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Château de BourlémontLes secrets de Jeanne - De Domremy à Chinon

La maison "natale" à Domremy la pucelle

Dans le petit village de Domremy la Pucelle, situé dans la zone que l'on nomme la "plaine des Vosges", le touriste peut visiter, (moyennant finances depuis 2009) ce qui lui est présenté comme la maison "natale" de "Jeanne d'Arc".

Cette maison est la propriété du Conseil Départemental des Vosges depuis le début du 19ème.... Lors de sa visite, les guides poussent même la plaisanterie jusqu'à désigner la fonction des diverses pièces qui la composent !
Ainsi présente-t-on la chambre de Jeanne et de sa soeur (la chambre des filles !) , la chambre des garçons (donc des trois frères), ainsi que la pièce où Jeanne est née (certainement une sorte de salon-salle à manger)...! Où dormaient les parents restant un mystère...

Mais où logeaient donc les parents ?

Lorsqu'on sait que dans les campagnes, toute la famille dormait dans le même lit clos, et ce, jusqu'à une époque assez récente, cela ne prête qu'à sourire.

Un lit clos, sorte d'alcôve fermée qui accueillait une famille complète...

Revenons à la maison !

maison de cot émaison de facemaison arrière

Vues de la "maison" avant sa "réfection" récente! elle a maintenant la couleur d'un pavillon de banlieue !

La maison de nos jours...

Mais que penser de cette bâtisse, censée être la demeure d'un pauvre "laboureur" ?

Tout d'abord quelques remarques :

  • Déjà, dans le livre de Prosper-Jollois, (architecte en chef du département des Vosges), on retrouve une gravure représentant la maison, (à gauche sur la photo, on aperçoit le tympan sculpté et la statue au dessus de la porte) dont on peut s'apercevoir qu'il ne s'agit pas de la même construction !
    Celle-là correspond effectivement à une maison paysanne à deux travées...

La vue de la maison (à gauche) avant les travaux de "démolition" engagés par Prosper-Jollois, qui a fait raser cette bâtisse, pour "conserver" un bâtiment situé derrière!

La vue de la maison (à gauche) avant les travaux de "démolition" engagés par Prosper-Jollois, qui a fait raser cette bâtisse, pour "conserver" un bâtiment situé derrière !
On peut observer sur la droite l'Eglise St Rémy avant les même travaux qui l'ont complètement dénaturée!

  • La maison n'a pas du tout le style traditionnel des maisons lorraines, conçues avec une petite façade, et très profondes, accolées les unes aux autres en formant une rue, de façon à garder la chaleur à cette époque où l'on ne parlait pas encore du réchauffement climatique ! (Cette période était au contraire nommée "le petit âge glaciaire"). Celle-là est carrée et indépendante, ce qui devrait la rendre particulièrement difficile, pour ne pas dire impossible, à chauffer.

  • Les vraies maisons paysannes bénéficiaient d'un chauffage gratuit, à savoir la chaleur dégagée par les animaux : l'étable donnait directement sur la pièce qui servait de cuisine, en fait une pièce à tout faire. De plus, l'engrangement du foin dans le grenier servait d'isolation pour la partie basse de l'habitation…

  • Les maisons paysannes lorraines comportent 1, 2, 3, voire 4 travées, chacune ayant une fonction particulière : une sert à l'habitation, l'autre à loger les bêtes, une autre encore à l'engrangement, reconnaissable à sa grande porte, et chez les riches agriculteurs une quatrième travée abritant parfois forge et four à pain. Où Jacques d'Arc aurait-il abrité ses bêtes, chevaux ou bœufs nécessaires à son travail de "laboureur" ?
  • Il est à noter toutefois que le terme laboureur n'a au Moyen-âge aucunement le sens qu'on lui donne aujourd'hui... Un "laboureur ou laboureux" est simplement une personne exerçant un métier ! Il existe en Grande-Bretagne un Labour Party dont il est bien évident que ses membres ne sont nullement des travailleurs de la terre...

  • La porte de cette maison est ornée d'un tympan sur lequel on peut lire (difficilement il est vrai, tant l'inscription n'est pas mise en valeur) la date de 1481, en chiffres romains, ce qui est bien postérieur à la naissance présumée de la Pucelle.

  • On trouve dans un texte ancien (1586) relatant la vente de la maison où Jeanne aurait vécu, une description certe succinte, mais qui dément formellement la version officielle...
  • "Une maison bâtie en chambres basses et hautes, deux greniers dessus les dictes chambres, deux petites corselles devant icelle la maison, avec un petit vollier, ensemble des usuaires d'icelle de tous costés".

