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Jeanne ou St Maurice ?Les secrets de Jeanne - Questionnements & hypothèses

robert des armoises

Proposé par THEVENIN

Robert II des Armoises
Chevalier
Seigneur de Tichémont
Ecuyer de Charles d'Orléans en 1412
 Conseiller du Cardinal Louis de Bar en 1417
Titré Chevalier en 1418
Maréchal du Barrois en 1419
Epoux de la Pucelle de France, la princesse Jeanne d’Orléans en 1436,
Fille du duc d’Orléans
et Princesse royale

Armoiries de Robert des Armoises et de Jeanne du Lys réunies au Château de Jaulny

Nous étudierons dans cet article les chapitres suivants

  1. Considérations sur Robert des Armoises et sa famille.
  2. La chronique du Doyen de Saint-Thiebaut de Pierre de Saint-Dizier.
  3. Les chroniques de la Ville de Metz.
  4. Seigneur de Tichémont, Jaulny, Brouennes, Norroy, Hatrize, Haraucourt, Fléville, Labry, Brainville et autres .
  5. La généalogie de Robert II des Armoises et son premier mariage.
  6. Philibert des Armoises fils de Robert II des Armoises.
  7. Robert II des Armoises propriétaire de l’Hôtel des Armoises à Metz.
  8. Titulaire de Tichémont du 6 février 1423 à 1450 et Philibert, son fils titulaire de Tichémont de 1450 à 1459.
  9. Richard, Robert et Philibert des Armoises cotitulaires du franc-alleu de Jaulny de 1290 à 1450. Thierry des Armoises vend sa part en 1504, date à laquelle les des Armoises quittent temporairement Jaulny jusqu’en 1624.
  10. Les Armoises cotitulaires du fief dit de la tour de Brouennes de 1383 au 29 avril 1388 et titulaires du 15 mai 1388 jusque dans les successions de Robert II et Simon des Armoises après 1450
  11. Robert des Armoises titulaire du fief dit de la maison-forte de Norroy, de Mainville, Abbéville, Thumeréville du 20 janvier 1379 au 31 octobre 1405 et cotitulaire du fief du 19 février 1412 jusqu’au 23 octobre 1422 date de la vente par Robert de la forteresse.
  12. Richard II puis Robert II et Philibert des Armoises successivement titulaires du fief dit de la maison-forte d’Hatrize de 1388 à 1459.
  13. Les domaines de la seigneurie d’Haraucourt, de Moyenvic et Marsal de Robert des Armoises.
  14. Richard II et Robert II des Armoises et le gagnage de Labry.
  15. La terre de Brainville achetée par Richard II des Armoises en 1422 est devenue propriété de Robert II des Armoises par la suite.
  16. Les parts en arrière-fief de la ville d’Affléville.
  17. Les des Armoises d’Aulnois titulaires des fiefs de Fléville-Lixières et de Neuville sur Orne.
  18. La famille des Armoises de la branche d’Aulnois propriétaire du château d’Affléville, du XVe siècle à la Révolution de 1789.
  19. La forteresse de Richardménil, fief de la famille des Armoises de la lignée des Barisey et des Richardménil de 1430 à 1613.
  20. Le château de Barisey, possession pour partie de la famille des Armoises de Richardménil depuis le milieu du XVe siècle.
  21. Le conflit entre le duc de Bar René et Robert des Armoises.

1) Considérations sur Robert des Armoises et sa famille.

La famille des Armoises a joué un rôle considérable dans l’histoire du duché de Bar à la fin du moyen-âge.
Originaire des confins de la Champagne et de l’Argonne, elle s’est fixée en Lorraine au XIVe siècle, se divisant en plusieurs branches.
Robert des Armoises est le plus connu de cette famille car il a fait un mariage remarquable. Il épouse à Arlon en 1436 la Pucelle d’Orléans qui se fait appeler alors Jeanne du Lys, du nom de sa famille nourricière qui possède le titre de chevaliers d’Arc.
La Pucelle d’Orléans dite Jeanne d’Arc, fille du duc d’Orléans, est une princesse de sang royal. Sa famille nourricière de Domrémy est la famille du Lys dont l’aîné des quatre frères porte le titre de chevalier d’Arc.
On peut également employer le terme de famille adoptive en parlant des du Lys, mais l’adoption ici doit être considérée comme une formule de courtoisie, employée simplement pour honorer les services de la famille du Lys attachée à la Couronne.
C’est cette famille qui fournissait déjà un Guillaume d’Arc, Seigneur de Cornillon, Chambellan et Conseiller du Roi, Gouverneur du Dauphin Louis, Duc de Guyenne (fils de Charles VI) 1397 – 1415, qui s’est occupé de la Pucelle depuis sa naissance.
Robert des Armoises " était un grand seigneur, rejeton très fin et distingué d’une antique maison barroise, originaire de Champagne ", dont la souche se perdait dans la nuit des temps.
Son grand-père, Colart 1er, chevalier, bailli d’Etain, seigneur de Fléville, avait épousé Marie de Chamblay, d’une très illustre famille, dont le frère, Ferry, eut un fils et deux filles :

L’aînée épousa Louis de Beauvau-Craon, dont la fille unique, Isabeau, mariée à Jehan de Bourbon, sera l’ancêtre du roi Henri IV ;
Et Alarde dont le second mari, Robert de Baudricourt, est bien connu dans l’histoire de la Pucelle. Ce Colart des Armoises avait eu une fille, Marie, mariée à Robert de Jametz, dont la seigneurie se trouvait entre Delut et Marville.
Ils eurent trois fils, l’aîné Jehan épousa Alix de Neuville et constituera la branche des seigneurs d’Autrey, de grande renommée par ses alliances avec les Bassompierre.
Richard seigneur d’Affléville, maréchal du Barrois, marié à Marie de Gérardot en 1359, fille du procureur général de Bourgogne, dont l’un des trois fils, Jehan, tué à Nicopolis en 1396, sera la branche de la maison actuelle des comtes de Sermoises ( alias des Ermoises ) ; Robert devenu maréchal du Barrois, époux d’Alix de Fléville, seigneur de Jaulny, Tichémont et autres lieux bénéficia de la donation des ducs de Bar de la moitié de la seigneurie de Neuville sur Orne (ou sur Ornain) en 1411 et de celle de Norroy en 1412 »
(Cf. : Jehanne des Armoises – Vraie pucelle d’Orléans – Gérard Pesme – Editions Balzac – Angoulême – 1960 – Pages 238 et 239).

Jehanne des Armoises, vraie Pucelle d'Orléans, de Gérard Pesmes.

2) La chronique du Doyen de Saint-Thiebaut de Pierre de Saint-Dizier.

Marcel Gay, directeur de la publication internet d’IDJ (Info Du Jour) et auteur du livre référencé sur notre site « l’affaire Jeanne d’Arc » nous précise que personne ne peut croire que l’on puisse revivre après la mort.
Si Jeanne la Pucelle réapparaît, cinq ans après le bûcher de Rouen, c’est forcément qu’elle n’a pas été suppliciée, le mercredi 30 mai 1431, sur la place du Vieux-Marché.

Marcel Gay

La femme qui périt dans les flammes, ce jour-là, a « le visage embronché », c’est-à-dire caché, nous dit Perceval de Cagny, chroniqueur au service des ducs d’Alençon.
Mais on ignore son identité. Jeanne (qui ne s’est jamais appelée d’Arc de son vivant mais simplement la Pucelle, c’est le pape Calixte III qui la nommera pour la première fois d’Arc en1456) Jeanne donc fait son retour sur la place publique le 20 mai 1436.

Le pape Calixte III

Nous le savons d’abord grâce à Pierre de Saint-Dizier, curé de la paroisse de Saint Eucaire puis doyen de Saint Thiebaut et official de Metz. Ce curé érudit tient un journal des événements survenus dans sa ville et dans les pays voisins. Il écrit que ce 20 mai 1436 " Jehanne la Pucelle qui avait été en France " arrive à un rendez-vous organisé avec les seigneurs de Metz.  " Elle se faisait appeler Claude. Le même jour, ses deux frères vinrent la voir en ce lieu. L’un était chevalier et s’appelait messire Pierre, l’autre Petit Jehan, écuyer et ils croyaient qu’elle avait été brûlée. Mais, sitôt qu’ils la virent, ils la reconnurent pour leur sœur et elle les reconnut de même ".

La chronique du Doyen de Saint-Thiebaut retrace ensuite le parcours de Jeanne de 1436 à 1449 avec une grande précision. Les plus grands seigneurs viennent à sa rencontre et lui offrent des cadeaux de valeur, notamment un cheval et une épée. Jeanne va se recueillir à Notre-Dame de Liesse puis elle va à Arlon, où elle est accueillie par la duchesse Élisabeth de Görlitz. Elle va ensuite guerroyer du côté de Cologne le 2 août 1436, comme en fait foi un laisser-passer (Cf. Extrait du Geleitbuch der Stadt Köln Jahr 1436- Folio 155 (13 juillet 1436) folio 156 (27 juillet) et folio 156 V° du 2 août).
Jeanne en repart précipitamment, menacée d’excommunication, et se marie enfin avec le chevalier lorrain Robert des Armoises.
Robert a assisté au sacre de Reims, le 17 juillet 1429, il ne peut pas avoir été abusé par une aventurière. Le couple vient ensuite s’établir à Metz « tant qu’il leur plaisait » précise Pierre de Saint-Dizier.
Jeanne et Robert nous ont laissé plusieurs documents.
Dont une copie authentique de l’acte notarié de la vente d’une partie de l’une de leur propriété, Haraucourt.
Leur contrat de mariage, conservé dans une étude de Fresnes-en-Woëvre (Meuse) aurait disparu durant les bombardements de 14-18. De nombreuses chroniques du XVe siècle vont ensuite reprendre les informations du Doyen de Saint-Thiebaut, en y ajoutant parfois des précisions.

Acte de vente de Haraucourt.

Une mystification ?
Cette femme serait-elle une usurpatrice ?
Les seigneurs de Metz qui ont bien connu la Pucelle durant son épopée n’ont pas douté, pas plus que les deux « frères » de Jeanne.
Il est vrai que d’autres imitatrices ont existé, comme Jeanne la Féronne, dite la Pucelle du Mans. Celle-ci fut rapidement démasquée, liée au pilori avant d’être emprisonnée pendant sept ans !
Quant à cette Jeanne-Claude qui arrive à Metz en 1436, elle a les mêmes traits physiques que Jeanne la Pucelle, elle parle également par paraboles, manie parfaitement les armes.
En outre, elle a la même mémoire des événements.
Enfin, à ceux qui douteraient, elle peut montrer ses blessures de guerre.

La chronique du Doyen de Saint-Thiebaut de Pierre de Saint-Dizier est à l’origine de cette nouvelle fantastique pour les commentateurs de l’histoire de France.
« Cet ecclésiastique fut à la fois un citoyen dévoué de la république messine et un grand admirateur de la Pucelle. On sait seulement par son propre témoignage qu'il fut official de Metz et curé de Saint-Sulpice, puis de Saint-Eucaire, paroisses de la même ville, en même temps que doyen de la collégiale de Saint-Thiébaut. Il reste de lui deux ouvrages où il s'étend avec un plaisir marqué sur le compte de Jeanne d’Arc ».
Le premier de ces ouvrages a été publié par dom Calmet parmi les preuves de son Histoire de Lorraine (tome II, col. cc). C'est une chronique de Metz, composée en langage lorrain, qui va de 1337 à 1445.

L'autre écrit du Doyen de Saint-Thiébaud est inédit.
Il consiste en une liste chronologique des rois de France dressée jusqu'à Charles VII et terminée sous la rubrique de ce prince. Il porte la date du 24 janvier 1460 (vieux style). Nous le publions d'après le manuscrit de Cangé n° 122, à la Bibliothèque royale, qui renferme aussi une copie de la chronique de Metz.
On remarquera que de l'un à l'autre de ses ouvrages, l'auteur a modifié son opinion sur la mort de Jeanne d'Arc. En 1445, (date probable de la composition de la chronique de Metz) il se refuse à y croire et cela se conçoit : il avait vu Jeanne d'Arc, qui alla loger en 1436 dans un faubourg de Metz. En 1461, sans revenir positivement sur son dire, il déclare que, pour ce qui est de la fin de la Pucelle, il s’en rapporte aux chroniques qui en sont faites ».

3) Les chroniques de la Ville de Metz.

L’écrivain nancéen Charles Reichhart, auteur de l’Aperçu sur la Lorraine mystique, et historien de la Pucelle avec son ouvrage Histoire controversée de Jehanne dite d’Arc nous précise que « pour revenir sur les traces de Jehanne, il faut lire les Chroniques de la Ville de Metz recueillies, mises en ordre et publiées pour la première fois par J R Huguenin et éditées à Metz en 1838 ».

Les chroniques de la ville de Metz.

Ces chroniques provenant du doyen de Saint Thibauld et de Philippe de Vigneulles racontent :

« Le XXe jour de may, vint la Pucelle Jehanne, qui avait esté en France, à la Grainges aux Ormes, près de Saint Privais, et y fut amenée pour parler à Aulcuns des Seigneurs de Mets, et se faisait appeler Claude. Et ce propre jour, y vinrent voir ses deux frères, dont l’ung estait chevallier, et s’appelait Messire Pierre, et l’autre petit Jehan écuier et  cruydoient qu’elle fut arse. Et tantoz qu’ils la virent, ils la cogneurent et aussy fist elle d’eulx ; et le XXe jour du dit mois, ils emmenont leur Sueur avec eulx à Vaucouleurs. Et lui donna le Seigneur Nicolle LouWe, chevallier, ung roncin du « prix de trente francs » et une paire de houselz, et le seigneur Aubert de Boulay ung chapperon, et le Nicolle Grongnat une espée. Et la dicte Pucelle saillit sur ledit cheval très habilementet dist plusieurs choses à Seigneur Nicolle Louwe » dont il entendit bien que c’estoit elle qui avait ésté en France et fut reconnue par plusieurs enseignes pour la Pucelle Jehanne de France qui amena sacrer le Roy Charles à Reims. Et vouloient dire plusieurs qu’elle avait estée arse à Rouen en Normandie. Est parloit le plus de ses paroles par parabole et ne disoit ne fist niant à son intention ; elle disoit qu’elle n’avait point de puissance devant la Saint Jehan Baptiste. Mais quand ses frères l’eurent emmenée elle revinst tantost ez festes de pentecôte en la ville de Marieule, en chez Jehan Benat, et se tint là environ trois semaines et puis se partit pour aller à Nostre Dame de liesse le 3ème jour. Et quand elle voit partir plusieurs de Mets l’allant recevoir à ladite Marieule et luy donnant plusieurs juelz : et ils cognustent elle qu’elle estoit proprement la Pucelle Jehanne de France. Adonques luy Joffray Dex ung cheval et puis s’en aller à Arlon, en le Duché de Luxembourg. Et quand elle fut à Arlon, elle estoit toujours de costé la Dame de Luxembourg et y fut grande pièce jusqu’à temps que le fils du comte de Wermembourg la menoit à Colloignes, de costé de son père, le comte de Wernenbourg et l’aimoit ledit comte très fort. Et tant que quand elle en voit venir, il lui fit faire une très belle cuiresse pour elle armer. Et puis s’en revint à Arlon ; et là fut fait le mariage de messire Robert des Armoises, chevalier et de ladite Jehanne la Pucelle. Et puis s’en vint ledit seigneur Robert des Armoises avec sa femme la « Pucelle, demeurer à Mets en la maison que ledit seigneur « avait devant Sainte Ségollène et ils se tinrent là jusqu’à tant qu’ils leur plaisir alleir. »

Lire en ligne les chroniques de la ville de Metz

Charles Reichhart ajoute :
« Nous voyons donc que l’histoire de France donne la preuve de la survie de Jehanne et donc de sa naissance princière ».

