. Ce sont les nobles qui n'ont pas de nom de famille, ou qui, quand ils en ont un, ne l'emploient pas. Charles Secondat, baron de Montesquieu, se nomme Montesquieu, et non Secondat : il n'utilise pas son nom de famille. Pour que Louis XVI ait un nom de famille, il faudra fabriquer Capet. En revanche, il n'est que de feuilleter l'index de n'importe quelle Vie de Jeanne “d'Arc” pour y trouver à foison des Jean Barrey, Jean Beaupère, Guillaume Bellier, Nicolas Caval, Guillaume Colles, Pierre Cusquel, Perrin Drappier, Guillaume Fronté, Laurent Guesdon, Bertrand Lacloppe, Martin Ladvenu, Durand Laxart, Husson Lemaistre, Henri Le Royer, Guillaume Manchon, Thomas Marie, Jean Massieu, Nicolas Midi, Pierre Miget, Jean Minet, Jean Morel, Simonin Musnier, Nicolas Taquel, Gobert Thibault. Tous ces plébéens ont un prénom ET un nom de famille.

Théorie n° 4 : pucelle, ça ne se dit pas.

C'est la théorie stupide de Michelet, qui n'en rate pas une. Le mot pucelle aurait fait rougir la Pucelle : « quant au surnom (la Pucelle), il semble que, par un caprice de modestie féminine, elle eût eu peine à le dire ; elle éluda par un pudique mensonge : “Du surnom, je n'en sais rien” » (p. 107).

Michelet

C'est aussi inepte que peut l'être du Michelet : des centaines de fois, Jeanne a employé le mot pucelle, puisque c'est le seul nom par lequel elle s'est toujours désignée, et ce mot ne l'a jamais gênée. Jeanne était chaste, mais non pudibonde. De plus, ce mot n'avait pas au Moyen Âge l'acception qu'il a de nos jours, ce que Michelet semble avoir ignoré. En fait, le mot en question ne heurtait nullement la pudeur de Jeanne, mais il heurtait fortement la pudibonderie de Michelet. « Pour délirer comme Michelet, écrit J. Fabre, il faut du génie ».

Le 24 mars, Jeanne emploie le nom « d'Arc ». Les domrémistes affirment souvent que ce jour-là Jeanne a reconnu être la fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée. Étalons au grand jour leurs affabulations : « tandis que ces écrits lui étaient lus, elle a dit qu'elle était surnommée d'Arc ou Rommée et que, dans son pays, les filles portaient le surnom de leur mère, dixit quod erat cognominata d'Arc seu Rommee, & quod, in partibus suis, filie portabant cognomen matris » (Procès, I, p.181).
Elle ne dit pas qu'elle était “nommée” d'Arc, elle dit clairement qu'elle était « surnommée d'Arc, cognominata », ce n'est pas du tout la même chose.

L'abbé J. Colson n'hésite pas à changer effrontément « j'étais surnommée d'Arc » en « je me nomme Darc » (p.334), en changeant à la fois le verbe et le temps auquel il est conjugué. Le mensonge, monsieur l'Abbé, c'est un gros péché, vous serez puni dans l'au-delà…

Comme à son ordinaire, Yann Grandeau renchérit dans le mensonge : « les prêtres […] ne retiendront pas la précision qu'elle leur a gentiment apportée : “Je suis la fille à Jacques d'Arc ou la fille à La Romée, comme on disait de préférence dans mon village”» (p.57). Grandeau montre encore moins d'honnêteté intellectuelle que l'abbé Colson, ce qui est pourtant difficile : il change « j'étais surnommée d'Arc » en « je suis la fille à Jacques d'Arc », ce qui n'a absolument rien à voir.

Olivier Bouzy, lui aussi, réécrit les textes, prétendant que ce jour-là « Jeanne elle-même explique qu'elle s'appelle d'Arc » (HE, p. 86), « son nom de famille est d'Arc » (HàE, p. 90). Il tente de faire croire que les non-conformistes « citent rarement ce passage », qui serait censé les gêner. Bien au contraire, les non-conformistes le citent haut et fort, car c'est justement là qu'on voit sans équivoque que “d'Arc” n'est qu'un surnom. Il est bien connu que Napoléon III était surnommé Badinguet. Cela signifierait-il qu'il était “ le fils à Badinguet” ?

Colson, Grandeau et Bouzy espèrent que le lecteur sera pourvu d'un immense fonds de crédulité, compensé par une faible dose de bon sens, ce qui le dispensera de réfléchir au sens des mots. Mais il faut qu'ils en fassent leur deuil : ça ne prend pas !

De quand date le nom Jeanne d'Arc ?

Il y a une grave inconséquence dans l'attitude suivante, très généralisée chez les professionnels de l'histoire et de l'information :

• D'une part, la plupart d'entre eux se donnent un mal du diable pour prouver, à grand renfort d'inventions, de torsion des phrases et de réécriture des textes, que la Pucelle elle-même a déclaré qu'elle se nommait « Jeanne “d'Arc” ».

• D'autre part, un grand nombre d'entre eux, en général les mêmes, assurent que le nom « Jeanne “d'Arc” » ne date que de 1576.

Il faudrait pourtant choisir entre ces deux propositions incompatibles.

Or la première est mensongère : nous venons de le voir. La seconde est tout aussi mensongère : nous allons le voir.

D'après Joseph Calmette, de l'Institut, « ce fut seulement en 1576 qu'un poète orléanais […] décora le premier l'héroïne du nom de “Jeanne d'Arc”» (p. 39).

Pour Régine Pernoud, « c'est sous la plume d'un poète orléanais qu'en 1576 on trouve pour la première fois le nom de Jeanne d'Arc tel qu'il nous est devenu familier » (<W, p.107).

Quel est donc ce mystérieux poète orléanais ? « L'expression qui nous est devenue familière n'apparaîtra que tardivement, vers 1576, inventée par un poète orléanais » (p. 47), nous renvoie l'écho Yann Grandeau, qui n'a modifié que l'ordre des mots de sa directrice de conscience Régine Pernoud.

Jacques Le Goff, de l'École des Hautes Études, nous renvoie également l'écho Calmette-Pernoud : « le nom de Jeanne d'Arc apparaît pour la première fois dans un poème en 1576 » (Encycl. Universalis). Quel poème ? On nage dans le flou artistique…

Sont-ils menteurs ou ignorants ? Le nom « Jeanne d'Arc » a été employé abondamment, cent vingt et un ans plus tôt qu'ils ne le prétendent, dès 1455, dans le rescrit du pape Calixte III, par lequel il autorisait l'ouverture d'un procès en annulation. Le document est à la disposition du public (édition Klincksieck). Tout le monde peut s'y reporter : pages 30, 34, 108, 111, 112, 491, 494, du tome I ; pages 1, 5, 15, 17, 29, 602, 605, du tome II ; pages 27, 30, 99, 103, 104, du tome III ; pages 156, 160, 184, 195, 209, 221, 224 du tome IV, et bien d'autres occurrences.

Henri Guillemin pourchasse le contresens sur le mot pucelle, en même temps qu'il en fait un : « Gare au contresens. Ne pas comprendre de travers. Pas question, là, de virginité. Le mot est réservé à la plèbe » (p.84).

En 1908, Anatole France écrivait la même chose : « Dans le langage familier, une pucelle était une fille d'humble condition, gagnant sa vie à travailler de ses mains, et particulièrement une servante » (I, p. 165).

Ils ont tort tous les deux, et pour une fois c'est Régine Pernoud qui a raison. Elle a beau jeu de leur opposer un vers de François Villon : « En priant Dieu, digne pucelle, Qu'il vous doint bonne & longue vie…» , à la dernière strophe de l'Épître à Marie d'Orléans, dans laquelle il serait bien surprenant que Villon qualifiât de « servante » Marie d'Orléans, la fille du duc Charles d'Orléans.

À propos du bon français de Jeanne.

La lettre que Jeanne écrivit au roi d'Angleterre le 22 mars 1429 est un modèle du genre. Elle y emploie les expressions « vous prie et vous requiert… si vous lui faictes raison… », qui n'appartiennent certes pas au langage des cultivateurs. Et en mars 1429, elle n'avait pas encore eu l'occasion de fréquenter les gens de cour. « Il y a dans cette missive presque un ultimatum d'une puissance supérieure qui veut se montrer magnanime. De la diplomatie avec la main tendue sous condition… » (M.Gomez, p.152).