    Cette description d'une maison constituée de deux niveaux d'habitation surmontés d'un grenier ne correspond absolument pas à la maison dîte "natale" !

  • Les toitures mono-pente pour un bâtiment d'habitation indépendant sont rares dans ce secteur... Pourquoi l'architecte Prosper-Jollois a-t-il alors donné cette forme curieuse à cette bâtisse? Une explication plausible est qu'il a voulu lui donner l'allure d'une "crèche", représentée souvent comme une construction à un seul pan de couverture ! Que la "Fille de Dieu" naisse dans une crèche ne faisant que conforter le caractère miraculeux de sa naissance !

Une crèche traditionnelle du 19ème.

Nous évoquions supra l'inscription gravée, en relief, sur le tympan de cette construction...On doit alors noter , que depuis la parution de cette information sur notre site, des travaux ont aussitôt été engagés, par le Conseil Départemental des Vosges qui en est le propriétaire, sur la maison, ce qui a permis en l'été 2009 de "buriner" au Karcher cette date de 1481 en chiffres romains...!

Mais ce n'était pas suffisant...

Les chiffres ont été ensuite quasiment détruits au burin, au point que cette date de 1481 n'est pratiquement plus visible !

Mais personne parmi le personnel du centre johannique ne s'est étonné de cette dégradation !

Cela dit, personne ne s'est ému du "burinage" du blason situé à gauche du tympan, représentant selon la version officielle les armes des laboureurs...
Pourquoi aurait-on cherché à gommer ces "trois socs de charrue", parfaitement anodins ?
Peut être tout simplement parce que ce ne sont point trois socs qui étaient symbolisés là, mais les trois coins du mouvement charbonnier... ce qui prenait une tout autre dimension !

 

Au dessus de l'écusson aux trois fleurs de lys, la date de construction, selon Quicherat, en chiffres romains

Au dessus de l'écusson aux trois fleurs de lys, la date de construction, selon Quicherat, en chiffres romains :

    Une photo relativement récente illustre d'ailleurs parfaitement notre propos quant à la destruction des inscriptions figurant sur le tympan de la porte d'entrée...

    On distingue effectivement sur ce cliché la date de construction en chiffres romains, ainsi que les trois coins des Charbonniers avec la molette en coeur, intacts !

    Un relevé particulièrement lisible du tympan de la maison

    Mais poursuivons notre analyse...

  • Les fenêtres sont du type à meneau, typiques de l'époque renaissance, et pas de maisons paysannes !

  • Le village ayant été ravagé à plusieurs reprises entre 1420 et 1428, on peut se demander comment cette maison aurait résisté !

  • Les maisons paysannes étaient par définition des demeures modestes, élevées en bois et torchis...

  • Même sur les constructions en maçonnerie, les pierres utilisées étaient liées non au ciment ou à la chaux, mais à la terre ! Les murs en étaient donc sensibles au froid, au feu et à l'eau…

  • Dans les deux cas, on se demande comment une telle construction aurait pu traverser plus de six siècles sans guère de dégâts ?

  • Le moyen-âge était une période troublée par les guerres, raids, rapines, exactions de toutes sortes, et on est en droit de penser que ce village marquant la séparation entre deux territoires n'a pas dû échapper à de nombreux passages de troupes ennemies.
    Or l'actuel village se trouve sur la plaine de la Meuse, sans aucune défense naturelle. Il est d'ailleurs intéressant de constater que le village voisin de Greux, qui ne constituait qu'une paroisse avec Domremy du temps de Jeanne, se trouvait sur un coteau, et non à son emplacement actuel.
    On peut en visiter les ruines.
    Malheureusement, leur emplacement n'est généralement pas documenté (hormis dans un ouvrage fort documenté d'une habitante de Greux, Sonja Poissonnier).

    Pour "visiter" les ruines de cet ancien village, se diriger vers la Chapelle de Bermont, et se garer dans le chemin de terre à droite en montant. Le village se trouve à la droite de ce sentier !

  • Quicherat, l'archéologue, estime que la date de 1481 inscrite sur une pierre de façade est celle de sa construction ! Mais on doit se souvenir que ce tympan se trouvait autrefois sur une autre bâtisse ! Il s'agit en l'ocurrence d'un "remploi". Donc une utilisation bien postérieure à cette date...