Alain Decaux qui soutient la version de survie de Jehanne dans de nombreux ouvrages, la récuse à quelques lignes de la fin en citant qu’on aurait trouvé aux Archives Nationales une contre chronique du Doyen de saint Thibault, indiquant qu’il s’était trompé sur l’identité de Jehanne ! On imagine mal pourquoi le Doyen de saint Thibault aurait brusquement changé d’avis, surtout à une époque où il n’y avait pas de polémique sur Jehanne, et les sources de cette  contre chronique  ne sont pas citées .

L'ouvrage de Charles Reichhart

Dans le même temps, la nouvelle de ce stupéfiant retour a largement dépassé les frontières de Lorraine.
On parle de la réapparition de Jeanne d’Arc jusque dans le Midi de la France. Comme le prouve un acte notarié, daté du 27 juin 1436, prenant note d’un pari entre deux habitants d’Arles. L’un soutient que la Pucelle est morte brûlée à Rouen, l’autre qu’elle est de retour à Metz (Cf. Louis Stouff, « Un pari entre deux Arlésiens à propos de Jeanne d'Arc », Bulletin de l'association des amis du Centre Jeanne d'Arc, n° 10 -‎ 1986, p. 13-17).

4) Robert II des Armoises chevalier, seigneur des fiefs de Tichémont, Jaulny, Brouennes, Norroy, Hatrize, Haraucourt, Fléville, Labry, Brainville et autres domaines.

Blason de Robert II des Armoises,
Gironné d'or et d'azur de 12 pièces, et sur le tout un écu parti d'argent et de gueules,
la couronne de chevalier est posée sur le tout

Après avoir relaté les agissements de la Pucelle qui commence à se manifester à la Grange-aux-Ormes le 21 mai 1436, le Doyen précité rapporte son mariage qui se fit à Arlon :
« Et puis s’en vint à ladite Arelont, et là fut faict le mariage de messire Robert des Hermoises, chevalier, et de ladite Jehanne la Pucelle ; et puis après s’en vint le dit siour des Hermoises avec sa femme la Pucelle demourer en Metz, en la maison ledit sire Robert, qu’il avoit devant saincte Segoleine ».

Le chroniqueur ne donne donc que peu de précisions sur le mari de la Pucelle. Il s’appelait Robert, était chevalier, possédait une maison à Metz.
L’acte de vente du 07 novembre 1436 fournit fort heureusement des renseignements complémentaires. C’est la cession à Collard de Failly, écuyer demeurant à Marville, du quart de la seigneurie de Haraucourt et de dix muids de sel à Moyenvic et Marsal. L’acte est intitulé :
« Nous, Robert des Harmoises, chevalier, seigneur de Tichémont et Jeanne du Lys, la Pucelle de France, dame dudit Tichémont, ma femme… »
.
La qualité de chevalier se trouve donc confirmée, et surtout nous savons maintenant que Robert des Armoises possédait la terre de Tichémont. La Pucelle se fit donc épouser par un chevalier de noble lignée, le chevalier Robert des Armoises.
On conserva longtemps dans la famille des Armoises le contrat de mariage des deux époux, qui servait encore au XVIIe siècle à étayer des preuves de noblesse et de chevalerie, et qui perpétua jusque-là, ou même plus tard, en Lorraine, l’opinion que Jeanne d’Arc avait laissé une postérité directe (Cf. Calmet, Histoire de Lorraine, t. II, page 703).

Des précisions sont utiles pour compléter les renseignements sur Robert des Armoises :
Robert II des Armoises est né vers 1388, de Richard II des Armoises et d’Alix de Breux.
Richard II est né en 1360 et Alix est née vers 1360 également.
Robert II a épousé Alix de Manonville le 11 mai 1419, à 39 ans. Ils ont eu un fils : Philibert des Armoises qui épouse Alix de Manonville en mai 1419, laquelle décède en 1435.
Robert II se marie en secondes noces avec Jehanne " La Pucelle ", née princesse d'Orléans, (Capétien Valois) le 03 octobre 1436, à 48 ans à Arlon au Luxembourg (le 3 octobre est la date anniversaire de la mort de Saint-François d’Assise avec lequel la mère nourricière de la Pucelle a un lien de parenté).
Robert II est décédé en 1450, à Jaulny, à l'âge de 62 ans et est inhumé à Pulligny sur Madon.
Jeanne décède en 1449, puis est inhumée également dans l'Eglise de Pulligny.

Les fiefs et autres possessions de Robert II des Armoises que nous recensons sont :
- L’hôtel des Armoises à Metz
- La seigneurie de Tichémont
- Le franc-alleu de Jaulny
- La maison-forte dite de la Tour de Brouennes
- La forteresse de Norroy-le-Sec
- La maison-forte de Hatrize
- Les domaines de la seigneurie de Haraucourt, de Moyenvic et Marsal
- Les parts de la ville d’Affléville
- Le gagnage de Labry
- Les terres de Brainville

Des membres de la famille des Armoises possèdent les fiefs et propriétés suivants :
- Les anciennes seigneuries de Fléville-Lixières affranchies par le duc de Bar en 1425.
- Le château d’Affléville (Les des Armoises de la branche d’Aulnois sont titulaires de ce fief).
- La forteresse de Richardménil (possession de la branche des des Armoises de Richardménil).
- Le château de Barisey possession pour partie de la famille des Armoises de Richardménil depuis le milieu du XVème siècle.
Il n’est pas dans notre propos de recenser systématiquement toutes les propriétés, possessions et autres fiefs ayants appartenus à Robert des Armoises ou aux nombreuses branches de sa famille, mais l’énoncé des principaux biens doit nous permettre d’évaluer la richesse du patrimoine du détenteur et la représentation sociale du propriétaire ou du titulaire des fiefs et de sa famille.

Louis de Bar et René d’Anjou héritèrent d’un réseau défensif particulièrement dense mis en place par leurs prédécesseurs à partir du XIe siècle, par étapes, pour répondre aux nécessités de leur époque. Cette addition de fortifications aboutissait à un maillage très complet des possessions ducales reposant sur deux éléments principaux, le château et la ville forte, et sur deux éléments complémentaires, les maisons fortes et les aîtres fortifiés (parties extérieures des maisons) sur lesquels le pouvoir ducal s’exerçait généralement de façon indirecte. Cette dernière catégorie est importante en nombre.

Au début du XVe siècle, le duc pouvait s’appuyer sur trente et une enceintes urbaines et cinquante-six châteaux dont 80 % étaient tenus par des agents du prince, châtelains ou prévôts, le reste étant inféodé, mais avec le statut particulier au Barrois de « fief de danger ». Cette coutume assurait au duc un contrôle efficace sur les vassaux, qui étaient tenus de prêter hommage sans tarder à chaque changement de titulaire, et de mettre leurs châteaux sans restriction au service du prince et de ses troupes, sous peine de perdre leurs fiefs.

Le réseau occupait toute la partie occidentale de l’ancienne Haute-Lorraine et se trouvait environné par plusieurs autres principautés dans un enchevêtrement caractéristique des Pays de l’Entre-Deux. L’étirement considérable de la principauté entre le nord et le sud sur plus de deux cents kilomètres, introduit des différences régionales dans l’activité des forteresses.

5) La généalogie de Robert II des Armoises et son premier mariage.

Tableau généalogique des Armoises, crédit André Cherpillod.

Le duc Robert 1er de Bar fut fait prisonnier par les Messins en 1368, avec 60 gentilshommes barrisiens au nombre desquels se trouvaient Jean de Watronville, Robert 1er des Armoises ( ne pas confondre avec notre Robert qui est le second à porter ce prénom ) Guillaume, Jacob et Simonnin de Creue, Louis de Sancy, Pierre de Moncel, Philippe Chaudron de Friauville et Jean de Mars.
Pendant la captivité de Robert, les Messins recommencèrent leurs sanglantes incursions dans le duché, espérant, par l'excès même de leurs rigueurs, contraindre le duc à accepter les dures conditions qu'ils mettaient à son élargissement. Ils étaient particulièrement animés d'un vif ressentiment contre Collart des Armoises, « bon chevalier en faict d'armes, mais n'ayant « jamais fait mercy aux citains. »
Ils vinrent donc assiéger le château de Gondrecourt (en Woëvre), qui lui appartenait et où il s'était enfermé avec Franque Delattre, et quelques-uns des leurs. Après quinze jours de siège, ne pouvant emporter la place de vive force, ils imaginèrent de la miner. Ce moyen, inconnu jusqu'alors, ne leur réussit que trop bien. Les assiégés furent obligés de se rendre, et les Messins, au moment même où la tour s'écroulait, firent impitoyablement décapiter Collart des Armoises, et pendre treize de ses malheureux compagnons. Puis, après avoir pillé et détruit le village d'Affléville qui appartenait également à la famille des Armoises, et où il ne resta pas un seul habitant, les Messins retournèrent dans leur cité.
Les pillages des Messins contre les châtellenies des Armoises vont se répéter. Nous notons que les relations entre les des Armoises et les Messins ont souvent été difficiles et qu’il en sera autrement, comme nous le verrons, avec le chevalier Robert II des Armoises.

En 1421, Richard II des Armoises, chevalier, maréchal du duché de Bar, est seigneur de Tichémont mais le 28 octobre 1422, c’est Robert des Armoises, chevalier qui est dit à son tour seigneur de Tichémont.
Il est bien évident que le Robert du mariage de 1419 et celui qui est seigneur de Tichémont à partir de 1422 ne sont qu’un seul et même personnage, fils de Richard, maréchal du duché de Bar.
Il faut éviter toute confusion généalogique.
L’acte le plus ancien dans lequel paraisse Robert des Armoises est la donation de la Tour de Brouennes faite le 15 mai 1388 par le duc de Bar à Jean et Robert, enfants de Richard des Armoises, chevalier, son chambellan. Les deux frères sont alors sans doute très jeunes ; leur sœur Lise, qui n’est pas mentionnée, n’est peut-être pas encore née. On peut donc placer peu avant 1388 la naissance de notre Robert.
Nous le retrouvons ensuite le 12 janvier 1417, promettant à Gilles Paixel, doyen séculier de la Cité de Verdun, à Jean Saintignon et Colin de Loyson, ambassadeurs de Verdun auprès de l’Empereur, de les aider en toute manière et de les héberger dans ses maisons et forteresses. Il pouvait avoir alors une vingtaine d’années.
On peut également penser reconnaître notre Robert parmi les membres de la Compagnie du Lévrier blanc, fondée le 31 mai 1416 : les vingt chevaliers et vingt-sept écuyers de la noblesse barroise qui la composèrent, renonçaient à leurs dissensions, aux luttes qu’elles entraînaient, et prenaient à témoin le cardinal duc de Bar de leur réconciliation et de leur union pour l’avenir. Le pacte qui valait pour cinq ans, eut en fait peu d’efficacité et ne mit pas fin aux guerres privées qui désolaient alors le Barrois.
Ce qui nous intéresse ici, c’est que parmi les chevaliers qui firent partie de cette compagnie, on voit un Richard des Armoises que l’on pense être le maréchal du Barrois, père de Robert, et que parmi les écuyers, figurent Jean, Robert et Simon des Armoises. Jean pourrait être le frère de Robert, ou un de ses cousins germains, fils de Philippe des Armoises et de Jeanne de Sorbey ; Simon est un cousin plus éloigné, fils de Robert des Armoises et d’Alix de Marchéville. Quant à Robert, il nous semble que ce ne peut être que celui qui nous occupe ici : lui seul paraît exister dans la famille à cette époque avec le titre d’écuyer.       

Le premier mariage de Robert des Armoises est contracté le 11 mai 1419. A cette occasion il constitue et garantit le douaire de sa femme Alix de Manonville, fille de feu Perrin de Manonville. Le douaire est un terme de droit ancien désignant la portion de biens que le mari réserve à son épouse dans le cas où celle-ci lui survivrait. La bénéficiaire est dite douairière. Le douaire est un élément fondamental du droit des gens mariés sous l'Ancien Régime.

Une telle alliance s’explique aisément car les Manonville comme les des Armoises étaient des familiers du duc de Bar. Bien plus ; il y avait déjà des liens entre les deux familles car la grand-mère d’Alix de Manonville, Marguerite de Haraucourt, veuve dès 1381 de Thierri de Manonville avait épousé en secondes noces Joffroi de Jametz, fils de Jeanne des Armoises et de Robert de Jametz.

6) Philibert des Armoises fils de Robert II des Armoises.

Robert des Armoises eut au moins un fils, Philibert.
Aucun document n’indique cette filiation mais un Philibert des Armoises possède la seigneurie de Tichémont vers le milieu du XVe siècle.
Après avoir appartenu à Richard puis à Robert et formé une part du douaire d’Alix de Manonville, Tichémont fut administré par un tiers en 1436 car Robert était sans doute considéré par le duc de Bar comme manquant à ses devoirs de vassal. Mais après la mort de Robert, la seigneurie toujours possession des Armoises est reprise par héritage par Philibert des Armoises. Il n’y a pas de vente mais une simple succession entre le père Robert et le fils Philibert.
Le prénom de Philibert est tout à fait inusité dans la famille des Armoises. Mais il y avait précisément une raison pour que Robert l’ait donné à son fils : en effet, Alix de Manonville était fille d’Isabeau de Bauffremont, elle-même fille de Philibert de Bauffremont, seigneur de Rorthey. L’enfant pouvait donc porter le nom de son aïeul maternel issue d’une grande famille locale.

Dans un dénombrement du 10 octobre 1487 effectué par un Philippe des Armoises, écuyer, seigneur de Gussainville, on note parmi les titulaires tenants en arrière-fief des parts dans la ville d’Affléville, une fille de Guillaume Denesot issue de Philibert des Armoises (Archives de Meurthe et Moselle – B 350 – Folio n° 74). Cette dernière est titulaire en arrière-fief pour un quart et demi dans la ville d’Affléville. Philibert des Armoises a eu un fils et une fille Béatrice, mariée à Guillaume Denesot précité, seigneur d’Affléville, qui eut une descendance (Archives de la Meuse – Pièce 365 – 76 J 60). Les diverses branches de la famille des Armoises se partagent souvent des domaines contigus.

7) Robert II des Armoises propriétaire de l’Hôtel des Armoises à Metz.

« Après la cérémonie du mariage, ledit seigneur des Armoises avec sa femme la Pucelle vinrent demeurer à Metz en la maison qu’il possédait près de l’église Sainte-Ségolène », précise le doyen de Saint-Thiebaut.
Cette église se trouve sur la colline des Hauts-de-Sainte-Croix, flanquée de deux petites places : la place des Maréchaux et la place des Quatre-Maisons. Après la libération de 1918, lors de l’une des premières réunions de la commission municipale de Metz, il fut procédé au remplacement des noms allemands des rues et des places. Ainsi la place des Quatre-Maisons est devenue la place Jeanne d’Arc (Cf. : l’affaire Jeanne d’Arc de Marcel Gay et Roger Senzig – Editions Florent Massot).

Emplacement cadastral de l'Hôtel des Armoises
( Ancien cadastre allemand )

Au fronton de la maison que le couple possédait à Metz, et qui ne fut démolie qu'en 1854, on pouvait voir les armes de la Pucelle ( elles furent martelées à la Révolution ) et actuellement, dans la salle principale du château de Jaulny ( qui fut autrefois la résidence d'été de la famille ) se trouvent les blasons accolés de la Pucelle et du seigneur des Armoises.

L'immeuble qui remplace l'hôtel des Armoises.

La possession d'un hôtel particulier constitue un signe de richesse évident pour une famille, du fait des fonds importants nécessaires tant pour sa construction (achat de vastes terrains en milieu urbain ou semi-urbain, services des professionnels de l’art, achat de matériaux de construction de grande valeur comme la pierre de taille), que pour son entretien et le paiement du personnel qui y travaille (domestiques, femmes de chambre, cuisiniers, palefreniers, etc.).

L'immeuble se situait en face de l'église Ste Ségoleine.