Certains domrémistes, qui tentent de faire passer la Pucelle pour une rustre illettrée, sont loin de montrer dans leurs ouvrages une telle maîtrise de notre langue.

Il n'y a guère que Colette Beaune pour affirmer, évidemmment par jalousie, que « le français qu'elle parle est loin d'être parfait » (JAVL, p. 94).

Olivier Bouzy, lui aussi, est très gêné devant l'excellent français de la Pucelle. C'est pourquoi il fait dire à Dunois « en 1455 » que Jeanne « parlait “en son patois maternel” » (HàE, p. 222).

Mais cette phrase, c'est Bouzy qui l'invente, comme on pouvait s'en douter. Dans sa dépositon du 22 février 1456 (et non 1455), Dunois ne fait pas la moindre allusion à la langue que Jeanne parlait habituellement. Il dit que Jeanne « somma les Anglais, par une lettre rédigée dans sa langue maternelle (per unam leteram suo materno idiomate) » (Procès, I, p. 320). Or cette lettre est en français, et non en latin. Elle est dans la langue maternelle de Jeanne, le français, et nullement « en patois maternel ».

Le célèbre linguiste Albert Dauzat écrit : « Les paysans de Domrémy ne parlaient que le lorrain. Nous savons, par maints témoignages, que le français a commencé au XVIIIè siècle seulement à pénétrer dans les régions rurales de langue d'oïl même bien plus proches de Paris que Domrémy. Il ne me paraît pas douteux que Jeanne d'Arc parlait le pur français. Si Jeanne est l'humble paysanne de la tradition : où et comment avait-elle appris le français qu'elle maniait avec autant d'aisance que de sûreté ? » (Les Lettres françaises, 25 octobre 1955).

À ce sujet, Régine Pernoud n'hésite pas à traiter le meilleur linguiste du XXè siècle d'« ignorant » en linguistique : « La question prouve au reste une complète ignorance de ce qu'était la France au XVè siècle : presque rien en effet ne distingue le dialecte champeno-lorrain du dialecte de l'Île-de-France » (JDLC, p.74). Cette similitude permettait à Jeanne, parlant « le dialecte champeno-lorrain », d'être comprise à Poitiers, à Orléans et à Rouen, villes qui se situent, comme chacun sait, “en Île-de-France”…

Jeanne sait lire et écrire : elle l'assure elle-même.

Pour faire croire que Jeanne était une illettrée, point important de la légende, les domrémistes se basent sur UN témoignage, un seul : lors de l'examen de Poitiers, « … elle répondit : “je crois bien que vous êtes envoyés pour m'interroger”, ajoutant : “je ne sais ni A ni B” (“bene credo quod vos estis missi ad me interrogandum”, dicendo : “ego nescio nec A nec B” ) » (Procès, I, p.368).

Mais ce n'est pas en présence d'un texte écrit qu'elle dit cela, c'est en prévision de questions orales. Rapporter son « ni A ni B » à l'illettrisme est une fraude colossale qui suffirait à déconsidérer les mythomanes de l'école domrémiste, si ce n'était déjà fait depuis longtemps.

En revanche, dans le procès de 1431, on trouve un grand nombre de mentions, où Jeanne elle-même affirme être capable de lire et d'écrire.

  • « Elle demanda qu'on lui donnât par écrit les points sur lesquels maintenant elle ne répondait pas » (Procès, II, p.63).
  • « Elle dit qu'elle envoya des lettres à son roi »,
  • « et elle écrivit aux gens d'Église de ce lieu… » (Procès, II, p.75).
  • « Et elle écrivit à son roi ce qu'il devait faire à ce sujet » (Procès, II, p.100).
  • « Elle leur en a écrit [à ses parents adoptifs] » (Procès, II, p.113 et 209)
  • On lui demande « si elle a eu des lettres de saint Michel ou de ses voix ». Elle répond « je n'ai pas permission de vous le dire » (Procès, II, p.114). Pourtant, ce serait une belle occasion de placer le “je ne sais ni A ni B”, qui plaît tant aux mythologues.
  • Jeanne répond au comte d'Armagnac « par les lettres signées de sa main » (Procès, II, p.189).
  • « Jeanne écrivit à son roi » (Procès, II, p.223).
  • « Jeanne a demandé à avoir par écrit les points auxquels elle ne répondrait pas » (Procès, II, p.232).

Évidemment, il ne serait pas impossible qu'elle ait dicté certaines de ses lettres. Un scribe écrivait probablement mieux et plus vite qu'elle. Mais on doit reconnaître qu'elle n'avait pas de scribe à sa disposition quand elle était emprisonnée. Or elle était en prison quand elle « demanda qu'on lui donnât par écrit les points sur lesquels maintenant elle ne répondait pas » (Procès, II, p.63).

De même, le 2 mai : « donnez-moi un messager et je leur écrirai de tout ce procès » (Procès, II, p.299).

La technique de réécriture des documents.

C'est Colette Beaune, professeur d'histoire médiévale à l'université de Nanterre, qui nous l'expose à l'aide de son propre cas.

  • Le témoignage qui pourrait, à condition qu'on l'isole de son contexte, signifier que la Pucelle était illettrée, est rigoureusement unique. Il provient, on l'a vu, de la déposition de Gobert Thibaut du 5 avril 1456, au procès d'annulation (I, p.368).
    Version Beaune : Jeanne a dit « à plusieurs reprises [sic], au procès en condamnation [sic], ne savoir ni A ni B » (JA, p. 66; JAVL, p. 93). Sous la plume de l'affabulatrice, un témoignage en 1456 devient plusieurs témoignages en 1431 !
  • La Pucelle a attesté une dizaine de fois qu'elle savait lire et écrire.
    Version Beaune : « un seul [sic] élément plaide en sens contraire » (JA, p. 70; JAVL, p. 94) : celui du 24 février (c'est le seul qu'elle connaît…). Et ce sont les autres qui sont des « mythographes » !
  • À propos, savait-on lire dans la famille (adoptive) de la Pucelle ? « Nous ne savons pas si le père de Jeanne ou son frère Jean, qui devint par la suite prévôt, ont fréquenté, fussent [sic] six mois, l'école de Maxey ou une autre » (JA, p. 68).
    Mme Beaune écrit « fussent » pour « fût-ce » et suppose que la Pucelle ne savait pas écrire ! Mais elle est professeur à l'université, donc intouchable !

Jeanne était une cavalière accomplie.

Régine Pernoud rapporte que le duc d'Alençon fut « ébloui par la façon dont elle “court une lance”, dès le premier jour, il lui fait cadeau d'un cheval » (VMJA, p. 145).

Mais l'éblouissement du duc d'Alençon ne se communique pas à Yann Grandeau, qui n'y voit qu'« une modeste paysanne, dont les évolutions sans trop de gaucherie ont de quoi le surprendre » (p. 242).

Cet éblouissement du duc d'Alençon devant les capacités de cavalière de Jeanne, que rapporte Régine Pernoud, jette à terre le raisonnement suivant, de Régine Pernoud : « … on s'est demandé comment elle “savait monter à cheval”. La question tombe d'elle-même lorsqu'on a pu voir… les filles de fermes lorraines juchées sur les gros chevaux de cette région d'élevage pour conduire les bêtes à l'abreuvoir. En une époque où le cheval est le seul moyen de locomotion, il est évident que Jeanne avait dû dès son enfance enfourcher ceux de son père » (JAEM, p. 48).

Il faudrait admettre que le duc d'Alençon aurait été « ébloui » par une « fille de ferme lorraine juchée sur un gros cheval » !!! C'est d'un ridicule peaufiné.

Professionnellement, le R. P. Kraemer a la même opinion suiviste : « Affirmer que ce sont des hommes d'armes qui apprirent à Jeanne à monter à cheval, c'est ignorer tout de la vie au XVè siècle, car à ce moment, le cheval était le seul moyen de se transporter d'un point à un autre et tous les habitants des campagnes utilisaient le cheval comme moyen de transport » (in C.Pasteur, p. 73). Pas la bicyclette, on s'en doutait un peu.

Pour Yann Grandeau, « Jacques d'Arc avait des chevaux, que sa fille conduisait à l'abreuvoir » (p. 243), c'est censé tout expliquer.

