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Jeanne ou St Maurice ?Les secrets de Jeanne - Questionnements & hypothèses

De la naissance de Jeanne

On a célèbré en l'année 2012 l'anniversaire de la naissance de Jeanne, et chacun, de gauche à droite y est allé de son petit couplet sur cette 600ème célèbration de la "libératrice" de la France…

Et tous les « historiens », et les autres... sont d’accord pour revendiquer le 6 janvier 1412 pour date de naissance officielle de la Pucelle.

De nombreux lecteurs néanmoins s’interrogent, et nous interpellent quant à cette date…Sur quoi l'Histoire se fonde-t-elle pour confirmer ce jour?
Nous allons donc vous soumettre une courte étude sur le sujet.

C’est le moine bénédictin Bernard Pez (1683-1735) qui le premier, en faisant des recherches dans la bibliothèque de l’abbaye de Melk en Autriche, découvre la copie d’une lettre (qui aurait été) écrite le 21 juin 1429 par Perceval de Boulainvilliers, relatant avec force détails la naissance de la Pucelle.

Lire la lettre de Perceval de Boulainvilliers

Près d’un siècle après, un autre chercheur du nom de Voigt découvre le même courrier, en allemand cette fois, dans les archives secrètes de l’Ordre Teutonique à Königsberg… toutefois sans rapporter le nom de l’auteur ! Notons en passant que cette fois, la lettre est datée de 1439...

Ce simple document va aussitôt faire foi pour fixer la date de naissance de Jeanne !

Ce qui appelle plusieurs commentaires :

- La lettre est adressée à Jean Ange Marie, Duc de Milan. Or ce Jean Ange Marie Visconti, s’il est né en 1388 à Abbiategrasso en Lombardie, est mort à Milan le 16 Mai 1412… Donc il faut admettre que, soit Perceval de Boulainvilliers écrit à un mort puisqu’il écrit en 1429, soit il se trompe de personne en écrivant puisque le Duc de Milan contemporain de la lettre se prénomme Philippe … Dans les deux cas, cela fait un peu désordre pour un témoignage tellement « fiable » !

- La description faite désigne uniquement le jour et le mois de la naissance, en omettant… l’année ! Là encore, un peu léger...

- L’auteur du courrier précise en fin de son texte rédigé rappelons-le en date du 21 juin 1429 :
« Tandis que j’écris, ladite Pucelle, assure-t-on, est déjà arrivée à Reims, en Champagne où, avec l’aide de Dieu, le Roi sera promptement sacré et couronné »…

Or la ville de Reims n’opère sa reddition que le 15 Juillet, soit près d’un mois après…

- De plus, le document n’a été « retrouvé » qu’après 1700. Il est donc pour le moins curieux que les « historiens officiels » qualifient la Chronique du Doyen de Saint Thiebault de Metz, retrouvée elle en 1686, de « source tardive », (alors qu'il est patent qu'elle est bien contemporaine de Jeanne des Armoises), quand dans le même temps ils prennent pour pain béni cette lettre de Perceval de Boulainvilliers retrouvée quant à elle bien plus tard et surtout sortie de tout contexte permettant de la dater réellement!


Pour nous, il est évident que ce document (ou plutôt ces documents, il en existe plusieurs versions en plusieurs langues) ne participe qu’à l’élaboration du "Nouvel évangile"que nous relatons dans un autre article. (Cliquer ici)
Ce type de récit se situe entre une possible réalité sur certains points (arrivée à Domremy de nuit) et une broderie "romantique" d’autre part (lumières, bergers, coqs en folie)... Il faut faire du merveilleux pour mettre au point la légende de la « Fille de Dieu », alors on invente, on enjolive, on essaie par tous les moyens de frapper l’imagination du vulgus pecum. Comme l’avaient fait les évangélistes deux siècles après l’épisode Jésus, mais sans attendre le même laps de temps.

Les 3 rois mages de l'Epiphanie


Et que penser de la crédibilité d’un témoin indirect d’une scène à la fois lointaine dans l’espace et le temps ? Il existe une foultitude de pages internet relatant ce problème de la "fiabilité" très relative du témoignage humain… Le lecteur pourra s’y reporter avec intérêt. Car rappelons-le, Perceval aurait décrit en 1429 (date officielle, voire 1439, autre date proposée...) une scène qui se serait passée aux alentours de 1410, soit entre 20 et 30 ans auparavant, et dont il n'a pas été le témoin...