Un hôtel particulier est une demeure de l’élite, à laquelle le chevalier appartient.
C’est en général plus vaste qu'une habitation ordinaire, puisqu'elle peut s'étendre sur plusieurs centaines de mètres carrés, comme c’est le cas ici. Des mesures effectuées sur le plan cadastral permettent de constater que l’emprise au sol était d’environ 450 m².
Ce qui doit donner une surface habitable de sensiblement 360 m² par niveau d’habitation, exception faite du rez-de-chaussée à cause de la présence d’arcades au niveau de la rue. Donc nous avions trois niveaux habitables, ce qui nous donnait une surface habitable de près de 1000 m², nonobstant les dépendances.
Robert des Armoises possédait bien l’un des plus beaux hôtels de la région, ce qui donne directement une idée du niveau de vie du chevalier et de ses revenus ; il vivait dans un quartier fréquenté par la duchesse de Luxembourg-Görlitz, qui avait son propre hôtel à proximité et qui y séjourna à l’époque du mariage des des Armoises puis en juin 1437 (Alain Atten n°46 page 63 et page 87 n°189). 

L'hôtel des Armoises devait ressembler à une de ces maisons !

Robert est pourtant considéré par les historiens de la légende comme « désargenté » ! Nous allons continuer d’énoncer les éléments du riche patrimoine de notre Robert pour montrer que cela n’est pas vrai.
Un avantage de cette demeure est qu’elle était très proche du couvent franciscain (situé au bas de la rue Marchand).
Le Tiers Ordre de Metz dépend de la confrérie de la Stricte Observance (Monastica Metensia – E. de Bouteiller – Chez Rousseau-Pallez – Metz – 1869), ce qui correspond aux idées de la dame des Armoises, qui fréquentait Colette de Corbie avec sa famille nourricière à Domrémy.
La Pucelle pouvait y retrouver ses amis du Tiers Ordre dont Nicolas Lowe ( ou Louve ), Premier de la République de Metz, qui a été fait chevalier par Charles VII lors du sacre de Reims. Ce célèbre personnage, moitié Célestin, moitié Cordelier, a lutté comme la Pucelle, pour l’unité chrétienne derrière le pape Eugène IV. Son curriculum vitae est impressionnant et plutôt original car il est chambellan, de l’Empereur, du roi de France et du duc de Bourgogne. C’est un diplomate émérite apprécié par tous les intervenants politiques, empereur et roi compris.

8) Titulaire de Tichémont du 6 février 1423 à 1450 et Philibert, son fils titulaire de Tichémont de 1450 à 1459.

Richard II des Armoises, fils de Richard Ier, était pensionnaire de la ville de Verdun, en 1385. Il est nommé chevalier en 1391 et maréchal du Barrois en 1397. Richard II des Armoises est issue de Richard Ier des Armoises et de Jehanne des Armoises (née de Sorbey).  
Le 16 avril 1407 Richard des Armoises fut institué châtelain de Conflans-en-Jarnisy, office dont dépendait la terre de Tichémont. Tichémont est situé aujourd’hui sur la commune de Giraumont.

Le château de Tichémont (crédit photo : Edmundo.


Il est nommé chevalier en 1391 et maréchal du Barrois en 1397. Le 16 avril 1407 Richard des Armoises fut institué châtelain de Confrans-en-Jarnisy, office dont dépendait la terre de Tichémont.
En 1407 et 1408, il est nommé seigneur de Tichémont et chevalier. Il joignit ses forces à celles du duc de Bar et du prévôt de la Chaussée, qui ayant à leur tête le marquis de Pont-à-Mousson, marchèrent la nuit contre la ville de Metz espérant la surprendre. Mais la division s’étant mise parmi eux, ils manquèrent leur opération et revinrent à Pont-à-Mousson.
Le duc de Bar, en considération des services de Richard des Armoises, l’institua, en 1407, son châtelain et garde de son château de Conflans, avec cinquante francs d’or par an.
En 1416, Richard II des Armoises, chevalier, était gouverneur du duché de Bar, sous le cardinal de ce nom.
Le 6 février 1423, le fils de Richard II Robert II des Armoises, sire de Tichémont, chevalier, confesse et avoue tenir en foi, fief et hommage-lige de M. le duc de Bar, comte de Guise, « le chastel, forteresse et maison-forte de Tichémont, l’étang, moulin et appartenances en ressort et souveraineté et en sa prévôté de Briey, juvables et rendables à grande et petite force, priant F. Vauthier, abbé de Saint-Pierremont, de sceller avec lui. Scellé de deux sceaux en cire verte ».

Mais un acte daté du 8 septembre 1435 nous apprend que le duc de Bar René 1er prend des dispositions à l’encontre de son vassal Robert des Armoises pour cause de désobéissance. Le motif exact n’est pas précisé ; il nous faudra donc reprendre l’historique de cette affaire pour élucider cette cause. Le duc avait d’abord fait garder la seigneurie de Tichémont par ses officiers, mais le 8 septembre 1435, pour les en décharger, il la confia à son très cher et bien aimé cousin, Joffroy d’Apremont, chevalier, seigneur de Han, lui en donnant l’administration pour le temps qu’il lui plairait, avec défense de favoriser ni d’y recevoir ledit Robert ni aucun de ses serviteurs.

A partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le rôle des Apremont se fait de plus en plus fréquent dans l’emploi de diplomates et concerne des affaires dont l’arbitrage dépassera le cadre lorrain et qui confinent à la grande politique.
Tichémont restait la terre de dignité de Robert des Armoises mais était administrée par Joffroy d’Apremont. La seigneurie de Tichémont a bien évidemment été transmise par héritage à Philibert des Armoises, le fils de Robert, à la mort de ce dernier en 1450, et la sanction est levée puisque le justiciable est décédé.

Les rapports entre Robert des Armoises et le duc de Bar sont difficiles et ne s’amélioreront pas jusqu’à la mort de Robert, comme nous le verrons. Mais la saisie du fief n’est pas réalisée par la procédure de la commise comme on le verra dans la suite. Cela veut dire que le duc de Bar a dû surseoir à cette procédure pour une raison que nous ignorons, mais ce qui nous permet de matérialiser une limite conflictuelle, que ne pouvait pas dépasser le duc de Bar, ou qu’il ne voulait pas dépasser.

Les sanctions prises en 1435 par le duc de Bar René l’ont été avant que le chevalier ne se marie avec la Pucelle en 1436.
Il s’agit donc d’une regrettable affaire pour le duc, qui connait bien évidemment l’origine princière de la Pucelle, qu’il a fréquenté. Sa mère Yolande d’Anjou, ( ou encore d’Aragon ), la reine des quatre royaumes, a toujours été un soutien naturel pour Jeanne.
Le mariage de Ferry II de Lorraine avec la fille de René est également un fait qui peut gêner le duc. Ferry est né vers 1417 et mort à Joinville le 31 août 1470. Il est comte de Vaudémont et sire de Joinville de 1458 à 1470. C’est un personnage important qui est maintenant lié à sa fille.

Ferry et Yolande

Il épouse donc à Nancy en 1445 sa cousine Yolande de Bar ( 1428 † 1483 ), fille de René Ier d'Anjou, roi de Naples, duc d'Anjou, de Bar et de Lorraine, comte de Provence, et d'Isabelle, duchesse de Lorraine.
La mariée a été prénommée Yolande en l'honneur de sa grand-mère Yolande d'Aragon. Son titre de duchesse de Bar peut entraîner une confusion avec Yolande de Bar, son arrière-grand-mère.
La petite-fille de Yolande d’Aragon se souvient que sa grand-mère soutenait la Pucelle, qui était dans tous ses plans politiques, et savoir que sa seigneurie de Tichémont est administrée par un tiers, et que son père en est responsable ne lui fait sûrement pas plaisir.

On peut donc en déduire également que les rapports entre Jeanne, Princesse d’Orléans, épouse du chevalier des Armoises et le duc de Bar René ne sont pas bons non plus, car les sanctions perdurent après le mariage de la princesse, sans néanmoins être menées à leur terme. Ce problème doit être évidemment évalué aussi à l’aune des rapports entre Charles VII et le duché de Bar, mais force est de constater également que l’épouse de Robert, princesse d’Orléans et sœur de Charles VII ( voir notre article sur l’opération bergère ), peut tout juste arrêter la procédure avant la confiscation du bien, si cette dernière y est pour quelque chose.  

Ce mariage mettait fin au litige qui existait entre les pères des deux époux, à propos de la succession du duché de Lorraine et réglait de nombreux problèmes. La diplomatie du duc de Bar doit tenir compte maintenant des relations entre Charles VII et le comte de Vaudémont.
René comblera Ferry d'honneurs dont l'Ordre du Croissant et, en 1453, il commande les troupes que celui-ci envoie au dauphin Louis pour l'aider à combattre le duc de Savoie.
En 1456 René lui confie le gouvernement du duché de Bar, puis en 1459 la charge honorifique de lieutenant général de Sicile.

Sous la date du 8 septembre 1435, l’Inventaire des Titres de Lorraine de du Fourni rapporte des « lettres en papier, de Geoffroy d’Aspremont, seigneur de Han, que comme le duc d’Anjou, de Lorraine et de Bar, lui ait mis en main la forteresse, terre et appartenance de Tischiémont apartenante à M. Robert des Armoises, chevalier et luy en ait baillé le gouvernement de l’administration, suivant certains moyens et conditions déclarées ès lettres dudit Duc, du 8 septembre 1435, y transcrites ; laquelle terre avoit été saisie sur ledit des Armoises pour cause de désobéissance ; à la charge dudit d’Aspremont d’employer les levées qu’il en fera à l’entretien de ceux qu’il y ordonnera et que pendant qu’il en aura le gouvernement, il n’y mettra, recevra ou favorisera en ladite place ledit des Armoises ny aucuns de ses serviteurs ou aydans si ce n’est de l’exprès commandement du duc ou des gens de son conseil et sera tenu de la rendre réellement et de fait toutes les fois qu’il en sera requis sans contredit ou refus ; ce que ledit Geoffroy par serment et par la foy de son corps promet et sur son honneur. Scellé en placard de cire rouge aux armes dudit Aspremont »
(Cf. Original sur papier, scellé d’un sceau plaqué de cire rouge – Archives de Meurthe-et-Moselle B 592 – Numéro 212).
Les commentateurs de cette affaire oublient souvent de recopier les termes que nous portons en gras dans le texte du jugement du 08 septembre 1435, à savoir : « et sera tenu de la rendre réellement (la forteresse) et de fait toutes les fois qu’il en sera requis sans contredit ou refus ». Geoffroy d’Aspremont devra remettre à disposition le domaine dès la réquisition du duc, et bien sûr, à son légitime propriétaire si cela lui est demandé.    

Nous sommes donc en présence d’une procédure bien connue : La saisie féodale qui était la mise sous séquestre du fief avec le droit pour le seigneur d'en percevoir les fruits. Elle intervenait, au cas de manquement simple, lorsque le vassal était coupable de négligence ou de retard dans l'accomplissement de ses obligations, jusqu'à, ce qu'il se fût mis en règle envers son seigneur ( nous reviendrons sur cette notion de manquement simple ). Lorsque cette situation se prolongeait un certain temps, un an et un jour, la saisie féodale pouvait être transformée en commise.
La commise était la perte du fief ; elle était prononcée par la cour féodale contre le vassal qui avait gravement manqué à son devoir de fidélité, par exemple, en désavouant son seigneur ou en refusant de se soumettre à sa justice ou encore en portant les armes contre lui.

La procédure de saisie diligentée par le duc n’a jamais été transformée par jugement d’une Cour de justice, ou par le duc, en commise à l’encontre de Robert, puisque Philibert, le fils de Robert, devient titulaire du fief à la mort de son père sans rachat. On remarque à ce sujet que le chevalier des Armoises s’est toujours prévalue du titre de seigneur de Tichémont.

Aux temps féodaux, de manière schématique, les seigneurs peuvent rendre la justice d’une double manière.

La justice seigneuriale est exercée par un seigneur banal ( lié au pouvoir de ban ). Elle s’applique aux hommes vivant sur le territoire où s’exerce son pouvoir (« les hommes de la poesté »). La justice féodale est différente en prenant sa source dans le contrat féodo-vassalique. Elle intéresse seulement les personnes (vassaux) qui ont de tels liens avec le seigneur. Le jugement par ses pairs prévaut ainsi ( c’est le sens des lettres patentes du 30 janvier 1431 qui seront explicitées par la suite ).
« La sanction principale du droit féodal était la perte du fief soit au détriment du vassal, s'il manquait à la fidélité qu’il devait à son seigneur, soit au détriment du seigneur si réciproquement il manquait à la protection qu'il lui devait.  Mais, dans tous les cas, c'était « la cour du seigneur composée de pairs de la partie en cause. » qui devait connaître de la cause prétendue de perte du fief et en juger. 

Le fils de Robert, Philibert des Armoises, récupère donc la gestion du fief et le fief lui-même, par héritage, à la mort de son père en 1450 ; Philibert des Armoises et Jeanne de La Force, sa femme, vendent, vers 1459, la terre de Tichémont à Didier de Landres ou de Briey et à Jeanne de Pulligny sa femme.
Le 30 avril 1472, Didier de Landres, Ier du nom, chevalier, seigneur haut voué de Landres et seigneur d’Avillers, de Murville, etc., confesse tenir en « foy et hommage du roy de Sicile, duc de Bar, à cause de son château de Briey, le chastel et forteresse de Tichémont appartenances et dépendances promet d’en faire les services tels qu’il appartient. Scellé en cire vermeille de ses armes. Trois paux ». Il mourut à Tichémont, le 15 novembre 1483.

Didier fait donc l’acquisition de la place forte de Tichémont près de Jarny ( entre Hatrize et Giraumont ). C’est « une des terres les plus vastes et les plus magnifiques et, comme seigneurie, une des plus nobles et des plus illustres de la contrée, si ce n’est la plus illustre »
Cf. M. Clesse « Le canton de Conflans » T II p.262 citées par Comte Claude de Briey (Op. cit.) p.90.

Didier Ier de Landres, « chevalier, seigneur haut-voué de Landres, seigneur d’Avillers de Haucourt, de Domprix, de Murville et autres lieux, confesse tenir en foi et hommage, le 30 avril 1472, du duc de Bar le chastel et la forteresse de Tichémont, appartenances et dépendances ».
Didier possède alors trois seigneuries : Landres Avillers et Tichémont. Il résidera le plus souvent à Tichémont. La famille prendra dès lors le nom de Landres-Tichémont. Il est un des seigneurs importants des duchés de Bar et de Lorraine, il a qualité de « conseiller » de Nicolas, duc de Lorraine, et petit fils de René d’Anjou.
Le grand écuyer, Philippe de Lénoncourt, seigneur de Gondrecourt, le qualifie de « cher cousin et grand ami ».

On note évidemment au passage que la terre du fief de Tichémont, propriété de notre chevalier, était une des terres des plus vastes et des plus magnifiques de la contrée… Nous sommes bien loin des qualificatifs que donnent les historiens aujourd’hui au chevalier des Armoises, en ce qui concerne sa surface financière ou la richesse de son patrimoine ! Et nous allons continuer à énoncer les éléments les plus connus du patrimoine de ce gros propriétaire terrien aux revenus substantiels bien matérialisés.

Robert II des Armoises est effectivement titulaire du fief de Tichémont du 6 février 1423 jusqu’à sa mort en 1450 et Philibert des Armoises, fils de Robert, est titulaire de Tichémont de 1450 jusqu’en 1459.

Situation géographique de Tichemont

9) Richard, Robert et Philibert des Armoises cotitulaires du franc-alleu de Jaulny de 1290 à 1450. Thierry des Armoises vend sa part en 1504, date à laquelle les des Armoises quittent temporairement Jaulny jusqu’en 1624.

Le château de Jaulny date des XIe et XIIe siècles. Il est situé à Jaulny, et conserve en partie les caractéristiques des premiers donjons en pierre.
Erigé sur une éminence, il surplombe le Rupt de Mad. Le château a assuré la ligne de défense de Prény, première capitale du duché lorrain.

Le château de Jaulny.

A voir : la tour du pont levis et de la lanterne, une cour fermée par une belle grille signée Jean Lamour, les caves sur quatre niveaux (autrefois coffre-fort), la salle de garde.