  • Enfin, et c'est à notre avis l'argument décisif, même certains historiens traditionalistes finissent par admettre que la "maison" de Jeanne, se trouvait en France, c'est à dire en la Champagne de l'époque, par opposition au Barrois.

Le ruisseau

C'est le ruisseau des 3 Fontaines qui délimitait la "frontière" de ces deux territoires, et qui divisait donc le village en deux parties. Or ce ruisseau, qui de nos jours "coule" en laissant la "maison natale" sur sa rive gauche, donc sur la partie champenoise médiévale, a eu son cours "rectifié" pour le rendre compatible avec la version officielle.

maison_ruisseau

On a recréé le site complètement, y compris le ruisseau des 3 Fontaines, détourné  pour qu'il passe devant la "maison"

Même la grosse pierre de l'époque de Jeanne, figurée ici par celle passerelle moderne!

Même la grosse pierre de l'époque de Jeanne, figurée ici par celle passerelle moderne !

Le ruisseau de l'époque descendait des collines (entre le site véritable du château de l'Isle et le bois chenu) et rejoignait la Meuse selon une voie naturelle, c'est à dire vers l'aval de ce fleuve. On en retrouve d'ailleurs la trace dans la cour d'une maison de la rue principale du village, à environ 200 mètres plus au Nord de l'emplacement actuel.

L'autre maison

L'actuel propriétaire de cette demeure, lors de travaux qu'il effectuait devant sa maison, a eu la surprise de mettre au jour une grande pierre plate, de deux mètres de long pour un de large, posée sur ce qui restait à l'époque du lit du ruisseau des 3 Fontaines et qui est celle qui, au Moyen âge servait de passerelle permettant de franchir le cours d'eau.

Cette pierre pesant près d'une tonne, elle n'a pas dû être déplacée souvent depuis sa pose initiale... 

Cette "passerelle" menait tout droit à une des portes d'entrée de la maison, celle tournée vers le sud, donc vers Domremy-village.

Et cette même pierre plate était également pourvue de part et d'autre du cours du ruisseau de deux pierres taillées, deux bornes, fixant vraisemblablement les limites territoriales de la Champagne et du Barrois.

La grosse pierre plate qui servait de passerelle!

La grosse pierre plate qui permettait de franchir le ruisseau des trois fontaines, séparation entre le Barrois et la Champagne d'alors.
En haut à droite de la photo, on aperçoit une des bornes qui fixaient les limites entre les deux territoires !

C'est cette passerelle, ce petit pont, qui va donner son patronyme à la famille d'Arc. Jacques Dailly était plus connu par son cognomen de gardien du pont, de l'arche, Darc ! Plus tard, il se serait appelé Dupont...

Cette  demeure se compose d'un rez de chaussée comportant deux pièces principales, deux chambres à l'étage, et deux greniers au dessus !

Souvenons-nous de la description rapportée supra, la désignation du bien dans les actes notariés : "Une maison bâtie en chambres basses et hautes, deux greniers dessus les dictes chambres"...On a là une parfaite concordance avec cette demeure, effectivement constituée de deux pièces en rez de chaussée, deux chambres à l'étage, et deux greniers au dessus !

Par ailleurs, n'oublions pas que Jacques d'Arc exerçait les fonctions de percepteur dans le village. Or une part importante du revenu des seigneurs était constitué par les droits de passage (tonlieu) que devaient acquitter les voyageurs franchissant une frontière, matérialisée ici par le ruisseau. On voit encore en se promenant en Lorraine ce type de construction à caractère administratif, construite à côté d'un pont. On les nommait maisons de l'octroi, et elles étaient tenues par des fonctionnaires des impôts qui prélevaient des droits sur les marchandises qui transitaient.

Le propriétaire des lieux a d'ailleurs mis au jour dans un mur une ouverture de tir médiévale devant servir à l'époque à défendre la bâtisse... Il est bien évident que les paysans ne possédaient point d'armes, et que les maisons rurales n'avaient pas de vocation défensive.

La maison de Domremy quant à elle possède toutes les caractéristiques d'une habitation d'un personnage aisé de l'époque médiévale, remaniée bien sûr au cours des siècles, mais ayant conservé les attributs habituels des maisons de nobles :

  • Les plafonds à la "française"
  • Les escaliers de pierre
  • les grandes cheminées "lorraines"
  • et surtout, au rez de chaussée, une magnifique taque de cheminée, aux armes de... René d'Anjou !

Quelques explications sur cette taque :

Les armes primitives de la Lorraine :

A la fin du Moyen Age les ducs de Lorraine prétendaient descendre de Godefroy de Bouillon et de son frère Guillaume de Bouillon, roi de Jérusalem. C'est pour cette raison qu'ils adoptèrent les armes créées par Godefroy de Bouillon : d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent.