Et pour Olivier Bouzy, « c'est probablement ainsi que Jeanne a appris à monter à cheval : en allant au marché de Neufchâteau avec ses parents » (HàE, p. 221).

Colette Beaune, elle aussi, assure que « le cheval de labour, le mulet ou le bourricot sont en revanche accessibles au plus grand nombre » (JAVL, p. 95).

On ne parvient pas à voir le duc d'Alençon “ébloui” par la Pucelle Jeanne chevauchant un mulet ou un bourricot. Monter sur un paisible cheval de trait pour aller à l'abreuvoir ou au marché, est à la portée du premier venu : jusqu'à l'apparition des bicyclettes et des tracteurs, tous les paysans ont conduit leurs chevaux à l'abreuvoir et sont allés à cheval au marché de Neufchâteau. Mais à cette vue, la noblesse n'était pas « esbahy », les gens d'armes ne l'« admiraient » pas, et le duc Jean d'Alençon n'était pas « ébloui ».

Ce que les documents nous rapportent n'a rien à voir : ce sont des prouesses équestres, qui nécessitent de longues années de pratique et sont réservées à la noblesse. On touche ici du doigt la désinvolture avec laquelle les domrémistes traitent les documents dès qu'ils ne confirment pas la légende qu'ils aiment tant.

Voici encore deux morceaux d'anthologie de Régine Pernoud, qui prétendent traiter des rapports entre l'éventuelle bâtardise de Jeanne et les principales circonstances de sa vie.
« Et voilà, tout s'éclaircit : si Jeanne savait monter à cheval, c'est parce qu'elle était bâtarde ; si elle a délivré Orléans, c'est parce qu'elle était bâtarde ; si elle a gagné la bataille de Patay, c'est pour la même raison, et si elle a fait couronner Charles VII, etc.» (JDLC, p. 59). Mais l'absurdité intentionnelle de ce pseudo-raisonnement ne fait que souligner le vide absolu de son argumentaire !…

« Si l'on admet la curieuse relation de cause à effet qui veut qu'elle ait su monter à cheval parce qu'elle était bâtarde… » (JDLC, p. 60). Mais la Pucelle “ne montait pas à cheval” comme le premier venu, on se tue à vous le dire, elle “suscitait l'admiration par ses dons de remarquable cavalière”, cela n'a rien à voir.

Mme Pernoud juge « curieuse » la relation, pourtant évidente et banale, entre une haute naissance et une éducation soignée. Comme c'est curieux…

La mère de Jeanne et ses pèlerinages.

Si l'on en croit Marie-Véronique Clin, « la mère de Jeanne, Isabelle, est quant à elle née à Vouthon, et porte le surnom de “Isabelle Romée” car elle avait fait un pèlerinage à Rome » (p. 21). Siméon Luce, lui aussi, parle de « ce sobriquet de Romée qui dut lui être donné selon l'usage en souvenir d'un pèlerinage à Rome » (p. XLVII).

Marie Véronique Clin

« C'est plus que douteux », écrit Mgr Touchet (I, p. 95). Lucien Fabre ne croit pas non plus à ce roman : « il ne semble pas vraisemblable qu'un tel voyage n'ait laissé ni souvenirs ni témoignages » (p. 24).

Nous ne possédons pas une fraction d'atome d'information sur un tel pèlerinage qui aurait été fait par la mère (adoptive) de la Pucelle. Pas plus que sur son pèlerinage au Puy, qui a été inventé de toutes pièces au XIXè siècle par Siméon Luce (p.CCCV-CCCVI), professeur à l'École des chartes, et repris, sur dix pages et avec un luxe extraordinaire de détails imaginaires, par Gabriel Hanotaux (p.48-57 ou 32-41, suivant l'édition).

Affirmer que la femme de Jacques d'Arc était nommée Romée parce qu'elle était allée à Rome, est de la même veine vaudevillesque que s'imaginer que le dominicain Jean Toutmouillé, qui témoigne au procès de 1450, était ainsi nommé parce qu'il oubliait toujours son parapluie quand il sortait par mauvais temps !

Jeanne pourrait être l'enfant né d'Isabeau de Bavière en 1407.

C'est Pierre Caze, sous-préfet de Bergerac, qui fut le premier en date à supposer que la Pucelle n'était pas une paysanne, mais une fille de haute naissance, probablement bâtarde de la reine Isabeau de Bavière. On sait en effet que celle-ci, maîtresse de son beau-frère le duc d'Orléans, donna naissance à un enfant le 10 novembre 1407. Officiellement, cet enfant mourut le jour même de sa naissance. Mais curieusement, son cadavre ne laissa aucune trace.

Colette Beaune, dont la documentation est toujours fort superficielle, ne cite Pierre Caze que de façon ironique, et sans même connaître son nom véritable : elle l'appelle « le bonapartiste Cazes » (JA, p. 277 et 465). Elle récidive avec « Cazes » dans la revue Histoire du Christianisme (n° 43). Quant à M. et L. Forlière, ils le nomment « Paul Caze » (p. 33). Comment se fier à de tels “historiens” ?

Partant en guerre contre l'hypothèse Caze, Colette Beaune soulève une objection dont le vide est éloquent : « Comme beaucoup de couples, le roi et la reine “refont” les enfants morts en bas âge, c'est-à-dire qu'ils redonnent au prochain nourrisson qui naît avec le sexe voulu le prénom du bébé qui vient de mourir. Il n'y a jamais à la fois deux enfants de même prénom dans une fratrie, parce que redonner le prénom porterait malheur à l'aîné et le ferait mourir. Charles et Isabeau avaient déjà une petite Jeanne en pleine santé en 1407, il n'était donc pas question de la “refaire” » (JAVL, p. 62). Donc, d'après Mme Beaune, une fille née en 1407 “n'aurait pas pu s'appeler Jeanne, ni Isabelle, ni Catherine, ni Michelle, ni Marie”.

On trouve déjà la même objection chez Grandeau : « il est peu vraisemblable que la reine ait choisi le même prénom pour l'enfant illégitime » (p. 202).

L'objection est ridicule et tombe à l'eau lamentablement, quand on constate que, dans cette même famille Valois, parmi les enfants de Charles de Valois, on trouve une première Jeanne, née en 1294 et morte en 1353, et une seconde Jeanne, qui naquit en 1304 (quand la première Jeanne avait encore un demi-siècle à vivre). Il y a aussi, toujours dans la descendance du même Charles de Valois, une première Isabelle, qui naquit en 1292 et mourut en 1309, une deuxième Isabelle, qui naquit en 1306 (quand la première Isabelle avait encore 3 ans à vivre), fut abbesse de Fontevrault et mourut en 1349, et une troisième Isabelle, qui naquit en 1313 (alors que la deuxième Isabelle avait 36 années de vie devant elle).

Toujours chez les Valois, on trouve parmi les enfants d'Henri II, un premier François, qui mourut en 1560 après un règne d'un an sous le nom de François II, et un second François, duc d'Alençon, né en 1555 (cinq ans avant la mort du premier).

Et si l'argument Grandeau-Beaune contenait un zeste de raison, Louis XVI et Louis XVIII, portant le même nom, ne seraient pas frères… Il suffisait d'y penser…

Les voix célestes : à l'université du XXIe siècle, on y croit.

Colette Beaune n'est à aucun degré perméable au doute quant aux voix : « les voix sont un fait historique incontestable » (JAVL, p. 89). Madame Beaune croit aux voix de saints : c'est son droit, sa croyance religieuse ne concerne qu'elle. Elle y croit aussi comme fait historique : elle cesse alors de faire oeuvre d'historienne.

Et tout contribuable se doit de protester énergiquement contre cette ingérence du catéchisme dans l'enseignement universitaire de l'État théoriquement laïque.

L'abbé Colson pose une bonne question : « pourquoi Dieu a-t-il pris parti pour le Dauphin Charles contre le roi anglais ? » En effet, on se le demande avec angoisse…

« C'est que, peut-être, depuis toujours Dieu parle par la voix de son peuple au coeur duquel il est immanent comme le levain de l'évangile dans la pâte qui la fait bon gré mal gré, vaille que vaille, lever lentement vers un idéal d'humanité créée à Son image afin qu'elle se rapproche de Sa ressemblance » (p. 255).