Château de Jaulny, vues diverses. Crédit photos: Pascale Debert

Le donjon du XIIe, les remparts et les meurtrières sont quasiment intacts.
La construction du château remonte exactement en l'an 1060. Dès l'origine, Jaulny n'est pas un fief, mais un franc-alleu. C’est une terre libre dont le propriétaire ne relevait d'aucun seigneur. Il y eut deux sortes de franc-alleu : le noble et le roturier ; le noble était celui qui entraînait justice, censive ou mouvance, le roturier celui auquel toutes ces conditions manquaient ; ce dernier, le plus ancien des deux, représentait le faible reste de la propriété romaine.
L’érection du franc-alleu de Jaulny est due à Milon de Jaulny, allié de la puissante famille d'Apremont. Une tour carrée aurait été élevée vers 1026 par Hugues de Jaulny.
La présence de la famille des Armoises est attestée à Jaulny avec deux mariages, à savoir celui de Robin de Jaulny en 1357 et celui de Richard II des Armoises le 11 mai 1439 :

- Nicolas ou Colart des Armoises (1290 - 1368), Ecuyer, Chevalier, Bailli de Rethel et d'Etain, Seigneur de Fléville, Lixières et Jaulny, et sa femme Marie de Chambley de Brixey (1303 -1360), Dame de Chambley, se sont mariés vers 1320. Leur fille Jeanne des Armoises (1340 -1370) s’est mariée à Robin de Jaulny (1310 - 1370) en 1357. Jeanne est la sœur de Richard 1er des Armoises (Cf. : La Maison des Armoises, originaire de Champagne - Henry Vincent - Chez Henri Menu Libraire - 7, Quai Malaquais - Paris - 1877).

- Richard II des Armoises (1345 - 1422), Chevalier, Maréchal, Gouverneur du Duché de Bar, Seigneur de Tichémont, épouse Alix de Jaulny de Breux (née vers1345) le 11 mai 1439 (selon "Histoire de Lorraine depuis l'entrée de Jules César dans les Gaules" Dom Augustin Calmet Nancy 1752).
Son fils Robert II des Armoises (1388-1450), chevalier, maréchal du Barrois, écuyer de Charles d'Orléans, seigneur de Tichémont, Norroy, Fléville, Brouennes et Jaulny, et autres fiefs, épouse en octobre 1436 à Arlon au Luxembourg, Jehanne la Pucelle d'Orleans (1407-1449), appelée aussi "Jeanne du Lys" ou "Jeanne d'Arc" à l’époque moderne.

En 1357 Robin de Jaulny a épousé Jeanne des Armoises ( fille de Colart des Armoises et de Marie de Chambley ). Il donne son tiers de l’alleu de Jaulny à ses beaux-parents contre Boucq.

Jaulny est et reste une propriété libre, c’est-à-dire un franc-alleu noble et non un fief (cf. l’acte de 1357 et les écrits ultérieurs de Thierry des Armoises en 1504 en témoignent). Les Jaulny sont vassaux attitrés de Lorraine pendant que les des Armoises sont de fidèles feudataires des comtes et ducs de Bar.                                 

Le paradoxe dans ce partage est que la famille de Jaulny est vassale du duc de Lorraine alors que la famille des Armoises dépend du comte de Bar, des suzerains souvent rivaux.
On ne peut considérer qu’un seul des cotitulaires de ce franc-alleu pour désigner le propriétaire de Jaulny, et c’est malheureusement ce qui est fait depuis des lustres par les historiens pour diminuer la représentation du chevalier des Armoises, et indirectement pour déconsidérer la Pucelle elle-même. Ces historiens n’ont de cesse de vouloir prouver que le mariage de Jeanne d’Orléans, la Pucelle, avec le chevalier est un mariage inégal et que cette dernière ne peut donc être la dame des Armoises ! C’est une façon curieuse de vouloir administrer une preuve !  

Au XVe siècle la seigneurie de Jaulny dépend en fait judiciairement d'un compromis partageant la compétence judiciaire entre les règlements de Lorraine et de Bar de manière tournante (traités de 1457 et 1466).
Vers 1450, Philibert des Armoises, le fils de Robert (né du premier mariage, le mariage avec Jeanne la Pucelle étant le second) qui avait récupéré le domaine de Jaulny de sa mère Alix de Breux de Jaulny, décédée en 1435, vendit la part dont il était titulaire à Thierry des Armoises, sans doute pour s’installer à Tichémont dont il pouvait récupérer la jouissance.
La vente de Jaulny par Philibert intervient juste après la mort de Jeanne la Pucelle en 1449. Philibert peut reprendre la gestion de Tichémont car les sanctions du duc sur ce domaine sont tombées avec la mort de son père en 1450.
La Pucelle devenue Jeanne, épouse du chevalier des Armoises, titulaire pour partie du franc-alleu de Jaulny a donc pu jouir de sa propriété, avec son mari, jusqu’à sa mort.

Les portraits de Jaulny.

En 1504, les deux cotitulaires ne cessent de s'affronter. Thierry des Armoises vend alors sa part au duc de Lorraine René II. Les Jaulny ( ne pas confondre avec les des Armoises cotitulaires de Jaulny ) gardent leur part et des officiers ducaux administrent l'autre partie du domaine.
Durant les XVe et XVIe siècles, le château va être entièrement remanié.
Simon de Jaulny se querelle en 1521 avec Jehan Le Trey échevin ducal. Simon est convoqué devant le duc Antoine Le Bon qui lui ordonne de se retirer à l'abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois.
Ferry III de Jaulny, dernier de sa lignée se convertit au calvinisme en 1585. Il est exilé à Bâle ou il meurt en 1587, dépouillé de tous ses biens.
Le château est alors racheté par la famille des Armoises. Entre 1624 et 1668 Jean des Armoises et son épouse Dorothée d'Ure de Thessiere, de la famille des seigneurs de Commercy, issue des Sarrebruck sont propriétaires du château. Entre 1668 et 1677 le château est habité par Louis des Armoises et son épouse Marie-Claude de Haraucourt, fille de l'amazone chrétienne Barbe d’Ernecourt, dame de Saint-Baslemont.

Mais reprenons l’histoire de la Pucelle :
Jeanne d’Arc, la Pucelle de France, fut libérée après le décès du duc de Bedford intervenu en septembre 1435. Ce dernier était Régent de France pour le roi Anglais.
La chronique du doyen de Saint-Thiebaut retrace ensuite le parcours de Jeanne de 1436 à 1449 avec une grande précision. Les plus grands seigneurs viennent à sa rencontrer et lui offrent des cadeaux de valeur, notamment un cheval et une épée.

Elisabeth de Görlitz

Jeanne va se recueillir à Notre-Dame de Liesse puis elle va à Arlon, où elle est accueillie par sa tante la duchesse du Luxembourg Élisabeth de Görlitz. Elle va ensuite guerroyer du côté de Cologne le 2 août 1436, comme en fait foi un laisser-passer (Cf. : Extrait du Geleitbuch der Stadt Köln Jahr 1436- Folio 155 (13 juillet 1436) folio 156 (27 juillet) et folio 156 V° du 2 août) en repart précipitamment, menacée d’excommunication, elle se marie enfin avec le chevalier lorrain Robert des Armoises. Robert a assisté au sacre de Reims, le 17 juillet 1429, il ne peut pas avoir été abusé par une aventurière. Le couple vient ensuite s’établir à Metz « tant qu’il leur plaisit » précise Pierre de Saint-Dizier.

Entre temps, ayant « repris l’armure », Jeanne guerroya encore avec le maréchal Gilles de Rais, son ancien compagnon d’armes, jusqu’en 1439, fut blessée une troisième fois, et fut reçue cette année-là à Orléans, aux côtés du roi Charles VII, son frère. Les comptes de la ville d’Orléans gardent traces de son passage.
Robert, l’époux de la Pucelle, devenue dame des Armoises, revient habiter en 1443 dans sa maison de Metz et au Château de Jaulny avec Jeanne jusqu'à son décès en 1450.
Pour nous résumer, Richard, Robert et Philibert des Armoises sont donc cotitulaires du franc-alleu de Jaulny de 1290 à 1450. Thierry des Armoises vend sa part en 1504, date à laquelle les des Armoises quittent temporairement Jaulny jusqu’en 1624. Entre 1624 et 1668 Jean des Armoises est propriétaire du domaine et de 1668 à 1677 Louis des Armoises est propriétaire à son tour.

10) Les Armoises cotitulaires du fief dit de la tour de Brouennes de 1383 au 29 avril 1388 et titulaires du 15 mai 1388 jusque dans les successions de Robert II et Simon des Armoises après 1450

Le château de Brouennes s'élevait sur la rive gauche de la Chiers, au Nord-Est du village, près du confluent du ruisseau de Baâlon à la Chiers.
Au XVe siècle, il est en mauvais état et François d'Ornes est tenu de le réparer. Henri d'Ornes (1411-1415), est l’époux de Lise des Armoises, la sœur de Robert II des Armoises ( non inscrite sur notre arbre généalogique de la famille des Armoises ). Il meurt à la bataille d’Azincourt.
Le grand-père maternel de Robert II des Armoises, Henri de Breux, avait eu des intérêts à Brouennes. Ces droits passèrent ensuite à Alix de Breux et par conséquent à Richard II des Armoises son mari.
Richard devait avoir en particulier la moitié de la forteresse, et le 27 septembre 1383, nous voyons le duc de Bar donner à Liébaut de Baudricourt ( père de Robert et futur capitaine de Vaucouleurs ) l’autre part avec ses revenus, « partant par moitié à notre aimé chevalier, messire Richard des Armoises ».
En plus de ces rentes, Henri de Breux avait également tenu, à Brouennes, la tour séant sur la Chiers, « costé et près du chastel de broenne », avec ses dépendances et environ 150 arpents de bois. Après lui, ses biens passèrent à Richard II des Armoises à qui, le 29 avril 1388, le duc de Bar les racheta pour 100 petits florins, payés à Richard par le prévôt de Stenay.
Le 15 mai suivant, le duc de Bar redonnait la tour de Brouennes avec le clos, le jardin, le colombier, le meix, et 150 arpents de bois, aux enfants de Richard II, Robert et Simon. 
Leur père en aurait l’usufruit sa vie durant, avec licence de renforcer la fortification et d’établir un pont levis à péage sur la rivière (Cf. La seigneurie de Breux de Louis Schaudel -Annales de l’Institut archéologique du Luxembourg – Arlon – 1906).  
Les Armoises sont cotitulaires du fief de 1383 au 29 avril 1388 et titulaires depuis le 15 mai 1388 jusque dans les successions de Robert II et Simon des Armoises (seigneur de Jaulny) après 1450.

Situation géographique de Brouennes.

11) Robert des Armoises titulaire du fief dit de la maison-forte de Norroy, de Mainville, Abbéville, Thumeréville du 20 janvier 1379 au 31 octobre 1405 et cotitulaire du fief du 19 février 1412 jusqu’au 23 octobre 1422 date de la vente par Robert de la forteresse.

D’abord château fort propriété de la famille de Norroy, puis propriété des des Armoises. Norroy, Mainville, Abbéville, Thumeréville avait, au XIVe siècle, appartenu à des membres de la famille des Armoises : Le 23 avril 1343, Jean des Armoises l’avait vendu au comte de Bar en même temps que des rentes sur les bourgeois d’Amel et de Senon. Le paiement lui en avait été fait par Jean de Marley, écuyer, à qui le comte remit l’ensemble de l’acquisition (Archives de Meurthe-et-Moselle, B 842 numéro 6).

« Robert 1er des Armoises fils de Colart 1er des Armoises tint et posséda par donation à lui faite par le duc Robert 1er de Bar tout ce que le duc avait avec la maison-forte, donjon, bourg, ville et terre de Norroy, Mainville, Abbéville, Thumeréville, biens que le comte de Bar, père du duc, avait donné à Jean de Marley ».
Un long procès en résultat, qui se termina le 20 janvier 1379 par un compromis. Le duc versa à Jean de Marley 1250 francs or du coin du roi, et Robert des Armoises, en considération de ses bons services, resta en possession de l’ensemble.

Robert des Armoises est donc titulaire du fief dit de la maison-forte de Norroy, et de Mainville, Abbéville, Thumeréville du 20 janvier 1379 au 31 octobre 1405 ( biens engagés pour 1600 francs or par le duc et rachetés par les habitants ). Le 31 octobre 1405, le duc de Bar Robert notifia qu’il avait engagé tous ces biens à feu Robert des Armoises, rachetables à 1600 francs or. Les habitants, désirant être à nouveau en la main du duc en avait fait eux-mêmes le rachat et payé les 1600 francs à Simon des Armoises, écuyer, successeur de son père comme engagiste.
La famille des Armoises était donc déjà titulaire du fief avant notre chevalier.    
Le 19 février 1412, le duc de Bar Edouard III, en reconnaissance des services que lui avait rendu son fidèle écuyer Robert II des Armoises, lui donna la moitié du domaine de Norroy-le-Sec avec tout ce qui en dépendait, rachetable 1000 francs or. Robert qui était créancier du duc qui lui devait des gages, des chevaux et des harnais perdus à son service, recevait donc une compensation.  

Robert Il est donc cotitulaire du fief rachetable le 19 février 1412 pour 1000 francs or jusqu’au 17 août 1422, date à laquelle Charles duc de Lorraine, notifia que Norroy-le-Sec, Mainville et Abbéville ont été rachetées pour la somme de mille francs or à Robert des Armoises qui les tenait en « engagère » ; c’est-à-dire à l’issue d’un contrat de cession avec un pacte de rachat en faveur du vendeur (Cf. : Archives de la Moselle - H 90 numéro 1- Et annales de l’Est de 1963.)
Le contrat d’engagère est en fait une vente à réméré, c’est-à-dire une vente avec faculté, mais non obligation, de rachat par le vendeur. Le vendeur préserve donc une option de rachat pendant une durée à convenir contractuellement.
En 1420, par le mariage des héritiers des deux Duchés, Charles II de Lorraine devient régent du Duché de Bar et tuteur de René d'Anjou qui n'a que 10 ans, et ce jusqu'à sa prise de pouvoir sur le Duché de Bar en 1430. Les deux duchés ont un gouverneur aux ordres du régent.

Mais le 23 octobre 1422 Robert procède à la vente de la forteresse et obtient le paiement des 1000 francs or sans l’aval du duc de Bar, représenté par le gouverneur du duché Jean de Salm.  Robert des Armoises, devenu entre-temps chevalier et seigneur de Tichémont déclara avoir reçu les mille livres du prévôt de Norroy et en donna quittance au cardinal de Bar.

Cependant il faut bien considérer que la forteresse de Norroy et ses dépendances ne pouvaient plus être engagées. Acheteur et vendeur ne pouvaient donc conclure un contrat de vente.
Cette transaction ne donna pas satisfaction au représentant du duc, Jean de Salm, gouverneur du duché de Bar, car nous constatons que l’objet de la cession de Robert au prévôt, a fait l’objet d’une procédure judiciaire. En effet, le 4 septembre 1424, le gouverneur Jean de Salm confisque la forteresse au profit de Jean d’Autel, seigneur d’Apremont, à charge de la reprendre de lui, au moyen de la procédure de commise.

Robert des Armoises avait laissé la forteresse à certains qui avaient fait la guerre au cardinal de Bar, ce qui n’a pas été apprécié. C’est donc la qualité des acquéreurs qui déclenche la procédure de commise et pas la transaction elle-même.  
Le chevalier avait plusieurs fois reçu l’ordre de rendre la forteresse au duc, mais n’en étant plus le propriétaire on imagine les difficultés de ce dernier à exécuter cet ordre. La procédure de commise qui est diligentée spolie l’acquéreur, à charge pour lui de se retourner contre son vendeur. L’histoire ne nous conte pas les suites judiciaires de l’affaire entre l’acquéreur spolié et le vendeur.

Cette affaire judiciaire illustre les interventions sur le foncier pratiquées par le pouvoir ducal d’un domaine, face aux restrictions qui touchent à la libre disposition des fiefs et propriétés foncières.