La légende des trois alérions :

Après avoir conquis Jérusalem, un jour qu'il se promenait dans cette région, Godefroy de Bouillon vit trois oiseaux volant inlassablement autour d'une tourelle. Il demanda aux gens du pays pour quelle raison ils tournaient indéfiniment de cette façon. On lui répondit que celui qui réussirait à tuer ces trois oiseaux d'un seul trait, serait élu roi de Jérusalem. Godefroy prit alors son arc et tira une flèche transperçant de part en part, d'un seul coup, les trois oiseaux.

Pour conserver le souvenir de son exploit, il chargea la bande de son écu des trois oiseaux que l'on désigna sous le nom d'alérions (mot qui est approximativement l'anagramme de celui de Lorraine.

Les armes pleines de Lorraine :

Ces armes seront, jusqu'au XVe siècle portées par les ducs de Lorraine. A cette époque ils ajouteront les quartiers représentatifs de leurs possessions, ainsi que ceux des royaumes sur lesquels leur Maison de Lorraine avait acquis des droits, soit par des conquêtes ou par des alliances.

L'écu rond est divisé en 8 quartiers (ou 8 cases).

Les quatre de la partie supérieure sont occupés par des royaumes perdus par la Maison de Lorraine, qui se disait "prétendant aux trônes".

  • Au 1: De gueules à quatre fasces d'argent, qui est de Hongrie.
  • Au 2: D'azur semé de fleurs de lis d'or au lambel à trois pendants de gueules, qui est d'Anjou ancien ou de Sicile.
  • Au 3: D'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes de même, qui est de Jérusalem.
  • Au 4: D'or à quatre pals de gueules, qui est d'Aragon.

Les quatre quartiers de la partie inférieure sont destinés à leurs possessions qui étaient des duchés:

  • Au 5: D'azur semé de fleurs de lis d'or à la bordure de gueules,qui est d'Anjou moderne.
  • Au 6: D'azur au lion à double queue contourné d'or, armé, lampassé et couronné de gueules,qui est de Gueldres.
  • Au 7: D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules,qui est de Juliers.
  • Au 8: D'azur semé de croix recroisetées au pied fiché d'or, à deux bars adossés de même, qui est de Bar.

Sur le tout: Les armes primitives de Lorraine dont nous avons parlé ci-dessus, c'est à dire: d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent.

(Le royaume d' ARAGON, était une province espagnole. Le duché de GUELDRES était situé aux Pays-Bas et celui de JULIERS se trouvait en Allemagne).

La couronne royale sommant l'écu fait allusion aux royaumes perdus.

Voilà pour les explications pour l'écu, dont il est évident qu'il ne peut dater que du 15ème !

Mais revenons à la maison.

Donc, de plus, à côté de cette habitation se dresse une très vieille bâtisse, parfaitement compatible autrefois avec une exploitation agricole... On peut encore y apercevoir les traces des râteliers à foin de l'époque, et  diverses pièces se rapportant au mobilier d'une grange paysanne.

Car ne l'oublions point, Jacques d'Arc possédait 20 hectares de terre destinés à l'agriculture, ce qui devait nécessiter le stockage de matériel agricole, de fourrage, et l' hébergement de bêtes !

Un rappel toutefois quant au "métier" qu'on attribue à Jacques d'Arc... dont on fait un laboureur ! C'est à dire un travailleur de la terre. Il faut savoir qu'au Moyen-âge, ce vocable de "laboureur" ne désigne en fait qu'un travailleur, ce terme venant du latin labor. et ce jusqu'au XVIème siècle. Notons également que le fronton de la "Maison natale" porte l'inscription "Vive Labeur". (juste au dessus de la date 1481 en chiffres latins)

A cette époque, la société est partagée entre les clercs, les nobles, les magistrats, les bourgeois, les artisans et les laboureurs. Ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle que le laboureur devient un cultivateur.

La maison qu'on nous présente actuellement comme étant celle de Jeanne était donc sur la rive droite du ruisseau, donc sur la partie barroise du village, ce qui est en flagrante contradiction avec les faits !  et parfaitement incompatible à la fois avec le statut social de la famille d'Arc, et également avec les nécessités d'une exploitation agricole !

Ces constatations nous prouvent donc que la dite "Maison Natale" est une supercherie, qui n'est même pas contemporaine de l'héroïne...