Quel dommage qu'une question aussi pertinente amène une réponse aussi creuse : une succession de mots totalement vide de sens…

Quel rapport existe-t-il entre l'étude d'un personnage historique et la profession de foi suivante : « Rien n'est impossible à Dieu, donc on ne peut s'étonner s'Il bouscule les prévisions humaines et s'Il fait choix pour cela d'un instrument misérable » (JATC, p. 167) ? Quel rapport ? absolument aucun. C'est pourtant cette même Régine Pernoud qui qualifie l'Histoire de « science exacte ». Hélas, il ne s'agit pas là d'Histoire, mais seulement de son Histoire !

Qu'en dit Maxime Gorce, professeur à l'Institut catholique ? « La plus rude critique que l'on puisse faire aux voix de Jeanne d'Arc consisterait à dire avec les Anatole France, les Launois et autres dénicheurs de saints que les personnages de saint Michel, de sainte Marguerite et de sainte Catherine n'ont jamais existé. Il est sûr que c'est par la Foi seule que Jeanne connaissait d'abord l'archange » (p. 25).

M. Gorce a le droit, à titre privé, d'avoir la foi chrétienne, ou toute autre, et de fréquenter assidûment les archanges. Mais il n'a pas le droit d'expliquer l'histoire par ses idées personnelles. « Mais rien n'autorise à les rejeter absolument dans un monde légendaire ». Mais si, mais si, monsieur Gorce, quelque chose l'autorise : la raison, ou plus simplement le bon sens, qui n'est pas aussi répandu que le croyait Descartes.

D'après Alain Decaux (TF1, 9-11-87), les “voix” assurent à Jeanne que le vrai roi de France est Charles VII, et non « ce petit Anglais de quelques années, Henri VI, qui a été sacré [sic, au passé] à Notre-Dame ». Remarquons que les “voix” sont fort ignorantes, car elles commettent un grossier anachronisme (à moins que ce ne soit Decaux…) : Henri VI ne sera sacré [au futur] à Notre-Dame que le dimanche 16 décembre 1431, soit six mois après le bûcher de Rouen, une dizaine d'années plus tard que la manifestation des premières “voix”.

Lucien Fabre a trouvé la solution : « Pour le catholique et on peut dire aussi pour tous ceux qui croient en un Dieu personnel, la solution est d'admettre la provenance divine des apparitions. Toutes les autres solutions soulèvent des difficultés insurmontables que la thèse de la provenance divine résout parfaitement » (p. 69).
Il est bien heureux si cette « solution » le satisfait. Dieu le lui rendra. Mais il est bien naïf s'il croit qu'elle satisfera tout le monde…

Lucien Fabre

Premier voyage de Jeanne à Vaucouleurs.

Un premier voyage à Vaucouleurs eut peut-être lieu en mai 1428. Il est attesté par une déposition unique, celle de Bertrand de Poulengy : « Jeanne la Pucelle vint à Vaucouleurs, vers l'Ascension du Seigneur, lui semble-t-il » (Procès, III, p. 292).

En 1428, l’Ascension tombait le 13 mai. C'est pourquoi Lucien Fabre la place « le 11 mai » (p. 89), Georges Bordonove « le 28 mai » (p. 116) et Alain Decaux « le 13 mai 1425 » (HE, p. 86). Ils sont d'un sérieux, ces gens-là !

Un mois plus tard, « la veille de saint Jean-Baptiste, in vigilia beati Johannis Baptiste », Jeanne dit à un garçon de son village, « qu'il y avait une jeune fille entre Coussey et Vaucouleurs, qui avant un an ferait consacrer le roi de France » (Procès, III, p.280).

La saint Jean-Baptiste tombe le 24 juin, tout le monde sait cela. La veille de cette fête, c'est le 23 juin (1428), et non « le 26 [sic] décembre [re-sic] 1426 [re-re-sic] » comme l'écrit Marius Sepet (p. 63), qui accumule trois sottises en quatre mots. Ni le « 28 août » comme le croit Mgr Touchet (I, p. 142), qui devrait savoir professionnellement à quelle date on fête saint Jean-Baptiste. L'Histoire, on le voit, est « une science exacte », comme dit la papesse de Jeanne.

Lucien Fabre invente que « Jeanne, depuis plusieurs années [sic], savait qu’elle ferait lever le siège d’Orléans » (p. 97). C’est parfaitement dépourvu de sens : le siège ne sera mis devant Orléans que cinq mois plus tard, le 12 octobre suivant (1428).
Et non le « 28 octobre », comme l’écrit Régine Pernoud (dans Christine de Pisan ). Jeanne ne pouvait évidemment pas parler de faire lever le siège d'Orléans avant que celui-ci fût mis.

De Vaucouleurs à Chinon, avec un détour par Nancy.

De Vaucouleurs, la Pucelle va à Nancy, invitée par le duc de Lorraine.

Des dates solidement attestées par plusieurs documents.

Le retour de Jeanne à Vaucouleurs, après le voyage à Nancy, eut lieu le dimanche 13 février. Le départ de Vaucouleurs se place le mercredi 23 février, et l'arrivée à Chinon le dimanche 6 mars, après un trajet de onze jours.

Or certaines personnes proches de la Cour, principalement le Bâtard d'Orléans, étaient déjà au courant de la mission de la Pucelle dès le 12 février, un mois avant que Jeanne se présentât au roi, à Chinon. Michelet assure que « les gens d'Orléans, à qui, depuis le 12 février, Dunois promettait ce merveilleux secours, envoyèrent au roi et réclamèrent la Pucelle » (p.57-58). Il s'inspire de la Chronique de la Pucelle, qui rapporte que « le samedy douziesme jour de février, veille des Brandons, l'an mil quatre cent vingt huict [1429 nouveau style]… » (chap. 40, p. 268-269), « les habitans donc estans en grand doute & danger d'estre perdus, & en la subjection de leurs ennemis, ouyrent nouvelles, qu'il venoit une pucelle vers le roy, laquelle se faisoit fort de lever le siége de ladicte ville d'Orléans » (chap. 41, p. 270).

C'est la preuve absolue que cette mission était préparée, orchestrée, en haut lieu, et non décidée par une petite bergère inculte, comme la légende l'affirme mordicus.

Mais ce fait est inacceptable pour les mythologues domrémistes. Ils ont donc fabriqué une nouvelle chronologie en désaccord total avec les documents. Cette théorie négationniste avance les événements de dix jours : départ de Vaucouleurs le 13 février, arrivée à Chinon le 23 février. Et ce décalage est très important.

C’est Pierre Boissonade qui en semble l'inventeur. Son calendrier fantaisiste place le premier dimanche de carême le samedi 12 février (au lieu du 13) et la micarême le mardi 1er· mars (alors qu'elle tombait le jeudi 3).

Il est ici nécessaire de rappeler aux mythologues que le premier dimanche de carême tombe... un dimanche (qui l'eût cru ?) et la mi-carême toujours un jeudi. Eh oui, dût-on s'en étonner, certains domrémistes réécrivent même le calendrier ! Où la falsification devient criante, hurlante, assourdissante, c’est quand Boissonade change le retour de Nancy à Vaucouleurs en un départ de Vaucouleurs pour Chinon.

Il ne restait plus aux hagiographes obéissants qu’à emboîter le pas à ce farfelu et créer une légende de toutes pièces : c'est ce qu'ont fait, sans l'ombre d'un remords, peut-on supposer, C.Beaune, O.Bouzy, J.Calmette, R.Caratini, A.Cardoze, A.Decaux, P.Duparc, Y.Lanhers, J.Le Goff, R.Pernoud, tous ces “professionnels”…

J.Le Goff

Pour établir cette théorie frauduleuse, les défenseurs du mythe ne se fondent que sur UN document, c'est peu. Si encore il s’agissait d’un document fiable… Même pas.

Il s'agit de la Relation du greffier de La Rochelle : « le XXIIIè jour dudit mois de febvrier, vint devers le Roy nostre seig·, qui estoit à Chinon, unne Pucelle de l'aage de xvj à xvij ans, née de Vaucouleur en la duché de Laurraine…» (Revue historique, IV, mai-août 1877, p.336).