Certains historiens prétendent que le bien de notre chevalier a fait l’objet d’une saisie. Il est sans doute plus exact de dire que le prévôt de Norroy a perdu le bien acquis par commise et que Robert n’a pas fait lui, l’objet de sanctions directes, de la part du duc ou de la chancellerie ducale. En tout état de cause, l’acquéreur est aussi responsable que le vendeur s’il y a faute, car les deux étaient informés sur ce type de transaction. Dans cette affaire nous n’avons pas de sanctions à l’encontre du vendeur et le duc récupère le bien. L’acquéreur qui ne convenait pas au représentant du duc a été spolié par la commise. Nous n’avons pas trace non plus de procédure entre l’acquéreur et le vendeur, ce qui peut indiquer qu’il n’y a pas eu d’arrangement ou qu’un arrangement amiable a été négocié…
Dans cette affaire nous nous en tiendrons à l’histoire de Lorraine d’Augustin Calmet, dans son volume 5, qui se contente d’annoncer la confiscation du bien sans accuser le chevalier des Armoises, et surtout sans affirmer, comme certains, que le domaine appartenant au chevalier a été saisi.

Le château du XVe siècle fut sans doute détruit en 1636, en même temps que celui de Conflans et ceux des environs. En Lorraine en 1636, afin de réduire les places de résistance des impériaux avec les troupes du duc de Lorraine, Richelieu fait raser toutes les forteresses …
La forteresse de Norroy-le-Sec est située près du fief de Fléville-Lixières dont les titulaires sont des membres de la famille des Armoises de la branche des Aulnois.

Situation géographique de Norroy.

12) Richard II puis Robert II et Philibert des Armoises successivement titulaires du fief dit de la maison-forte d’Hatrize de 1388 à 1459.

La maison forte datée du XVIe siècle est probablement construite sur les restes d’un ancien château, car en 1343 Jean d’Apremont vend à son cousin Henry IV comte de Bar, entre autres châteaux, celui de Hatrize.
En 1388, ce fief a pour titulaire Richard II puis Robert II des Armoises et par succession Philibert des Armoises qui s’en sépare en 1459, à l’issue d’une transaction, avec Didier de Landres de Briey.
Philibert vend Hatrize en même temps que Tichémont au même preneur.
Construite avant 1635 par la famille de Landres, cette maison forte flanquée d’échauguettes contrôlait le passage de la rivière. Les propriétaires changent au cours des siècles. Propriété de la Société des Mines de Hatrize, elle sera acquise en 1956 par la famille des occupants actuels. Cette demeure est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

La maison forte d'Hatrize, état actuel.

Propriété de la famille des Armoises puis de la famille de Landres, vendue au milieu du XVIIIème siècle par le comte du Hautoy à monsieur de Failly appartenant ensuite au comte de Gourcy seigneur du lieu, dont l'origine remonte au XVIème mais le percement des baies est modifié aux XVIIIème et XIXème siècles ; elle est équipée d'éléments défensifs (échauguettes, canonnières). Les façades et toitures du corps sud des dépendances, y compris l'échauguette et la totalité de l'ancienne maison forte sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du 18 septembre 1996. L’ensemble se compose d’un ancien moulin à blé en ruine dont les époques de construction se situent au XVème siècle, au XVIIIème siècle, pendant la seconde moitié du XIXème siècle et pendant la seconde moitié du XXème siècle. Un ancien ossuaire avec des crânes enchâssés dans la maçonnerie, a fait l’objet également d'un classement au titre des monuments historiques par arrêté du 13 août 1990. Les des Armoises sont titulaires du fief dit de la maison-forte d’Hatrize de 1388 à 1459. Ce fief se situe non loin des possessions des Armoises à Labry à suivre.

Situation géographique d'Hatrize.

13) Les domaines de la seigneurie d’Haraucourt, de Moyenvic et Marsal de Robert des Armoises.

La commune d’Haraucourt sur Seille est située dans le Saulnois au sud du département de la Moselle, à 8 kilomètres au sud-est de Château-Salins et à 4 kilomètres à l'est de Moyenvic. Elle fait partie aujourd’hui du parc naturel régional de Lorraine.
La Pucelle cherche des fonds pour reprendre l’épée et son mari Robert vend le quart de ses revenus de ses terres d’Haraucourt pour satisfaire ce besoin.

Robert et son épouse Jeanne du Lys procèdent à l’inscription d’un acte du 7 novembre 1436 stipulant la cession de revenus du quart de la propriété de Robert des Armoises et de Jeanne du Lys, la Pucelle de France, sa femme à Collard du Failly, écuyer de Marville et à Poinsette Rolland-d’Ancelrue, sa femme, pour une durée de quatre ans.
" Nous, Robert des Armoises, chevalier, Seigneur de Tichemont et Jehanne du Lys, la Pucelle de France, dame dudit Tichemont, ma femme, licenciee et auctorisee de moy Robert, dessus nomme pour faire greer et accorder tout ce entierement qui ensuit, faisons sçavoir et cognoissant, En témoin de vérité et afin que toutes les choses dessusdites soient fermes et stables, nous Robert des Harmoises et Jehanne du Lys la Pucelle de France, nostre femme dessusnommée, avons mis et appendu nos propres seels en ces presentes lettres et avec ce nous avons prié et requis e nostre tres chier et grand ami Jehan de Thone le thil, sieur de Villette et Saubelet de Dun prevost de Marville que ils veuillent mettre leurs seels en ces presentes avec les nostres en cause de témoignage..."

Cet acte démontre, parmi d'autres, que Jeanne du Lys n'est pas morte à Rouen le 30 mai 1431. L'union matrimoniale de Jeanne est attestée également par cet acte.
(Cf : Donation Famille de Pierre de Sermoise -Mai 1979 - BNF- Manuscrits).
C’est dans la même étude de Fresne-en-Woëvre que se trouvait encore avant 1914 l’original du contrat de mariage de Robert et de Jeanne chez le successeur de Maître Marty.
Le chevalier des Armoises était fidèle à son notaire.
Bien qu’il s’intitule « achat du ¼ de Haraucourt par Colart de Grand-Failly et Poincette d’Ancelrue, sa femme… » l’acte notarié ne consigne en réalité qu’une cession de revenus portant sur quatre années, et non une vente définitive.
Pour un peu plus de 350 francs en monnaie de Lorraine, le chevalier hypothèque les profits que donnera à terme le quart d’une terre. Difficile d’évaluer une somme avec des francs en monnaie de Lorraine ?
C’est plus facile à évaluer avec la comparaison suivante, en sachant que depuis 1360 le franc vaut une livre tournois. Cette somme représentait plus que le trentième de la rançon de prince (10 000 livres) qu’avait versé Bedford pour la Pucelle soit 34 650 euros.
Quant aux intérêts, les premiers ne devant courir que dans cinq ans, le prêt n’était finalement remboursé qu’au bout de dix ans.
Pour avoir une idée plus précise de la valeur de la totalité de ce domaine on constate que les revenus peuvent s’évaluer à 87,50 livres pour une année (350 / 4 = 87,50). La valeur de cette terre peut se déduire avec la méthode par capitalisation des revenus avec un taux de rendement à 3 % à 2 916 livres soit environ 303 300 euros. Nous sommes sur des valeurs monétaires intrinsèques, qui ne tiennent pas compte des différences de niveau de vie aux différentes époques.
En date du 7 novembre 1436, le texte indique d’emblée le motif de la transaction.
Robert consent à louer des terres de rapport au bénéfice de Jeanne, et l’on sait que la dame des Armoises remboursera le prêt dans les délais convenus, en 1445 (Cf. : Histoire d’une famille de Lorraine – comte Geoffroy de Failly – Belgique – 1967).
Le contrat prévoit les revenus du quart de la seigneurie de Haraucourt pour quatre ans, ainsi que 10 muids de sel sur les salines de Moyenvic et de Marsal. Nous n’avons aucun renseignement pouvant nous permettre d’évaluer les possessions du chevalier à Moyenvic et Marsal mais nous pouvons affirmer qu’il s’agit à l’époque de domaines de grande valeur, par une simple évaluation de leur situation géographique.  

Au fil des cinq pages du contrat, les dénominations de Jehanne du Lys, la Pucelle de France, répétées avec insistance, aboutissent à une conclusion qui donne tout son poids au document. La dame des Armoises est bien la Pucelle de France.

Actuellement il reste les bases du château féodal du XVe siècle détruit en septembre 1914 ; au cimetière, à environ un km du village, une tour romane du XIIe siècle, ayant fait partie de la première église en pierre, lieu-dit Domèvre. Au Moyen Âge, les seigneurs de Haraucourt ont fortement influencé l’histoire de la région pendant près de cinq siècles. On disait que cette famille était l'un des quatre Grands Chevaux de Lorraine ! La tour romane qui trône au milieu du cimetière est le dernier monument du Moyen Âge.
Nous présentons une photo du château pour illustrer notre texte et nous indiquons que la famille des Armoises n’était pas propriétaire de ce bien. 

Le château de Haraucourt.

14) Richard II et Robert II des Armoises et le gagnage de Labry.

En 1422 « Robert II des Armoises, seigneur de Tichémont, fils de Richard II des Armoises et frère de Jean des Armoises » (NDLR : plutôt oncle de Robert)  aurait fait un accord « pour le gagnage de Labry, que dame Jeanne d’Orne avait laissé audit messire Richard… »
(Cf. : Archives de Meurthe et Moselle B 592 numéro 212 et B 350 folio 103 et Archives de la Meuse B 240 folios 97 et 98 pièce justificative numéro 16).
Le château communément appelé tour Mahuet, du nom de la famille des seigneurs de Labry qui l'ont édifiée et possédée de l’an 1500 environ jusqu’en 1760, date à laquelle ils l’ont cédée à la famille Olry qui l’a gardé dans son patrimoine jusqu’au début du XXe siècle.

La tour Mahuet

Il a été occupé par l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale alors que la famille Bertrand en était propriétaire ; les bâtiments annexes ont été rasés en 1988 pour cause de vétusté. La tour restante a été ensuite réhabilitée avec la volonté de l’ancien maire Jean Courcoux, et abrite régulièrement des expositions. Elle conserve des archères sur la façade nord et fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques (MH) par arrêté du 4 juillet 2006 ; à l'ouest du château subsistent les vestiges d'une motte féodale, enceinte quadrangulaire de 80 m de côté, entourée de fossés remplis d’eau et antérieure à l’édification de la tour, qui fait l'objet d'un classement au titre des Monuments Historiques par arrêté du 24 décembre 1991.
Labry se situe dans le secteur des fiefs de Robert des Armoises entre Hatrize et Jarny, proche de Tichémont.
Les Armoises ne sont pas titulaire d’un fief à Labry mais seulement d’un gagnage qui est une terre de rapport par ses herbages ou ses cultures.

Situation géographique de Labry.

15) La terre de Brainville achetée par Richard II des Armoises en 1422 est devenue propriété de Robert II des Armoises par la suite.

Le 16 juin 1422 Jean de Lyoncourt, écuyer, donne à Richard des Armoises, seigneur de Tichémont, licence de racheter la terre de Brainville, que ledit Richard lui a remise en gage pour prêt de fonds (Cf. : BNF – Collection de Lorraine 613 – folio numéro 513).
Brainville est proche de Jarny et donc de Tichémont.

Situation géographique de Brainville

16) Les parts en arrière-fief de la ville d’Affléville.

Le blason de la commune est celui de la famille des Armoises qui l'occupa. Cette famille a été titulaire de ce fief pendant six cents ans.
La seigneurie d'Affléville fut ensuite propriété de la maison de Gourcy, qui ajouta le nom d'Affléville au sien pour fonder l'une de ses branches qui fut appelée de « Gourcy-Affléville ».

Nous avons noté que Philibert des Armoises avait eu deux enfants et que l’une de ses petites filles était encore titulaire en 1487 d’un arrière-fief représentant un quart et demi de la ville d’Affléville.
Nous nous souvenons que par l'affranchissement fait en 1425, des villages que les des Armoises possédaient, dans la châtellenie de Briey, notre chevalier Robert avait vu, dans la prise d'armes du comte Antoine de Vaudémont, le compétiteur de René, une occasion favorable pour donner libre cours à son ressentiment.
Le moine Dom Calmet considère que la sanction contre Robert sur le fief de Tichémont est la conséquence de ce ressentiment à l’encontre du duc de Bar.
Nous pensons que l’affranchissement de 1425 n’est pas la cause principale de la mésentente entre notre chevalier et le duc de Bar, matérialisée par la saisie des revenus de Tichémont en 1435, comme nous le verrons par la suite. 
Si l’on fait confiance au moine, en sa qualité de chroniqueur, cela nous porte à croire que notre chevalier avait des intérêts patrimoniaux à Affléville, dont nous retrouvons les traces de l’existence en 1487, pour ce qu’il en reste après trois successions, dont la dernière avec deux héritiers.
Il est évident que, pour les des Armoises, posséder le quart, la moitié ou la totalité d’une ville à l’époque, avec toutes les fermes rattachées avoisinantes, offrait la perception de revenus fonciers et agricoles importants.

Situation géographique d'Affléville.

17) Les des Armoises d’Aulnois titulaires des fiefs de Fléville-Lixières et de Neuville sur Orne.

Fléville Lixières avait subi l’assaut en 1443 de 1600 soldats messins, qui ensuite avaient pillé le château des Armoises à Richardménil. Les Armoises n’étaient pas en odeur de sainteté de la part des Messins !
En 1425 le duc René donne des Lettres d’Affranchissement « suivant la loi de Beaumont » à ses sujets des villes et villages possédés par la demoiselle Catherine d’Essey, veuve de Colart des Armoises, à Richard, Simon, Jacquot et Didier des Armoises, tous seigneurs et Dame de Ville, Fléville et Lixières, mouvant de la châtellenie de Briey.
Cette « loi de Beaumont » libérait la localité de toute servilité envers le seigneur du lieu et autorisait à l'élection de mandataires locaux (magistrat), en échange de redevances.
La charte accordée en 1182 par Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, à la ville neuve de Beaumont-en-Argonne, et connue sous le nom de loi de Beaumont, doit sa célébrité à l'immense diffusion qu'elle a eue, au moyen âge et jusque vers les temps modernes, dans le nord-est de la France et en Belgique. Elle a servi de modèle à la plupart des chartes de coutumes ou d'affranchissement octroyées aux villages des comtés de Luxembourg, de Bar, de Chiny, de Réthel, du duché de Lorraine ; elle a pénétré jusqu'en Champagne.  
Cet affranchissement fait sortir ces fiefs du patrimoine et des revenus des des Armoises et est sans doute à l’origine du conflit entre le duc de Bar et Robert.

Le château de Fléville.

On peut retrouver un dénombrement du 03 mars 1441 de Colard, Richard et Thiery des Armoises, frères, seigneurs de Fléville au roi de Sicile, faisant état pour la moitié des haute, moyenne et basse justice sur les hommes et femmes de Neufville-sur-Orne, à Argencelles, et de ce qu'ils ont à Fléville, à Bucy et le huitième au moulin de Lenoncourt. Il s’agit des domaines résiduels c’est-à-dire non compris dans l’affranchissement.
Les vestiges d'un ancien château ayant appartenu à la famille des armoises et détruit au XVIIe siècle sont toujours visibles sur place.
Fléville-Lixières est dans le secteur de fiefs appartenant aux des Armoises à l’époque de Robert II, ou à ses cousins, à savoir à proximité : Tichémont, Hatrize, Labry, Norroy-le-Sec, Brainville pour Robert et Affléville pour les cousins de la branche des des Armoises d’Aulnois.

D’autres domaines sont des possessions de la famille des Armoises. En 1390 Robert, duc de Bar, donna à Robert des Armoises la moitié de la seigneurie de Neuville sur Orne, mais la totalité de cette terre n’appartint proprement à la maison des Armoises que depuis le mariage d’Alix de Neuville avec Jean.
Alix était mère de Colart, Richard, Didier et Thierry des Armoises.
Nous ne reviendrons pas sur le dénombrement de 1441 de Colart, Richard et Thierry des Armoises, seigneurs de Fléville en Barrois (Cf. : Histoire de Lorraine – Dom Calmet – tome V). De 1390 à 1664 et au-delà, la Maison des Armoises, alliée à celle des Nettancourt, a possédé la seigneurie de Neuville.
La seigneurie de Neuville sur Orne porte aussi le nom de Neuville sur Ornain et le gagnage de Vidampierre est confondu avec Neuville-sur-Ornain.
Aujourd’hui la commune de Neuville se situe au sud-ouest du département de la Meuse, au bord de la rivière " Ornain ", un affluent de la Marne. Ce village est situé dans la vallée, entre au nord Laimont, et sur l'autre hauteur Vassincourt.

Situation géographique de Fléville-Lixières

18) La famille des Armoises de la branche d’Aulnois propriétaire du château d’Affléville, du XVe siècle à la Révolution de 1789.

L'ancien Château d'Affléville est un château bâti à Affléville, Meurthe-et-Moselle.
Construit au XVIe siècle par la famille de Custine pour leur seigneurie d'Affléville (fief des Comtes de Briey) sur la base d'un château préexistant. Additionné d’une aile au XVIIIe et profondément modifié par la suite, il lui reste une belle façade avec un porche Renaissance remarquable.
Château construit au XVe siècle pour la famille des Armoises qui en resta propriétaire jusqu'à la Révolution, il fut augmenté, en 1748, d'un long bâtiment de dépendances, pour les Gourcy.
Il ne subsiste qu'une partie du logis, méconnaissable, et ses dépendances repercées en partie, à une époque plus récente. Au XIXe siècle, le château a été transformé en un établissement agricole. L'ancien Château d'Affléville n'est pas protégé aux titres des Monuments historiques.

Le château d'Affléville

19) La forteresse de Richardménil, fief de la famille des Armoises de la lignée des Barisey et des Richardménil de 1430 à 1613.

Le château des Armoises est construit au XIVe siècle au sud de l’église Saint-Georges sur la commune de Richardménil, à l'ouest d'un premier habitat noble mentionné au XIIIe siècle.
La maison-forte a probablement été édifiée par Renaud de Nancy. Elle entre dans le patrimoine des sires des Armoises par mariage et héritage en 1430. A la suite d'exactions commises par Collard des Armoises sur leur territoire, la maison-forte est attaquée et incendiée par les Messins en 1443.
Le fils de Simon des Armoises de Fléville a eu deux fils dont l’un est Thierry, seigneur de Richardménil et capitaine de Clermont en 1474, marié à Jeanne de Ville.
L’autre est Colart des Armoises de Fléville marié à Catherine d’Essey.
Thierry a eu un fils du nom de Charles des Armoises de Barisey marié à Yolande de Savigny.
Elle est rapidement réparée et d'importants travaux sont entrepris dans la maison d'après les comptes des années 1545-1549. La famille des Armoises cède le château des Armoises en 1613 à Henri de Ludres, coseigneur de Richardménil, qui le démolit entièrement pour réaménager son château. Des fouilles ont été entreprises sur le site en 1984-1988 par Gérard Giuliato et son équipe. Le texte qui suit a été rédigé par l’archéologue Giuliato :

" La campagne de recherches archéologiques de 1988 a vu l’achèvement des travaux portant sur la plate-forme quadrangulaire de 25 mètres de côté fossoyée située en bordure du cours de la Moselle, à dix kilomètres au sud de Nancy. Ce modeste tertre découvert par prospection aérienne portait une maison-forte édifiée vers 1410. Cette dernière fut attaquée et incendiée par les Messins en 1442. On ignore l’importance des travaux de reconstruction mais un livre de comptes de 1545 – 1549 permet de connaître une importante phase de réaménagement. Vendue en 1613, la maison fut détruite et ses matériaux récupérés. Depuis lors, le site est resté en prairie. L’étude archéologique a permis de confronter les vestiges aux sources écrites trop lacunaires ".

La campagne de fouilles du château de Richardménil.

Nous possédons toutes les références pour nous faire une idée précise de la possession des des Armoises qui semble une solide petite forteresse. Nous sommes à 9 km par la route D913 de Pulligny.
Nous sommes également à même de constater que cette forteresse a été la propriété de des Armoises de 1430 à 1613.

20) Le château de Barisey, possession pour partie de la famille des Armoises de Richardménil depuis le milieu du XVe siècle.

Nous présentons ce château qui est occupé postérieurement à la période qui nous intéresse, mais nous le faisons pour montrer la considération pour le rôle social de la famille des Armoises que l’on peut avoir, contrairement à certains qui dénigrent cette famille, à travers le chevalier Robert des Armoises, pour mieux atteindre son épouse la Pucelle.
Le château de Barisey se trouve sur la commune de Barisey-au-Plain, dans le village, au lieu-dit Le Château.

Le 12 février 1293 existe une tour édifiée par Simonin de Barisey sur une terre relevant de l'évêché de Toul.
Jean de Barisey, fils du précédent, est homme-lige du duc de Lorraine Raoul.
En 1496 le château est habité par André de Barisey et sa femme Béatrix de Thiaucourt. La famille de Barisey s'éteindra entre le XVe siècle et le XVIe siècle. Le château échoira ensuite en partie à la famille des Armoises. En 1545, Claude des Armoises doit rendre hommage à monseigneur de Bassompierre bailli des Vosges, qui est l'autre propriétaire du château, pour ses terres de Barisey et de Richardménil.
Au XVIe siècle le château subit de nombreuses transformations. L'entrée et le pont-levis sont réparés entre 1548 et 1549. Il semble que la famille des Armoises conservera les lieux jusqu'à la Révolution. 
Le vaste château sera vendu entre divers propriétaires qui vont transformer la forteresse qui sera livrée aux démolisseurs. Ce qui subsiste sera transformé en maisons d'habitation et en ferme. De nos jours la ferme est en partie transformée en entrepôts et le château sert toujours d'habitation.
Le château s'inscrivait dans une surface trapézoïdale de 110 mètres de long sur 65 de large. Il en subsiste la porte d'entrée à mâchicoulis, l'emplacement du pont-levis et de sa poterne, des tours d'angle, un pigeonnier et les communs transformés en maison d'habitation.
Seule une visite extérieure des lieux est possible.

Château de barisey

21) Le conflit entre le duc de Bar René et Robert des Armoises.

La situation politique locale est difficile pour le duc de Bar.
Le 2 juillet 1431, le duc René est fait prisonnier par les Bourguignons à la bataille de Bulgnéville ; il est libéré provisoirement en mai 1432, ce qui lui permet de reprendre en main son duché.

La bataille de Bulgnéville

Le 13 février 1433, il prévoit le mariage de sa fille aînée, Yolande, avec Ferry de Vaudémont, fils d’Antoine de Vaudémont ; ce dernier ne lui conteste plus activement le duché.
Mais après l’investiture de René au duché de Lorraine par l’empereur, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, exige son retour en prison.
En février 1435, du fait de la mort de son frère aîné, René d’Anjou devient comte de Provence et l’héritier du royaume de Naples, ce qui en fait un prisonnier précieux, enfermé avec un luxe de précautions dans une tour du château de Dijon. Philippe le Bon obtient que René soit explicitement exclu du traité d’Arras, et réclame pour la libération de celui-ci une rançon exorbitante en y mettant des conditions très difficiles à remplir.
Quand la Pucelle arrive à la Grange-aux Ormes, René est un prisonnier sévèrement gardé, sans espoir de libération immédiate, en dépit des efforts de sa femme et de son conseil. Parmi les principaux acteurs du jeu politique dans les années 1435-1436, il est le plus susceptible d’avoir besoin de l’aide d’une Pucelle inspirée par Dieu. Mais les rapports entre la Pucelle et le duc René ne sont sans doute pas meilleurs que ceux de Robert des Armoises, son mari, avec le même duc !

Rappel des dates qui situent Robert des Armoises dans le contexte évènementiel de l’époque :

Le 4 septembre 1424 c’est la procédure de commise sur la forteresse de Norroy :
C’est avec la dynastie d’Anjou que le terme de « fief de danger » fait son apparition dans les chartes. La chancellerie barroise l’utilise dès 1424 pour justifier la commise prononcée à Norroy-le-Sec. Les fiefs tenus « en fieds et hommaige... des ducs de Bar ...ce que faire ne pooit ne devoit, attendu la nature du fiedz qui est fieds de dongier et la coustume du pays qui est tele que nulz ne peut vendre, aliéner ne transporter aucun fieds hors de sa main sans la licence, gré et consentement de son seigneur de qui le fieds muet et qui fait le contraire, le dit fieds demeure on dongier du seigneur comme a lui acquis ... »
A la veille de la rédaction des coutumes, René II déclarera encore que « les terres... tenues en fief de nous en notre duchie de Bar... sont fiefz de dangier de cette nature... qu’ilz ne peulent estre venduz, aliénez, engaiger ou transportez, sans congié et confirmation de nous et, si autrement se fait, ilz chéent en commise et sont a nous acquis ».
Ce conflit de Norroy-le-Sec revêt une importance certaine car il déclenche la machine administrative de la chancellerie du duché de Bar.

Ainsi, dès ses origines et bien avant que la langue institutionnelle ait atteint ce degré de précision, le droit féodal se signale dans le duché de Bar par son refus d’autoriser le vassal à disposer librement de sa tenure. Inversement, le seigneur qui affirme fièrement pouvoir vendre sa terre « sans prendre congé ni à roi, ni à prince quels qu’ils soient » la tient directement « de Dieu et de l’épée » se trouve entravé. Là où s’est imposé le fief de danger, seul l’alleu est librement cessible. A ce titre aussi sa condition est privilégiée, comme le font ressortir les chartes »
(Cf. Mémoires de la société pour l’histoire du droit et des institutions des anciens pays – Le fief de danger en Lorraine jusqu’à la rédaction des coutumes – J. Coudert – page 159 et suivantes).

La règle est simple, son application pourtant est délicate. Cela ne résulte pas seulement de l’imprécision de la notion de transfert. L’ambiguïté du droit lorrain tient à une raison plus profonde. Il ne lui paraît pas possible, en effet, de déterminer de façon satisfaisante les éléments constitutifs d’une éventuelle faute commise par le vassal qui a cédé sa tenure à un tiers. En l’absence d’un critère objectif, c’est au seigneur à décider librement s’il y a eu manquement grave aux obligations vassaliques. C’est à lui de fixer une sanction adaptée aux circonstances de la cause.

L’usage est, de ce fait, fluctuant. Il varie dans le temps comme dans l’espace. L’historien des institutions est fort embarrassé pour en rendre compte. Il n’est donc pas question pour nous de considérer que le chevalier des Armoises est obligatoirement fautif dans cette affaire sans y regarder à deux fois.

A supposer que le vassal ou son lignage ne soit pas digne de la grâce seigneuriale, le concédant ne peut ignorer non plus le sort de l’acquéreur. Celui-ci n’obtiendra pas toujours la juste indemnité à laquelle il a droit. Le vassal peut être impécunieux. L’acte d’aliénation excluait peut-être la garantie envers le seigneur.
Dans ces différentes hypothèses, la commise frappe un innocent. Cette considération est suffisamment forte pour amener le seigneur à nuancer sa sévérité.
De nombreuses saisies ont été opérées, parfois aux dépens de familles très influentes, comme les Châtelet, dont les membres ont été plusieurs fois maréchaux de Lorraine, ou les Haraucourt qui figurent aux premiers rangs de l’entourage ducal et occupent à plusieurs reprises le siège épiscopal de Verdun.
Les plaintes de la noblesse lorraine, allant jusqu’à la prise d’armes de la famille du Châtelet en 1449, fournissent la preuve de l’application délicate de cette politique. Même si Jean II, le fils de René, doit revenir sur les décisions prises par son père concernant les Châtelet pour ne pas mettre en péril la stabilité de la principauté (Cf. : Girardot A., « État et réformation… », op. cit., p. 55-61).
L’attitude de la chancellerie du Barois dans l’affaire de la forteresse de Norroy est nouvelle en 1424 et nous pouvons considérer que les parties en cause (acquéreur et vendeur) n’étaient pas suffisamment avertis ou renseignés plutôt que mal intentionnés. Nous ne disposons d’aucune preuve de malveillance de la part des contractants. Il est donc difficile de prendre parti, entre le duc de Bar et les contractants.
L’affaire de Norroy, intervenue en 1424, est trop ancienne, et ne porte pas préjudice au duc, qui a récupéré le domaine, pour justifier onze ans après en 1435 des représailles de sa part, sur le domaine de Tichiémont, comme certains historiens l’indiquent.


En 1425 c’est l’affranchissement des fiefs de Fléville – Lixières de la châtellenie de Briey :  
Les des Armoises, indisposés contre René par l'affranchissement fait en 1425, des villages qu'ils possédaient dans la châtellenie de Briey (D. Calmet, Gin. des Armoises), avait vu, dans la prise d'armes du comte Antoine de Vaudémont, le compétiteur de René, une occasion favorable pour donner libre cours à leur ressentiment (...) La félonie de Robert est constatée aussi par une pièce, insérée en des lettres de Jeoffroy d'Aspremont qui promet rendre la forteresse, terre et appartenances (...). Calmet considère donc que la sanction contre Robert sur le fief de Tichiémont est la conséquence du ressentiment de Robert à l’encontre du duc de Bar, qui fait suite à cet affranchissement, qui bien évidemment oblitère les revenus des seigneurs détenteurs des fiefs affranchis.

Nous sommes d’accord avec le moine Dom Calmet sur le fait que les seigneurs, victimes des affranchissements de leurs domaines par le duc de Bar, pouvaient manifester leur mécontentement et même se désolidariser moralement et financièrement d’une tutelle aussi peu protectrice. Nous pensons même tenir une des causes du différend entre le duc et le chevalier sur ce problème de la conservation des fiefs par les titulaires. Mais le conflit n’éclatera ouvertement qu’en 1435, c’est-à-dire dix ans plus tard.

Le 30 janvier 1431 des lettres patentes garantissaient aux chevaliers Lorrains le droit d’être jugés par leurs pairs :
René au commencement de 1431, venait de rendre hommage pour le duché de Bar à Henri d'Angleterre, roi de France, et de conclure avec lui une alliance imposée par la force.
Yolande d'Aragon (1380-1442) a sans doute été très mécontente d’apprendre l’hommage rendu par son fils à Henri d’Angleterre ; celle qui est la tête pensante et le soutien indéfectible du roi Charles VII, celle qui est la grande Dame du royaume, a été politiquement trahie par son propre fils.

La reine Yolande.

Quand la mort de Charles II l'appela en Lorraine, le duc prêta sur les Évangiles le serment que le duc défunt, son beau-père, lui avait imposé par son testament, donna ses lettres patentes qui furent également signées par sa femme, et où il n'est parlé que de la confirmation des droits et privilèges de la chevalerie.
Sans expérience des affaires, René pria l'évoque de Toul de l'aider de ses conseils, puis il parcourut ses Etats, reçut les présents des villes, les hommages de ses vassaux, et, dans le but intéressé, personnel et nullement libéral, de mettre le sceau à sa souveraineté peu solide encore, confirma solennellement les droits et privilèges dont l'ancienne chevalerie de Lorraine jouissait de temps immémorial.
Cette démarche fut d'autant plus agréable aux intéressés que le duc Charles leur avait donné quelque atteinte. On constata ces prérogatives, en ces termes :
" Dans toutes leurs contestations, les chevaliers sont jugés par leurs pairs et sans appel ; lorsque le prince ou ses ministres ont quelque chose à demander à la chevalerie ou à ses vassaux, elle juge elle-même de ces demandes, suivant les us et coutumes; s'il survient quelque difficulté où le duc soit lui-même impliqué, il ne peut refuser de subir le jugement des pairs ; enfin les appels des jugements dans l'étendue du duché sont portés devant la chevalerie, sans qu'aucun autre juge ait droit d'en prendre connaissance ".
C'était la restauration de l'ancienne autorité des Assises
(Cf. : Histoire démocratique et anecdotique des pays de Lorraine, de Bar, et des trois évêchés depuis les temps les plus reculés jusqu’à la Révolution – J. – B. Ravold – 1889 – 1890).
En France, au Moyen Âge, les assises sont des assemblées principalement judiciaires, tenues régulièrement par le roi, un haut seigneur ou un agent représentant leur autorité. Les assises les plus importantes étaient celles des baillis.
Ils n'oubliaient pas cependant qu'il y avait un prétendant et, pour se garder de ses entreprises, ils attachèrent solidement à leur fortune le corps tout puissant de la noblesse.
Le 30 janvier 1431, ils remirent aux gentilshommes une « Déclaration » signée de leurs deux noms, mettant à néant les innovations de Charles II qui portaient atteinte à leurs privilèges et rétablissant la chevalerie dans tous ses droits traditionnels, notamment en ce qui concernait la juridiction des Assises. Ce fut un acte peut être habile, mais qui faisait reculer de plus de cent ans le pouvoir central. L’aristocratie lorraine détient désormais le pouvoir de juger les litiges entre le duc et les membres de la chevalerie.
Le prétendant était ce même Antoine de Vaudémont, le neveu et plus proche héritier de Charles II qui avait déjà revendiqué ses droits du vivant de son oncle. Il protesta de nouveau contre la délibération de la noblesse qui s'était prononcée pour les principes de l'hérédité féminine et prit le titre de duc de Lorraine.
Ces lettres patentes du 30 janvier 1431 ne nous semblent pas avoir été mises en pratique dans les affaires qui opposent le chevalier des Armoises et le duc de Bar. Il s’agissait sans doute de lettres patentes de convenance pour répondre à un besoin politique ponctuel plutôt que de lettres destinées à une application systématique.