« Il a pu être bien informé » (JAEM, p. 44), suppose Régine Pernoud, sans la moindre justification. Olivier Bouzy, lui aussi, le juge « bien informé » (MR, p. 58), sans davantage de preuves. Oui, il est “bien informé”… en faisant naître Jeanne “à Vaucouleurs”… et en plaçant Vaucouleurs “dans le duché de Lorraine”… Le greffier a simplement confondu la date du départ avec celle de l'arrivée. Il y a un siècle et demi que Siméon Luce l’a compris et démontré.

On peut gager que si un document aussi fantaisiste contredisait la légende, comme on les verrait, nos domrémistes “professionnels”, clamer leur vertueuse indignation, la rage au coeur et l'écume aux crocs ! Mais il ne la contredit pas, il la renforce. Alors ils l'acceptent avec gratitude et les yeux fermés…

Les partisans de ces élucubrations tentent de leur donner une base crédible en affirmant que Jean de Novelonpont (alias de Metz) aurait cité le premier dimanche de carême (13 février) comme date du départ de Vaucouleurs. Mais la falsification est visible en présence des textes. Il suffit de les consulter : ils sont en vente libre.

Jean de Metz dit exactement que, « lorsqu'elle fut de retour à Vaucouleurs, vers le dimanche “des Bures” (dum regressa fuit ad Vallis Colorem…)» (Procès, III, p.277).

Le premier dimanche de carême n'est donc pas la date du départ de Vaucouleurs (qui se dirait ab Vallis Colore ), mais celle du retour À Vaucouleurs (qui se dit en latin ad Vallis Colorem ).

« Une arrivée à Chinon le 23 février est établie d’abord en tenant compte de la date du départ de Jeanne, le 13 février », écrit Pierre Duparc (Procès, V, p. 184). Il ose frauder en transformant un « retour À… » en un “départ de…”. Mais deux pages avant, il avait affirmé que la date probable (tout aussi fausse) est « le 14 février ». C'est en effet très difficile de mentir : on oublie ses mensonges et on se contredit…

D'après Roger Caratini : « les témoins affirment qu'ils sont partis de Vaucouleurs le “dimanche des Bures”, c'est-à-dire le 13 février 1429 » (p. 133). Quant à la micarême, il la place le 10 mars au lieu du 3 (p. 110).

Emmanuel Bourassin commet la même fraude (p. 54).

Mais non, messieurs Duparc, Caratini et Bourassin, les témoins ne disent pas cela, vous le savez très bien ! Cessez donc de mentir, on vous en saura gré !

C’est ainsi que les domrémistes ont fabriqué un véritable dogme qui prend la place des documents ne cadrant pas avec la légende.

Autres aberrations chronologiques.

Pierre Tisset s'empêtre dans ses inventions : « Rien n'empêche d'admettre qu'elle quitta Domremy à la mi-février » (Procès, II, p. 56). La Pucelle aurait quitté Domremy le 15 février pour arriver à Vaucouleurs début février, aller à Nancy et revenir à Vaucouleurs le 13 du même mois !!!

Colette Beaune : « le duc Charles de Lorraine, prévenu de sa réputation naissante et perclus de goutte, la fit venir à Toul [sic] dans l’espoir de se faire soigner » (JA, p. 84). Mme Beaune erre tout autant dans la géographie que dans l’histoire : c’est à Nancy, et non à Toul, que résidait le duc de Lorraine et que Jeanne fut invitée à lui rendre visite. « À la fin du mois de février 1429 (le 23 ou le 25), elle arriva à Chinon. Le voyage avait duré onze jours » (JA, p. 84).

Mais selon l’hebdomadaire Marianne, Colette Beaune « clarifie les choses [sic],… porte avec honnêteté [sic] les contours de notre histoire » !

D’une falsification à une autre… Régine Pernoud ne s’en sort pas.

Hubert Monteilhet rêve tout éveillé lorsqu’il vante « l’exacte chronologie établie avec tant de science et de scrupule par l’école de Mme Régine Pernoud » (p. 299).

Hubert Monteilhet

Que serait-ce si la chronologie de Mme Pernoud était inexacte, et établie sans science ni scrupule ?…

Qu'on en juge :

« La petite escorte fut, nous l'avons vu, onze jours en chemin ; le 23 février, vers midi, elle arrivait à Chinon » (VMJA, p. 101, écrit en 1953).

« La chevauchée de Vaucouleurs à Chinon se situe entre le 13 et le 23 février 1429 : onze jours [sic] » (TFJA, p. 48, 1956). À l'école primaire, on n'en trouve que dix.

« Arrivée donc très probablement le 23 février vers midi… » (JATC, p. 114, 1959).

« La déposition de Jean de Metz indique comme date de départ [sic] : “environ le premier dimanche de carême, qui tomba en 1429 le 12 février [re-sic]. On peut donc penser que Jeanne et son escorte auront quitté Vaucouleurs le 12 et seront arrivées à Chinon le 23 » (JAEM, p. 44, 1962).

« Le premier dimanche de carême (en 1429, il tombait le 12 février [sic]), Robert de Baudricourt… escortait lui-même jusqu'à la porte de France… Jeanne et la petite escorte » (QSJ, p. 25, 1981). L'ennui, c'est que le 12 février était un samedi…

Entre le 13 (au soir !) et le 23 février, on a beau faire, il n'y a que dix jours, et non onze. C'est pourquoi Mme Pernoud se trouve dans l'obligation, pour conserver les onze jours d'écart entre le départ et l'arrivée, de décaler le premier dimanche de carême en le plaçant frauduleusement le samedi 12 février. Cette date truquée se trouvant dans deux ouvrages différents, écrits à 19 ans d'intervalle (1962, 1981), on ne peut retenir l'hypothèse d'un lapsus calami.

Mais ce n'est pas tout. « Enfin Jeanne elle-même déclare : “Avant qu'il soit la mi-carême il faut que je sois auprès du roi” ; or la mi-carême se place cette année-là le jeudi 1er· mars [sic] » (JAEM, p. 44). Hélas, le 1er· mars était un mardi, et la mi-carême tombait le jeudi 3 mars, puisque Pâques était le 27 mars.

Ensuite, Mme Pernoud ne craint pas de se contredire, puisque dans un autre livre elle écrit : « …lorsqu'elle s'est présentée devant le dauphin, au mois de mars 1429 » (JATC, p. 37, 1959). Il n'est plus question du 23 février. Dans le même ouvrage, plus loin, elle revient à février en assurant que « le jeudi [sic] 25 février, à la tombée de la nuit… » (p.115). « C'était le jeudi [sic] 25 février » (TFJA, p. 53, 1956). Manque de chance, le 25 février était un vendredi (comme en 2005, 2011, 2016, 2022) !…

Dans un ouvrage plus récent (PC, 1986), s’étant rendu compte que le calendrier de Boissonade, qu’elle recopie, était truqué, elle revient au 22 février pour le départ de Vaucouleurs et au 4 mars pour l'arrivée à Chinon (p.28 et 392), c'est-à-dire à peu près aux dates réelles (ce qui fait d'ailleurs à nouveau dix jours de voyage, et non onze).

Et dans des ouvrages encore plus récents, elle semble avoir des remords tardifs et renier ce qu'elle affirmait autrefois, puisqu'elle place l'arrivée à Chinon « … très probablement le 6 mars » (JAGCA, p. 10, 1990). « On place généralement cette arrivée au 6 mars 1429 » (JNJP, p. 23, 1994). Cette fois, elle a raison, mais c’est sur le tard.

On aurait besoin d'un fil d'Ariane pour suivre la papesse de Jeanne dans cet effroyable labyrinthe qui donne le tournis…

« Plus on sera ensemble du sang du roi de France … »

C'est ce que dit la Pucelle à Chinon. Mais cette phrase nous est rapportée en latin : quanto plures erunt de sanguine… Dans les efforts qu'il fait pour la comprendre, Yann Grandeau traduit “nous serons” par « eramus » (p. 122). Alors, comment diable traduit-il “nous étions” ?…
Quand on pense qu'il veut offrir “aux ignorants” « un Gaffiot pour Noël » (p. 117) ! « Ce que je sais, dit-il, je le vérifie » (p. 95). Et ce qu'il ne sait pas, il l'étale…

Colette Beaune, grande donneuse de leçons devant l'Éternel, s'est contentée de recopier Grandeau, car elle traduit également “nous serons” par « eramus » (JAVL, p. 122). C'est à elle que Grandeau devrait offrir un Gaffiot. Et une grammaire latine élémentaire (pour classe de 6ème).