Le traité d’Arras est signé en 1435 :
Le traité d'Arras fut signé en 1435 entre le roi de France, Charles VII, et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon ; il mit fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
En 1435, le roi de France Charles VII cherche à asseoir son autorité en France. Après les victoires obtenues par Jeanne d'Arc, le temps est venu de reconquérir les territoires perdus sur les Anglais.
Néanmoins, Charles VII sait qu'il ne peut rien tant que la guerre civile avec les Bourguignons ne sera pas terminée. Il entame donc des négociations avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon.
Celui-ci n'attend plus rien des Anglais et souhaite se consacrer au développement de ses provinces. La paix avec la France est pour lui une nécessité.
Il accepte donc de traiter avec Charles VII, ce qui ouvre la voie à la conférence d'Arras.
À Nevers, le 16 janvier 1435, premiers espoirs pour parvenir à un accord : le chancelier de France, le nouveau connétable Arthur de Richemont, les principaux barons Bourbon et Orléans rencontrent le duc Philippe en personne.
La mort de Bedford, en juin 1435, dans sa résidence à Rouen, hâte le cours des discussions.
Le rapprochement des Français avec l'empereur Sigismond d'Allemagne, la colère des tisserands des Flandres qui ne voient plus arriver la laine anglaise qui transitait naguère par le port de Calais inquiètent le duc Philippe qui se décide à lâcher le roi d'Angleterre Henri VI et se rappelle qu'il est aussi le premier pair de France.
Le traité d'Arras est signé le 21 septembre 1435 et confirmé le 11 décembre 1435.
Le congrès d'Arras représente un événement d'une importance mondiale. La négociation faillit être interrompue à cause de l'intransigeance des Anglais, qui finirent par quitter la conférence avant la signature du traité de paix : ils voulaient que le roi de France se déclarât vassal du roi d'Angleterre. C'était le point d'achoppement traditionnel qui revenait sur le tapis des négociateurs.
Après le départ des Anglais, le roi de France et le duc de Bourgogne arrivèrent à une transaction, mais la portée du traité fut diminuée du fait que la paix qu'ils établissaient n'étaient pas une paix "européenne", mais un accord franco-français, la France et la Bourgogne.
Une protestation et une déclaration du 21 septembre 1435 a été faite par le Duc de Bourgogne en présence des Ambassadeurs de France, à savoir qu'il n'entendait avoir compris dans le Traité d'Arras, René, duc d'Anjou et de Bar, son prisonnier. Le chevalier des Armoises reste donc dépendant du duc de Bar, sans possibilité de recours à une instance administrative ou politique supérieure.

Le 8 septembre 1435 les sanctions contre Robert sur son fief de Tichémont sont édictées :
En 1435 les Etats Généraux du Barrois s’emparent du problème du règlement de la rançon exigée par le duc de Bourgogne et c’est justement la période où une sanction tombe à l’encontre du chevalier sur son fief de Tichémont.
Il est sans doute évident que le chevalier des Armoises ne doit pas payer sa « cotisation » avec entrain, pour concourir au remboursement de la rançon.
C’est pour cela, sans doute, que le duc de Bar procède à la saisie des revenus de son fief de Tichémont. Le duc opère en quelque sorte un prélèvement obligatoire à l’encontre d’un vassal réticent.
Entre l’affaire de Norroy en 1424 et l’affranchissement des fiefs familiaux de Fléville-Lixières en 1425, et la sanction contre le chevalier des Armoises et son fief de Tichémont en 1435, nous avons de longues périodes de onze et dix ans. On peut noter que les sanctions du duc de Bar sont dans ce cas plutôt tardives. Nous pensons qu’il n’y a pas de cause à effet direct entre Norroy puis l’affranchissement et la sanction sur le fief de Tichémont. Le duc de Bar pouvait intervenir sur les nombreux fiefs dont le chevalier est titulaire dès l’années 1424 après l’affaire de Norroy ou dès l’année 1425 après les affranchissements sans qu’il soit nécessaire pour lui d’attendre une décennie pour agir.

Comment expliquer la sanction de Tichémont ? Il s’agit d’un manquement simple, lorsque le vassal est coupable de négligence ou de retard dans l'accomplissement de ses obligations, jusqu'à, ce qu'il se mette en règle envers son seigneur. La sanction est alors levée.
Un des cas de l’aide féodale due à un seigneur par ses vassaux est le paiement d’une rançon (voir le cas n°7 dans la nomenclature des motifs de commise ci-dessous).  La levée de la première aide, du premier impôt touchant l’ensemble du territoire ducal date de 1435. Deux ans plus tard, en 1437, la seconde réunion des États généraux a lieu pour décider du paiement de la rançon de René Cette levée de la première aide correspond aux sanctions contre Robert sur les revenus de Tichémont.
Dans cette procédure judiciaire, s’il y a, ou en regard de la décision du duc, la sanction n’est pas levée avant le décès du chevalier, ce qui signifie que ce dernier ne s’est pas exécuté. Cependant la non-exécution par le chevalier de ses obligations vassaliques n’a pas débouché sur la commise, la saisie réelle du domaine, comme cela était prévisible. 
Nous pensons qu’il y a une relation de cause à effet entre la levée de la première aide et la sanction.  

Disons quelques mots des principaux motifs qui donnaient le plus généralement ouverture à la commise ou saisie réelle du fief.

 Le vassal pouvait perdre son fief dans les cas suivants :

1- par faute d'hommage, un an après l'acquisition du fief par succession ou autrement.
2- Par le désaveu, c'est-à-dire lorsque le vassal niait faussement et frauduleusement qu'il tînt le fond de son seigneur et désavouait ainsi la foi et l'hommage qu'il lui avait prêtés.
3- Par défaut de services, c'est-à-dire quand il refusait de suivre son seigneur à la guerre, d'y envoyer le nombre d'hommes que son fief devait, ou d'accomplir autre service auquel sa tenure féodale l'obligeait spécialement.
4- Lorsqu'il diminuait, abrégeait, démembrait le fief, de quelque manière que ce fût, soit en le vendant par parties ou comme un bien libre et franc, soit en affranchissant les serfs attachés à la glèbe, etc...
5- Lorsqu'il mettait la main sur son seigneur, et à plus forte raison lorsqu'il attentait à la vie de son seigneur, ou à son honneur, ou à l'honneur de sa femme, de ses enfants.
6- S'il manquait à l'absolue fidélité qu'il lui devait, soit en souffrant qu'on lui fît tort, soit en refusant de témoigner pour lui, soit en contractant alliance avec ses ennemis, soit en négligeant de le défendre même au péril de ses jours.
7- De plus, si le fief était saisi et vendu judiciairement soit pour rançon du seigneur, soit pour les dettes du vassal.
8- Enfin le vassal pouvait perdre son fief par sa propre volonté, en renonçant à sa foi et en dénonçant son abandon à son seigneur.
Dans tous ces cas il y avait lieu à commise du fief, le vassal commettait son fief, c'est-à-dire que le seigneur avait droit de le reprendre, de le faire confisquer, pour le réunir à son domaine ou pour le donner à d'autres .
(Cf. Esquisse du droit féodal par Pierre Odier, professeur de droit français et étranger (1855 – 1869), volume 8 (1862), pp. 400 – 453).

Robert des Armoises se désolidarise de René d’Anjou et ne se laissera pas convaincre, comme d’autres, par ce dernier pour reprendre les armes en sa faveur. C’est ce qui va se réaliser au moment d’apporter son soutien lors du conflit qui débute en 1438 entre Antoine de Vaudémont et René d’Anjou. Le chevalier qui se réfugie dans un monastère à Metz en 1439 se rend indisponible pour le duc René. Là nous somme dans le cas n°3 de notre liste de motifs de commise ci-dessus.
Et pourtant Robert des Armoises reste titulaire et propriétaire de son fief de Tichémont ! Nous ne connaissons pas la raison qui empêche le duc de procéder à la commise sur Tichémont, mais il est vraisemblable de penser que le duc devait éviter de malmener l’époux de la Pucelle de France pour des raisons que nous qualifierons de diplomatiques avec Charles VII.

Le duc René réside de manière épisodique dans le duché : il se partage entre le Barrois et la Lorraine de 1432 à avril 1435, avant de se constituer une nouvelle fois prisonnier ; il avait promis de se rendre prisonnier du duc de Bourgogne au 1er mai 1435. Cela nous permet de considérer que le duc a donné lui-même les ordres pour lancer la procédure de saisie des revenus du domaine de Tichémont.
Il y effectue un passage éphémère en 1437, juste après sa libération définitive ; il y demeure également quelques mois, du 11 octobre 1444 à la mi-mars 1445 ; il ne met plus les pieds en Lorraine par la suite.
Louis le fils aîné du duc exerce la fonction de gouverneur des deux duchés de Bar et de Lorraine de 1438 à 1441, secondé ensuite par Isabelle de Lorraine, de retour dans sa terre natale. Lorsque René d’Anjou quitte définitivement Nancy en 1445, son second fils Jean de Calabre devient à son tour gouverneur des deux duchés. 

En 1435 une énorme rançon est demandée au duc de Bar par le duc de Bourgogne :
Sous René d'Anjou, les États lorrains vivent au rythme de la guerre, en marge du conflit franco-anglais de la guerre de Cent Ans, puis au cœur de l'affrontement entre le roi de France et le duc de Bourgogne.
Les années 1429-1431 apparaissent cruciales : René d'Anjou entre dans la vie active, joue gros et perd. Pour Girardot, « il ne s'en remettra jamais ». En 1429, René se rallie in extremis à Charles VII ; en 1430-1431, il hérite du Barrois et de la Lorraine ; ses États deviennent le centre d'une offensive française au cours de laquelle les Lorrains menacent Dijon. Les Bourguignons contre-attaquent en manœuvrant le comte de Vaudémont pour une alliance de revers contre le camp de Charles VII : René est vaincu à Bulgnéville en 1431.
Parmi ces trente garants de René figurent les noms de Salm, Sierck, Linanges, du Châtelet, Ligniville, Lenoncourt, Haussonville, Haraucourt, Ludres, Colart des Armoises, Conflans, Savigny, etc. La famille de ce Colart des Armoises ne sera pas récompensée.
En 1437 René met à profit les quelques semaines qu’il passe dans la région pour réunir à Pont-à-Mousson les États généraux des duchés de Lorraine et de Bar, qui votent la levée d’une aide exceptionnelle dans les deux duchés pour payer la rançon consécutive à la capture de René à Bulgnéville.
Pendant sa captivité, la guerre s'enlise et ses États plongent dans le chaos. Après 1437, René devenu roi mais ruiné, doit mener deux guerres de front, en Lorraine et dans son nouvel héritage, à Naples. Charles VII vient deux fois lutter contre les routiers et les seigneurs hors de contrôle.
Malgré ces tentatives de rétablir la situation financière et militaire, la Lorraine reste instable jusqu'à la banqueroute de 1446.
Après 1453, la Lorraine est concédée aux enfants de René et le Barrois n'est plus guère fréquenté. Jean II multiplie les expéditions extérieures, pendant que dans le pays, l'influence bourguignonne progresse dans les élites. En 1473-1483, la Lorraine échappe de justesse à une annexion bourguignonne, dans une guerre qui est en partie une guerre civile entre Lorrains, du parti angevin et du parti bourguignon. Dans le même temps, le Barrois subit une mainmise royale. Mais René II parvient à saisir cet héritage : c'est lui qui accomplit l'ambition angevine de constituer un véritable État de Lorraine et Barrois.
L'administration financière du Barrois resta distincte du duché de Lorraine, malgré la réunion des deux pays. Son siège était à Bar-le-Duc, où existait de temps immémorial une chambre de comptes qui subsista jusqu'en 1789.
Sous René d'Anjou, les finances angevines sont donc éprouvées par une conjoncture politique et économique dramatique.
Vaincu et prisonnier en 1431, René est chargé d'une énorme rançon, fixée en janvier 1437 à 400.000 écus, dont la moitié à payer après la conquête du royaume de Naples. Les deux premiers termes de 100.000 écus, à payer en mai 1437 et en mai 1438, représentent 550.000 francs barrois.
Or les revenus du domaine des duchés, salines comprises, atteignaient environ 70.000 francs annuels avant-guerre. La rançon équivaut ainsi à huit ans de revenus domaniaux du pays. A la rançon s'ajoutent les dépenses militaires ultérieures et le poids des coutumes lorraines. Le duc se doit de dédommager ses vassaux pour leurs pertes militaires. Après Bulgnéville, René paye donc les chevaux perdus et les rançons et indemnise les familles des morts. Les dépenses militaires engloutissent aussi une part énorme des ressources du pays. La dépense ordinaire et extraordinaire du roi et de la reine est fixée en 1448 à un total de 2.680 florins (1250 florins chacun et 680 d'extraordinaire). Les 17 capitaines français engagés en 1439 contre le comte de Vaudémont réclament autant : 2.000 vieux florins par mois, soit 2.666 livres tournois, près de 32.000 livres tournois par an. Or le domaine et les aides rapportent ensemble 17.543 livres tournois, bien moins que ces besoins militaires ( la livre tournois vaut 31,49 euros d’aujourd’hui ).

Si les dépenses augmentent, les revenus baissent. La catastrophe financière et militaire se produit dans les années 1430, au fort de la crise économique et démographique. Guerre, occupation bourguignonne et insécurité renforcent la crise, pour aboutir au déclin : les feux de Nancy atteignent leur minimum en 1438-1441. Un élément important de la politique ducale lorraine consiste à engager des terres aux grands seigneurs lorrains et aux patriciens messins : ce que l'on nomme des gagières, souvent dotées d'une clause de rachat pour dix fois leur valeur annuelle. Cette pratique fait, comme on peut s’en douter, un certain nombre de mécontents. Les alliés de René, grands seigneurs et membres du conseil, reçoivent des prévôtés entières. De plus, des places (Clermont, Neufchâteau, Prény et Longwy) sont livrées aux Bourguignons ou leurs alliés régionaux, ce qui empêche toute indépendance et ampute encore les recettes.
Il est difficile pour le duc de Bar et de Lorraine de conserver des chevaliers fidèles avec une politique foncière qui s’apparente à une politique fiscale lourde sinon confiscatoire, ou à une politique de privation de revenus par les affranchissements. Tous les seigneurs lorrains n’acceptent pas cette politique et le chevalier des Armoises est de ceux-là.

Affectation du foncier dans le duché de Bar

En 1437 René d’Anjou est libéré par le duc de Bourgogne :
En 1438, en qualifiant l’écorcherie de « pestilence », Monstrelet illustre bien ce qu’elle représente aux yeux des populations : se répandant partout comme la peste, elle est synonyme de carnage et sème la misère. De fait, de nombreuses régions sont touchées durant cet hiver 1438–1439.
Le premier groupe d’Écorcheurs naît avec la reprise en 1438 de la guerre entre Antoine de Vaudémont et René d’Anjou, duc de Lorraine, alors en Italie et soutenu par Charles VII.
De nombreuses compagnies en quête d’employeurs y voient l’occasion de s’engager dans l’un ou l’autre camp : les principaux capitaines servant le comte de Vaudémont sont Forte-Épice, Antoine de Chabannes, Robert de Flocques, Blanchefort ; le maréchal de Lorraine emploie, quant à lui, La Hire, Poton de Xaintrailles, le grand et le petit Estrac, Wanchelin de La Tour et le bâtard de Vertus.
Parmi ceux-ci, certains, comme La Hire, sont envoyés par Charles VII pour soutenir le roi René. Plusieurs milliers d’hommes d’armes sont donc recrutés pour ce conflit qui ressemble davantage à une démonstration de forces armées qui ravagent le plat pays, prennent et perdent des places. Ainsi Mirecourt est-elle prise par Forte-Épice le 28 octobre pour le comte de Vaudémont puis reprise en décembre par La Hire en échange de 5 000 saluts d’or, qui servent aussi à faire changer de camp le capitaine tenant alors la place, Robert de Flocques.
De même, Robert de Sarrebrück est sous les ordres du comte de Vaudémont en septembre 1438, puis entre au Grand conseil du roi René au mois de novembre suivant. Ainsi, un grand nombre de capitaines d’Antoine de Vaudémont, comme Antoine de Chabannes et Blanchefort, lui font défection et se rallient à son adversaire. Durant cette guerre, une grande partie des ressources financières est donc consacrée à l’achat de ces capitaines.

Mais cette politique a son revers : les effectifs deviennent trop importants pour pouvoir occuper tous ces hommes dans ce conflit et, par conséquent, le danger est grand de les voir vivre sur les terres de leur employeur. Un accord est donc conclu entre Isabelle d’Anjou et les capitaines d’Écorcheurs, dont La Hire, Antoine de Chabannes et Robert de Flocques, pour acheter le départ de ces encombrants soldats, « auquel département ils eurent très grand finance des dictes duchées de Bar et de Lohoraine, et avec ce emmenèrent ostaiges avec eulx pour estre payés du surplus ». Indésirables dans le royaume de France, d’où Charles VII a chargé La Hire de les éloigner, indésirables dans le duché de Lorraine, ils se dirigent vers l’Alsace, La Hire jurant, d’après une tradition messine, qu’il fera boire l’eau du Rhin à son cheval : ils sont dans les environs de Strasbourg fin février. En mars, les Écorcheurs poursuivent vers Bâle, où la présence de prélats au concile visant à déposer Eugène IV peut leur laisser espérer de substantiels gains. Les Allemands tentent de s’organiser militairement pour les repousser, mais le moyen le plus efficace pour se débarrasser de ces indésirables reste l’achat de leur départ : d’après Jean de Stavelot, les clercs de Bâle leur versent 16 000 florins.
Le chevalier des Armoises ne participe pas à ce conflit dans un camp ou dans l’autre. Le chevalier n’est pas un capitaine qui accepte de se vendre à son souverain, en acceptant des affronts, car il n’a pas accepté la politique fiscale foncière du duc, appliquée à son endroit (revenus de Tichémont) ou contre les membres de sa famille (affranchissement de Fléville-Lixières).

Itinéraires des principaux capitaines d'écorcheurs. (Crédit : Christophe Furon )

La Pucelle séjourne au château de Tiffauges chez le maréchal de Rais de janvier 1437 au printemps de la même année :
Jeanne reste avec Gilles de Rais jusqu’au printemps de 1437. On note que les évènements du duché de Bar et de Lorraine ne semble pas concerner plus l’épouse du chevalier des Armoises que le chevalier lui-même. Elle préfère se mettre au service du roi de France plutôt qu’au service du duc de Bar et de Lorraine.
La Pucelle prend la décision de repartir pour une nouvelle campagne, avec une troupe importante de mercenaires recrutés et payés par Gilles de Rais soit, mais sous le commandement de l’un de ses vassaux, Jean de Siquenville.
A la tête de son armée, Jeanne se dirige directement vers La Rochelle. Elle y installe le siège mais elle comprend très vite que ses troupes seront insuffisantes et ses moyens financiers trop maigres pour soutenir un long siège. Elle écrit donc au roi d’Espagne qu’il lui envoie en renfort des navires pour l’aider à faire capituler la cité maritime.
Dans le livre intitulé Historia de la Ponzella d’Orléans, édité en 1562 à Burgos, on peut lire : « Avec le concours de la flotte espagnole, la Pucelle prit La Rochelle et obtient plusieurs autres victoires par la suite où la flotte de Castille gagna beaucoup d’honneur ».
C’est Charles VII en personne qui adresse deux ambassadeurs en Espagne afin de porter cette précieuse missive par Jeanne au Roi Henri IV de Castille, et se porter garant de cette réalité. L’un de ces messagers n’est autre que Jean d’Armagnac, oncle de Charles d’Orléans, et qui connaissait très bien Jeanne, n’ignorant rien de ses origines royales (Cf. : Jeanne d’Arc – Légende et Vérité – Collection Histoire – Editions Cheminements – Manuel Gomez – Mai 2000).
« Celui-ci fit aussitôt armer 25 nefs et 15 caravelles bien fournies d’armes et des meilleurs marins que l’on pouvait avoir. » ainsi le rapporte l’historien Jacques Heers, dans Gilles de Rais. Ensuite c’est la prise de Blaye et la libération de la Ville de Bordeaux…
En 1438 Jeanne séjourne de nouveau auprès du Maréchal de Rais au château de Machecoul. Puis en juin 1439 nous retrouvons la Dame des Armoises, capitaine de gens d’armes, en compagnie de Gilles de Rais, qui guerroie dans le Poitou, où elle est grièvement blessée, au point tel qu’on la croit morte (Cf. : Archives Nationales et Histoire de Charles VII par Vallet de Viriville).      
Le 4 septembre 1440 Jeanne quitte Orléans pour rentrer dans ses foyers, en l’occurrence Jaulny car Tichémont est occupé et administré par un tiers.    

Robert intègre le monastère des Célestins de Metz à la fin de l’année 1439 :
Les rapports entre René d’Anjou et Robert se sont sans doute détériorés à tel point que le chevalier s’est mis sous la protection des moines Célestins dans la ville de Metz. Cette dernière  offre un refuge au chevalier. Personne n’oublie que le 3 août 1429, à Provins, René d'Anjou a signé un acte d'alliance avec celui qui était roi de France, et entre au conseil royal. Le roi et le duc peuvent être suspectés d’être de connivences et la prudence de Robert et de sa femme est de mise. Le couple des Armoises se méfie du duc René et de toutes ses entreprises…

On remarque que le couple se déplace entre le Luxembourg et Metz, alors territoires étrangers par rapport au royaume de France et plutôt bourguignon. Cela peut paraitre étonnant mais Alain Atten nous précise dans son bulletin trimestriel de 1978 – N° 3-4 de l’Institut Archéologique du Luxembourg que « si Elisabeth de Luxembourg accueille sans délai une étrangère se disant ex-captive bourguignonne, ce n’est guère sans l’avis de Philippe le Bon, qui ne trouverait point de gardien plus zélé que Virnembourg et son fils.
Quant au rang que le Bourguignon accorde à la Pucelle de France, l’armorial d’Olivier de la Marche en suggère plus long que Monstrelet n’en a tu .
En fait Elisabeth était par son second mariage avec Jean de Bavière, frère d’Isabeau, reine de France par son mariage avec Charles VI, la tante de Jeanne dès 1419 !

Un monastère est, à l’époque, un lieu quasiment impénétrable, qui offre une sécurité maximum à celui qui peut s’y réfugier.
Metz, est une ville libérale dont la République fort jalouse est très indépendante. Le maître-échevin annuel, sans grands pouvoirs, reste cependant assis et la tête couverte pour parler au souverain, même et surtout à l’empereur qui n’obtient l’hommage des Messins que s’il vient le chercher lui-même. L’aristocratie est la maîtresse en fait de la cité et nous voyons les principaux de ses membres fréquenter la Pucelle devenue la dame des Armoises.
L’aristocratie des paraiges (la classe héréditaire qui avait au sein de la ville le monopole des fonctions publiques dirigeantes et formait l’oligarchie urbaine de la ville) donne volontiers asile à tous les proscrits. Rabelais viendra se réfugier dans la ville.  Le chevalier n’est sans doute pas un proscrit mais il se considère comme un réfugié en attendant la fin des troubles politiques et la disparition des groupes armés.

Le couvent des Célestins de Metz était foyer de spiritualité et d’études. L’ordre, fondé à l’origine sur un idéal érémitique et ascétique, était devenu avec ses fondations françaises exigeant sur le plan intellectuel : la plus ancienne constitution de l’ordre, qui date vraisemblablement de 1340, imposait que soient enseignées la grammaire, la dialectique, la philosophie, la musique et la théologie ainsi que le droit canon, toutes sciences licites. Les novices et les profès récemment reçus devaient être instruits dans ces disciplines par un maître capable.
Le monastère des Célestins de Paris est érigé en 1352, et s'installe dans l'ancien couvent des Carmes. En 1365, Charles V pose la première pierre de l'église qui est consacrée en 1370 par l'archevêque de Sens, Guillaume II de Melun. Le couvent des Célestins est étroitement lié à la famille royale. Philippe de Mézières, conseiller de Charles V de France, s'y retire à la mort du roi et y est enterré en 1405. Les Célestins font figure de nécropole royale et princière. Ils abritent les entrailles de la reine Jeanne de Bourbon, le prince Louis d'Orléans y est inhumé en 1407 après son assassinat. Cette faveur royale fut comme le signe de l'essor de l'ordre en France. Le chevalier des Armoises considéré aujourd’hui comme un baroudeur se réfugie dans un lieu qui respire l’intelligence et la culture à l’époque. Cela est révélateur de sa personnalité. Mari de Jeanne, princesse d’Orléans, il est bien naturel, aussi, qu’il puisse trouver aide et assistance auprès des Célestins, qui soutiennent la Maison royale à laquelle sa femme appartient.
Le duc René a voulu enrôler tous les seigneurs valides pour le soutenir contre Antoine de Vaudémont, et Robert mécontent de la politique menée par le duc, s’est abstenu de reprendre du service armé pour son compte. Il est donc obligé de se protéger pour éviter de mettre sa vie en danger.

Robert des Armoises quitte le monastère des Célestins de Metz en 1443 :
Un évènement important pour le chevalier des Armoises provoque sa sortie du monastère de Metz. Le 8 juillet 1443, les magistrats de Metz envoyèrent le chevalier Jean Baudoche et Geoffroy de Varize avec trois cents chevaux et environ seize cents hommes à pied, attaquer le château de Fléville. Ils coupèrent les blés des villages de Fléville, de Léchicourt, et d’Aizerailles, et tentèrent inutilement de se rendre maîtres de cette forteresse (Cf. : Histoire générale de Metz par des religieux Bénédictins – volume 2 – 1775).
On remarque que Fléville fait partie des fiefs affranchis de la famille des Armoises. Ces domaines font l’objet de pillage par les Messins. Le chevalier Robert, réfugié dans son couvent à Metz, doit craindre de nouveau pour sa sécurité du fait de l’animosité des Messins à l’encontre de la famille des Armoises.    
De plus l’armée royale commandée par Jean de Dunois (Le Bâtard d’Orléans) et le jeune dauphin Louis (futur Louis XI) contraint définitivement les Anglais à quitter le secteur de Dieppe en août 1443. Ce fait montre que le roi Charles VII récupère les parcelles du royaume qui ne sont pas sous son autorité et Metz, qui représente une entité libre, peut craindre pour son indépendance. 
Le siège de Metz en 1444 oppose le duc de Bar et de Lorraine René d'Anjou, et son allié le roi de France Charles VII, à la ville libre de Metz ou République messine.  
Les prémisses de la guerre entre Charles VII et les Messins n’offrent plus de perspectives au chevalier, qui ne doit plus se sentir maintenant suffisamment protégé dans la République libre de Metz. Le chevalier des Armoises est marié à la Pucelle, princesse royale française, et il doit éviter de servir de monnaie d’échange entre les Messins et le roi Charles, ou de se retrouver simplement prisonnier. 

 

Conclusion :

Notre lecteur s’est bien rendu compte que notre étude sur le chevalier des Armoises, qui explique les procédures judiciaires et la politique foncière du duché de Bar, nous amène à des conclusions quelque peu différentes de celles couramment admises sur le personnage. 
L’histoire de la dame des Armoises nous est connue à travers deux sources principales. Le premier document est la Chronique dite du doyen de Saint-Thiébaut de Metz. L’autre source fondamentale est constituée par les comptes municipaux d’Orléans, qui témoignent d’un échange de correspondance et de hérauts entre Orléans, Chinon et Arlon durant l’été 1436.
Ces comptes prouvent la venue de la dame des Armoises à Orléans en 1439. Les comptes orléanais sont essentiels, car ils attestent l’historicité du personnage et démontrent que le récit de l’ecclésiastique est historique.
Les relations amicales, familiales et diplomatiques de la dame des Armoises attestent qu’il ne peut s’agir d’un imposteur. Mais là n’est pas notre sujet.
La présence du chevalier des Armoises est également bien référencée sur le plan généalogique et son mariage avec la Pucelle est confirmé par un contrat d’hypothèque sur des revenus fonciers.

Ces fiefs et domaines, dont le chevalier est titulaire ou propriétaire, qui sont recensés dans cette étude montrent un patrimoine très important, qui devait produire des revenus substantiels. Le fait pour le chevalier de dégager de la trésorerie pour servir les besoins militaires de sa femme ne prouve aucunement qu’il était désargenté, comme on veut nous le faire admettre. Il est également possible que les fonds mis à la disposition de la Pucelle soient beaucoup plus importants que ceux découverts après l’opération de Haraucourt.

Notre chevalier est un personnage, issue de la haute noblesse, qui n’est pas un fou de guerre mais plutôt un chevalier raffiné car il s’attache la fréquentation et la protection des moines Célestins. Robert des Armoises avait donc, par cette proximité, un intérêt pour le travail intellectuel et les Célestins de Metz semblent avoir été parfaitement capable de lui donner l’instruction nécessaire pour vivre ou entretenir une spiritualité éclairée. Robert des Armoises savait que les Célestins occupaient une place importante dans le paysage religieux et politique de l’époque, ce qui devait lui convenir, et ce qu’il recherchait peut-être, compte tenu de sa représentation dans la société. Le chevalier était donc très pieux comme sa femme la Pucelle. 
La vente de son fief de Norroy a généré une réaction administrative de la chancellerie du duché de Bar, sans aucune sanction directe à son encontre. Il n’y a donc pas lieu de mettre en avant sa culpabilité dans cette affaire, dans la mesure où aucune sanction administrative ou ducale n’est matérialisée par les historiens. Un règlement intervient sans doute entre vendeur et acquéreur, à la suite de la commise, mais cela ne montre pas une faute des vassaux du duc de Bar.
La saisie des revenus de son domaine de Tichémont en 1435 est la conséquence de son refus de payer sa part de la rançon pour la libération de son suzerain et de prendre les armes pour le soutenir dans sa lutte contre Vaudémont.
Sur le plan politique le chevalier ne soutient sans doute pas la politique et la diplomatie du duc René, qui se solde par des déboires militaires (la défaite de Bulgnéville en 1431, puis les deux échecs successifs à Naples, en 1442 puis en 1464). Les fondements de sa diplomatie sont rejetés car sa politique d’alliances est moins consentie que contrainte, puisque René a besoin de Charles VII pour chasser les Anglais de ses territoires.

Le chevalier a préféré se réfugier dans l’étude et la prière chez les Célestins plutôt que de risquer sa vie en défendant ses convictions sociales ou politiques et son patrimoine.

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