Le “Cercle zététique” d'Internet, pas plus soucieux de logique ou de vérité, que de qualité de style ou d'orthographe, recopie le mot à mot de Grandeau.

La disparition du Livre de Poitiers.

Jeanne fut interrogée sur l'orthodoxie de ses croyances en mars-avril 1429, à Poitiers, par une quinzaine de théologiens. Ses réponses furent consignées dans ce qu'on appelle le Livre de Poitiers, qui n'a jamais été retrouvé.

Nombre de thuriféraires de la Pucelle légendaire, qu'ils nomment obstinément “Jeanne d'Arc”, sont fort gênés, non pas par la disparition du Livre de Poitiers, car cette disparition les sert (il contenait probablement des précisions sur l'état civil de la Pucelle), mais par son existence même.

Pour Colette Beaune, « ce refus obstiné de l'Église de Rome de communiquer quelque information que ce soit sur le “livre de Poitiers” peut en réalité s'expliquer tout simplement par l'inexistence du livre ». « Jeanne appelle “livre” des écrits qui ne font que deux ou trois pages » (JAVL, p. 75-76).

Pourtant, Mme Beaune reconnaît que « les interrogatoires durent trois semaines ». À une époque où le moindre compte rendu est mis par écrit de façon très minutieuse, avec de nombreuses redondances et redites, un interrogatoire qui dure trois semaines ne remplirait donc que « deux ou trois pages » ! C'est aberrant, mais de la part de cette dame à la fertile imagination romanesque, cela ne surprend guère…

L'abbé Colson n'est pas convaincu non plus : « après tout, ce Livre de Poitiers a-til même jamais véritablement existé ? On peut se le demander » (p. 372).

De même, pour Olivier Bouzy, « l'existence de ce livre n'a jamais pu être prouvée avec certitude » (HàE, p. 40). Jeanne, cette petite hypocrite, aurait donc demandé qu'on se reportât à un livre qui n'avait jamais existé ! Quelle comédienne !

Pour une fois, l'abbé Colson, Colette Beaune et Olivier Bouzy manquent d'imagination, eux qui en ont en général à revendre. Pour prouver que le Vatican n'est pour rien dans cette disparition, il eût fallu trouver mieux que diffamer la Pucelle en l'accusant d'inventer un livre inexistant… Surtout qu'ils taisent soigneusement ce fait, pourtant fondamental, mais qui les gêne fort : ce livre était déjà disparu deux ans plus tard, dès 1431.

Olivier Bouzy (HàE, p. 40) affirme qu'au procès de Rouen, Jeanne demanda trois fois qu'on se reportât au Livre de Poitiers. Il faut lire les textes avant de parler… Ce n'est pas moins de sept fois que Jeanne a fait cette demande (Procès, II, p. 64, 71, 72, 72, 73, 91, 137). On lui a obstinément opposé la sourde oreille.

Pour Colette Beaune, experte dans l'art de noyer les poissons, ces demandes de Jeanne sont simplement « une manière efficace de ne pas répondre » (JAVL, p. 75).

Armoiries données à la Pucelle seule.

Le 2 juin, le roi donne des « des armoiries à ladite Jeanne, pour décorer son étendard et elle-même » (reproduit chez H.Wallon, p.410). Ni le mot « frères », ni le mot « famille » ne figurent dans le brevet : tout le monde peut le vérifier. Comparons avec les inventions domrémistes :

  • Mlle Amiet : « Les emblèmes en question ont donc été choisis par les frères de Jeanne » (p. 350).
  • Maxime Gorce : « Jeanne d'Arc n'a pas eu du tout d'armoiries. C'est le roi qui en octroya à ses frères » (p. 82).
  • Alain Decaux : « remarquons qu'elles [ces armes] ont été concédées, non pas à Jeanne seule, mais à toute sa famille » (HE, p. 96).
  • Éric Picard : il s'agit du « blason de la famille d'Arc » !

Famille d'Arc ! frères de Jeanne ! Pas un mot n'est vrai. Peut-on mentir à ce point ailleurs que chez les domrémistes ?

La Pucelle revient en 1436, à Metz.

Eh oui ! Cinq ans après le bûcher de Rouen, elle revient. Elle est reconnue tout d'abord par ses frères (adoptifs). Ensuite par les bourgeois de Metz. Puis trois ans plus tard par tous les bourgeois d'Orléans qui l'avaient bien connue en 1429 et qui étaient encore en vie. Elle est aussi reconnue par Baudricourt, par la famille de son mari (car elle se marie), par la duchesse de Luxembourg, par son compagnon d'armes Gilles de Rais, qui la connaissait fort bien, et par bien d'autres.

Tous ces gens auraient-ils été hallucinés ? Ou mythomanes ? Ou aussi menteurs que les domrémistes de notre époque ?

Pour Régine Pernoud, il y eut seulement « une aventurière assez douée qui sut se faire passer pour Jeanne et réussit à convaincre jusqu'aux frères de celle-ci » (JAEM, p. 293). Elle se limite aux frères. Exigeante, mais circonspecte.

Marius Sepet : « Il n'y a pas de raison suffisante de les supposer [les frères] complices de la fraude. Leur simplicité rustique fut dupe de la ressemblance » (p.278). Admirons la « simplicité rustique » (!) de Jean d'Arc, bientôt bailli du Vermandois, et de Pierre d'Arc, plus tard bailli de Chaumont, qu'on veut nous faire prendre pour des rustres illettrés. Et bien sûr, ils ne citent que les frères (adoptifs), ce qui ne fait que deux personnes.

Georges Duby

Au cours de l'émission Les Brûlures de l'histoire (F3, 8 février 1994), Georges Duby, du Collège de France, admet que « les frères de Jeanne l'ont reconnue ». Sous-entendu “ce qui fait deux personnes, c'est bien peu”. De façon fort malhonnête, il passe sous silence toutes les autres personnes qui ont été du même avis.Ce qui lui permet de conclure que « ça ne tient pas debout, c'est rocambolesque », qualificatif qui s'appliquerait bien mieux à l'affirmation de G. Duby lui-même.
Lors de cette émission, la bafouilleuse de service (la voix off ), illettrée, strabique et / ou dyslexique, fait naître Jeanne « à Greux », la fait capturer à Compiègne « le 28 mai », la fait mourir « le 30 mai 1341 » et qualifie Charles VII de « roi de Bourgogne ».

Olivier Bouzy admet « le fait que les propres frères de Jeanne d'Arc semblent avoir reconnu leur soeur en Claude des Armoises » (MR, p. 149). Les frères, et personne d'autre, deux personnes seulement, c'est bien peu de chose ! Et encore, ils ne l'ont pas reconnue, ils « semblent » l'avoir reconnue !

« Ainsi, raconte Alain Decaux, se firent dans l'Histoire une petite réputation les faux Smerdis, les faux Warwick, les faux Dimitri, les faux Sébastien, sans oublier les faux Louis XVII » (GSGE, p. 27). Donc, le fait que des imposteurs ont existé à diverses époques, prouverait que la Pucelle revenant sous le nom de Claude est, elle aussi, une “imposteuse”, comme dit l'académicien. C'est imparable…

Précisons que les domrémistes sont incapables d'expliquer l'origine de Jeanne des Armoises, Pucelle de France.

Colette Beaune sait tout de même que Claude des Armoises « était probablement l'une des filles de Walter d'Ornes et Elizabeth de Pierrepont, issue donc d'une famille de petite noblesse des marches de Lorraine » (JA, p. 371).

Et d'après Olivier Bouzy, elle serait « originaire de Jarville, près de Nancy » (HàE, p. 248). Bien entendu, aucun de ces deux auteurs ne cite ses sources : ça leur est impossible, ils viennent de les inventer ! Et on prétend que les non-conformistes échafaudent des hypothèses, élaborent des romans !!!

La prise de Jeanne à Compiègne, le 23 mai 1430.

Jeanne fut prise par un certain Bâtard de Wandonne.

Mais beaucoup d'auteurs du clan domrémiste, plus pressés de publier leurs élucubrations que d'étudier les faits, mettent en cause la famille royale de Vendôme. C'est l'absurdité à l'état pur.

  • Michelet : « Celui qui l'avait prise, un archer picard, selon d'autres le bâtard de Vendôme, la vendit à Jean de Luxembourg » (p. 85).
  • Régine Pernoud : « Jeanne, désarçonnée, tomba aux mains du bâtard de Vendôme, vassal de Jean de Luxembourg, comte de Ligny » (VMJA, p. 184).
  • J. Cordier : « … le bâtard de Vendôme à qui elle se rendit et donna sa foi » (p. 311).
  • R. Caratini : « Le bâtard de Vendôme » (p. 270).

Mais quels ignorants, ces pseudo-historiens ! Un Vendôme, même bâtard, ne serait pas le vassal de Jean de Luxembourg ! Les Vendôme sont des princes du sang, les Wandonne sont des nobliaux de province. Cela a été fort bien expliqué par Quicherat dès 1841 (I, p. 13). Mais nos domrémistes, même bardés de diplômes et pourvus de hauts postes lucratifs, n'ont pas lu Quicherat…

Jeanne enfermée à Beaurevoir.

Mgr Touchet (II, p. 84 à 90) tient à nommer ce château Beauvoir, alors qu'il s'agit de Beaurevoir. Mgr Grente, probablement par solidarité épiscopale, commet la même erreur (p.103).

Pierre Tisset place ce séjour « d'août à novembre 1430 » (Procès, II, p. 92, note). Mais il se contredit peu après en faisant terminer cette détention « dans les derniers jours de septembre » (II, p. 93). Quand faut-il le croire ?

Jeanne tente de s'évader, mais la tentative échoue. Jacques Le Goff (Encycl. Univers.) mentionne cette évasion manquée, mais il la manque également, en la situant au château de « Beaulieu », alors que tous les documents la placent à Beaurevoir. C'est peut-être pour avoir recopié Joseph Calmette, qui fait la même erreur (p. 95), qu'on ne peut attribuer à une “coquille”, vu le contexte, fort romancé.

Des dizaines de sites Internet débitent la même sottise.

L'arrivée de Jeanne à Rouen en décembre 1430.

Colette Beaune : « Jeanne arriva à Rouen le 23 décembre 1430, l'avant-veille de Noël. Elle n'avait plus que quatre mois à vivre » (JA, p. 297). En comptant sur ses doigts comme à l'école primaire, on constate qu'elle a devant elle cinq mois et une semaine.

Jean Lemaistre, vice-inquisiteur au procès de 1431.

Visiblement, Colette Beaune n'a pas le temps de consulter les textes : elle le nomme obstinément le vice-inquisiteur Jean Lemaire (JA, p. 15, 21, 274, 468) ou Jean Le Maire (JAVL, p. 158). Pourtant le nom du vice-inquisiteur est cité des dizaines de fois dans toutes les éditions du procès sous la forme Le Maistre. D'ailleurs, son nom latin est constamment Johannes Magistri, et non Majoris.

Cette marque de profonde ignorance est d'autant plus regrettable qu'il existe réellement un Jean Lemaire, curé de l'église paroissiale Saint-Vincent de Rouen, qui témoigne le 19 décembre 1455 et le 12 mai 1456 (Procès, IV, p.129-130), et n'a rien à voir avec le vice-inquisiteur Jean Le Maistre.

La place du Vieux-Marché, en mai 1431.

Le matin du 30 mai 1431, la place du Vieux-Marché était occupée par huit cents hommes d'armes, ce qui eut pour effet que personne ne put voir la Pucelle de près et favorisa une substitution éventuelle.

Pour Olivier Bouzy, « le chiffre de huit cents hommes est cité pour la première fois par Gaston Save [en 1893] et repris sans aucun examen par ses successeurs » (HE, p. 150). Oh, la grosse bourde !

Bouzy n'a pas lu H.Wallon, qui écrivait en 1876, 17 ans avant Save : « Sept à huit cents hommes marchaient autour d'elle portant glaives et bâtons » (p. 344). Ni Michelet qui, 52 ans avant Save (en 1841), évoquait Jeanne « montée sur la charrette, elle s'en allait à travers une foule tremblante sous la garde de huit cents Anglais armés de lances et d'épées » (p. 141). Ni (ce qui est pire) le Procès où, 443 ans avant G. Save, en 1450, on trouve deux témoins (Guillaume Manchon et Jean Massieu) qui disent la même chose (Quicherat, II, p. 14 et 19). Bouzy imagine que le scribe a simplement « rajouté un zéro en trop » (HE, p.151), ce qui ramènerait les 800 hommes à 80. Mais il faudrait que les chiffres dits “arabes”, comportant un zéro, aient été utilisés à l'époque, ce qui était rarement le cas, en dehors des très petits nombres.

Régine Pernoud n'accepte pas non plus ces huit cents hommes : « Le chiffre est certainement exagéré. Ladvenu dit : cent vingt » (VMJA, p. 243). Vérifions : c'est une fausse piste ! Ladvenu dit seulement : « beaucoup d'Anglais (Anglicos multos) » (Doncoeur, III, p. 42), (Procès, III, p. 223).

On comprend que ces 800 hommes d'armes gênent les adeptes du mythe, car ils favorisent l'opinion suivant laquelle Jeanne ne fut reconnue par personne, ce qui laisse la place à une éventuelle substitution.

Le bûcher du 30 mai 1431 : personne n'a rien vu.

L'enquête faite en 1456 aboutit à l'audition de 31 témoins qui étaient présents sur le lieu de l'exécution. Si on exclut ceux qui ne disent pas un mot à ce sujet, il en reste 21 (Procès, IV, p. 32 à 152). Répartissons-les en trois groupes :

a) Ceux qui ont vu : ils ne sont que TROIS sur vingt et un.

  • Jean Marcel « la vit dans le feu » (p. 63)
  • Jean de Lénizeul « la vit brûler » (p. 81)
  • Martin Ladvenu « ne la quitta pas, jusqu'à ce qu'elle eût rendu l'âme » (p. 122).

b) Ceux qui “ savent ”, mais sans avoir vu.

  • Guillaume de la Chambre : « Jeanne fut brûlée » (p. 37). Mais l'a-t-il vue ?
  • D'après Jean Massieu, « elle mourut très pieusement » (p. 115).
  • Guillaume Colles dit qu'elle fut « conduite, sans autre sentence ni procès, au bourreau pour être brûlée » (p. 120). Il ne dit pas qu'il l'a vue.
  • D'après Maugier Leparmentier, « elle fut conduite au feu », il a « entendu dire que les cendres, après la combustion, … » (p. 137).
  • Laurent Guesdon « croit aussi que Jeanne est morte en catholique » (p. 138).
  • Jean Riquier « croit qu'elle mourut en catholique » (p. 140).
  • Jean Moreau « sait…, a entendu dire… » (p. 143). Donc il n'a rien vu.
  • Pierre Daron « croit qu'elle termina sa vie en catholique » (p. 149).

c) Ceux qui étaient absents.

  • L'évêque de Noyon « s'en alla, ne voulant pas voir brûler Jeanne » (p. 39).
  • Thomas de Courcelles « ne la vit cependant pas brûler, car aussitôt après la prédication et le prononcé de la sentence il s'en alla » (p. 44).
  • Jean Monnet « quitta la ville de Rouen le lundi ou le dimanche précédant la mort de Jeanne » (p. 46).
  • Aimond de Macy « croit qu'elle est au paradis » (p. 88).
  • Nicolas de Houppeville « n'eut pas la force d'aller jusqu'au lieu du supplice (non valuit ire usque ad locum supplicii) » (p. 126).
  • Mgr Jean Le Fèvre « ne resta pas jusqu'à la fin, il s'en alla » (p. 129).
  • Nicolas Caval « ne fut pas présent lors de la condamnation » (p. 131).
  • Pierre Cusquel « ne voulut pas y assister » (p. 133).
  • André Marguerie « n'assista pas à l'exécution de la sentence » (p. 135-136).
  • Nicolas Taquel « s'en alla et n'assista pas à la suite » (p. 145).

Malgré les affirmations des domrémistes, sur un total de 31 témoins, on est très loin de l'unanimité des témoignages… Et ce, malgré « une nette volonté réciproque de ne pas se compromettre l'un l'autre et d'accorder en quelque mesure leurs dépositions », selon la remarque de P.Tisset (Procès, III, p. 48). Sans cette « nette volonté », les variations auraient été encore plus grandes.

Qu'a fait Jeanne après le pseudo-bûcher ?

D'après le Journal d'un Bourgeois de Paris, « quatre ans de prison, au pain et à l'eau dont elle ne fit aucun jour » (§ 580, p. 298, édition commentée par Colette Beaune).

Mais Colette Beaune, dans son ouvrage destiné à combattre celui de Marcel Gay, ose écrire : « Prenons le Journal d'un Bourgeois de Paris que j'ai édité […]. La condamnation à la prison perpétuelle de 1431 devient : “Elle fut condamnée à quatre ans et demi de prison”, ce qui permet de faire sortir Claude des Armoises de sa boîte au début de 1436 » (JAVL, p. 13).

Colette Beaune accuse donc Marcel Gay de truquage de texte, alors qu'il cite très exactement une phrase publiée… par Colette Beaune. De plus, c'est justement Colette Beaune qui fraude en transformant les « quatre ans » cités par Marcel Gay en « quatre
ans et demi
». Le clan des domrémistes est assez coutumier de ce genre de truquages, mais il est assez rare que la fraude soit faite assez sottement pour être visible à ce point.

On sait que Jeanne se maria avec Robert des Armoises au cours de l'été 1436. Peu après, le couple des Armoises vend une de leurs terres. Or, par chance, nous possédons l'acte de vente : il est du 7 novembre 1436. Colette Beaune (JA, p. 373), plus pressée de publication que de vérification, assure que la date du 7 novembre serait celle du mariage de Jeanne avec Robert des Armoises (la date du mariage est inconnue).

Colette Beaune imagine que Jeanne des Armoises avait participé « aux guerres menées par le pape Eugène IV contre les Romains révoltés (juin 1434 - octobre 1436) » (JA, p. 372). C'est absolument impossible, puisque — Mme Beaune l'assure elle-même — « elle fut reconnue le 20 mai 1436 par les frères de la Pucelle et par un certain nombre de patriciens de Metz » (JA, p. 371). Placer Jeanne des Armoises à la fois à Metz et à Rome à la même date ! Mais on sait que les hagiographes johannistes ne sont pas à une incohérence près.

Le procès d'annulation (1450-1456).

Nous allons découvrir encore un faux commis par le traducteur Pierre Duparc dans la version française : « honnête femme Isabelle d'Arc, [incise manquante], mère de défunte Jeanne, communément appelée “la Pucelle” » (Procès, III, p. 7). L'incise qui a été coupée frauduleusement par P. Duparc dit ceci : « veuve de défunt Jean d'Arc (dans le texte latin : defuncti quondam Johannis d'Arc relicta ) ». La raison est malhonnête, mais facile à comprendre : c'est pour cacher au lecteur que l'auteur du texte ne connaît même pas le nom des “plaignants”, puisqu'il nomme « Jean d'Arc » le prétendu père de la Pucelle, qui s'appelait en réalité Jacques d'Arc. Cette bévue, que P. Duparc tente de nous cacher, prouve que ces prétendus “plaignants” ne sont que des prête-noms, des hommes de paille, et non la famille de la Pucelle.

Jacoby avait raison : « avec les “conformistes”, il faut vérifier tout, jusqu'à la dernière virgule » (II, p. 57).

Régine Pernoud prétend que « Jeanne était solennellement réhabilitée » (JATC, p. 44) par ce procès. Elle insiste : « Ce dernier procès aboutit à réhabiliter l'accusée qu'on avait condamnée comme hérétique relapse » (JDLC, p. 19).

S'agit-il d'erreur ou de bourrage de crânes délibéré ? Pas un mot dans le jugement de 1456 n'aboutit à “réhabiliter” l'ancienne hérétique, en dépit du terme ressassé. La condamnation de 1431 est annulée, c'est tout. Et ce n'est pas la même chose.

Édith Thomas plonge encore plus profondément dans le mythe que sa collègue : « Le second [procès], fait par des prêtres à la dévotion du roi de France, avait pour but de prouver à la postérité qu'elle était une sainte » (p. 9). Où diable Mme Thomas a-t-elle lu dans ce procès une ligne, un mot, un soupir, qui aboutisse à faire de Jeanne une sainte ? Il ne s'agit là que de consolidation du mythe, non d'histoire. Pour qu'on commence à parler de Jeanne “sainte”, il faudra attendre encore un peu plus de 400 ans, ce n'est pas rien.

Non seulement Jeanne n'est pas déclarée sainte, mais elle n'est même pas déclarée innocente. Pour l'innocenter, il aurait fallu se prononcer sur l'orthodoxie de certaines de ses déclarations, ce qui aurait soulevé de nombreuses questions théologiques, fort difficiles à résoudre, et dont il n'est pas assuré qu'elle en fût sortie indemne.

Guillemin dit fort bien : « Des éloges à son sujet ? Pas le moindre. Le pape la déclare catholique d'appellation contrôlée. Un point, c'est tout » (p. 303-304).

Un historien devrait savoir ce qu'est le calendrier.

Même un historien “professionnel”.

Glossaire des sigles utilisés:

GSGE: Grands Secrets Grandes Enigmes, d'Alain Decaux
HE: Histoires Extraordinaires, d'Alain Decaux
HàE: Jeanne d'Arc, l'histoire à l'endroit, d'Olivier Bouzy
IJA: Images de Jeanne d'Arc (PUF)
JA: Jeanne d'Arc, de Colette Beaune
JAEM: Jeanne d'Arc par elle-même, de Régine Pernoud
JAGCA: Jeanne d'Arc et la guerre de cent ans, de Régine Pernoud
JATC: Jeanne d'Arc (Coll. le temps qui court), de Régine Pernoud
JAVL: Jeanne d'Arc, Vérités et Légendes, de Colette Beaune
JDLC: Jeanne d'Arc devant les Cauchons,de Régine Pernoud
JNJP: J'ai nom Jeanne la Pucelle, de Régine Pernoud
MR: Jeanne d'Arc, Mythes et réalités, d'Olivier Bouzy
PC: Jeanne d'Arc, de Régine Pernoud et M.V.Clin
QSJ: Jeanne d'Arc (Coll. Que Sais-je?), de Régine Pernoud
TFJA: Telle fut Jeanne d'Arc, de Régine Pernoud
VMJA: Vie et Mort de Jeanne d'Arc, de Régine Pernoud

 

 

Nous ne pouvons résister à l'envie de faire partager à nos lecteurs l'article commis par un grand pourfendeur de Mythographes sur " Le Blog de l'Emulation", édité par la Société d'émulation du département des Vosges (SEV). On peut y lire sous la plume Mr Alexandre Laumond en date du 6 Mai 2015 l'information suivante::

"Donremy sur Meuse, à trois lieuës dudit Vaucouleur. D’où estoit native cette fameuse pucelle d’Orléans, qui se nommait Jane Day ou Dallis. [...] Le devant de la maisonnette où elle naquit est toute peinte de ses gestes ; mais l’aage en a fort corrompu la peinture. Il y a aussi un abre le long d’une vigne qu’on nomme l’arbre de la Pucelle, qui n’a nulle autre chose à remarquer." L'auteur de ce texte ? Un certain Rabelais, de passage à Domremy en 1580... soit 240 ans avant la restauration de la maison par l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du département, Jean-Baptiste Prosper Jollois.
Un conseil de lecture pour comprendre l'histoire de cette bâtisse ? Le texte que Pierre Heili publiera cette année dans les Annales de la Société d'émulation !
Au sujet de l'église, si le bâtiment est du XVIe siècle, sa dédicace à Remy démontre la très probable présence d'un édifice antérieur, comme cela est souvent le cas.
Un autre conseil de lecture ? Lire, par exemple, la thèse de Marie-Céline Isaia, "Le culte de saint Rémi dans l'Occident chrétien (VI-XII siècle)", Paris X, 2004.
Enfin, et ce n'est pas la première fois sur ce blog, nous déplorons l'anonymat derrière lequel se cachent les auteurs de certains commentaires. Anonymat qui caractérise également le fameux site www.jeannedoremy.fr. A croire que d'aucun ont quelque chose à dissimuler !
PS : J'adore la remarque de notre anonyme "des Beaune et consœurs". A croire qu'aucun chercheur de sexe masculin ne s'intéresse à la question. Quel drôle d'a priori, n'est-ce pas ?

Eh oui, François Rabelais a visité Domremy en 1580, soit près de 30 ans après sa mort, survenue en 1553...