- Imaginons maintenant une enfant, née entourée de signes miraculeux, une nuit de fête religieuse importante... L'événement aurait fait grand bruit dans tout le Domremois de l'époque, de Neufchâteau à Vaucouleurs... Et curieusement, jamais Jeanne n'évoque cette date, ni aucun des témoins au procès de "réhabilitation" non plus... Curieux non?

- Rappelons qu' Epiphanie ne signifie nullement naissance, mais au contraire "apparition"...

- Ce jour est aussi celui du premier miracle des noces de Cana et avant tout la date de baptême du Christ.

- Enfin pour clore ces commentaires, attardons-nous sur le symbolisme de la date… Souvenons-nous qu’à l’époque de la « naissance officielle» de Jeanne, c’est le calendrier julien qui est en usage.
Et précisément dans ce calendrier, Noël dure 12 jours, du 25 décembre au 6 janvier ! Cette date du 6 janvier a d’ailleurs été conservée par l’Eglise orthodoxe, et en Italie, de nos jours encore, c’est à l’Epiphanie que sont distribués les cadeaux aux enfants. Donc, autrefois, le 25 décembre n’était que le début d’un cycle de 12 jours se terminant à l’Epiphanie. Le nombre 12 représentant la Totalité (12 mois, 12 heures, 12 apôtres, 12 tribus…)

Illustration de la "Befana", la petite sorcière italienne

LA BEFANA:
En Italie, à l'Épiphanie, ce ne sont pas tant les rois mages qui sont attendus que la Befana, gentille sorcière qui, chevauchant son balai, vient apporter des bonbons aux enfants...gentils.
Les autres enfants recevront du charbon...
Mais d'où vient ce personnage mythique et comment s'est développée cette légende à priori païenne, qui célèbre l'Epiphanie Chrétienne en Italie... Explications:
Ses origines:
Les origines de la Befana sont à rechercher bien avant le Christianisme, probablement même au néolithique, il y a plus de 10.000 ans. A l'époque, on célébrait le culte d'une divinité qui incarnait l'esprit des anciens et qui se matérialisait l'hiver dans les foyers. Sa présence était le présage d'une bonne récolte pour l'année à venir.
Selon l'anthropologue Luigi Manciocco, cette divinité était féminine et avait un nez crochu. La période entre la fin du mois de Décembre et le début du mois de Janvier, pour les paysans a toujours revêtu une grande importance. On croyait que pendant ces jours, Mère Nature, éreintée après avoir donné toute son énergie durant l'année apparaissait aux paysans sous les traits d'une vieille et gentille sorcière au corps et à l'esprit fatigués.
On brûlait alors symboliquement Mère Nature afin que de ses cendres puisse renaitre son héritière, fécondée par l'année et la récolte suivante.
A l'époque Romaine, la tradition s'est renforcée avec la fête dite du Soleil qui durait 12 nuits du 25 décembre au 06 janvier et était dirigée par la déesse Diane qui passait sur les champs pour les rendre fertiles. Avec le Christianisme, on chercha à dépasser l'idée de "déesse" et les dogmes chrétiens se sont mélangés avec les croyances locales, donnant vie, vers le 17ème siècle, à deux Befane, une bonne et une méchante: la nonnina (petite grand-mère) qui offrait des bonbons aux enfants gentils et la sorcière qui portait du charbon aux plus turbulents.
Lire l'article complet sur la Befana.

Par contre, il existe une explication plausible au tintamarre de la nuit qui aurait vu l'arrivée de la Pucelle à Domremy.

Imaginons une troupe de cavaliers et de fantassins en armes, escortant un chariot, dans lequel ont pris place une nourrice (ou plusieurs) et un bébé agé de quelques semaines. Cet équipage qui ne peut se déplacer très vite et doit cheminer parfois de nuit arrive à Domremy de Greux, à la maison que la famille Dailly habite juste à côté du pont enjambant le ruisseau des Trois Fontaines.

Comme alors on se trouve en territoire "ami", puisqu'en Champagne, on a dû allumer des flambeaux pour chercher la bonne habitation. Et les sergents de la Maison d'Orléans n'ont plus à se cacher, et manifestent leur joie de voir se terminer cette mission longue et pénible.

Les villageois de Greux qui s'étaient inquiétés reprennent confiance, courent dans la rue pour assister au spectacle, éclairent le village... Et les fameux coqs se mettent à chanter, réveillés à la fois par les lueurs et les clameurs, mais également par les intrusions dans les poulaillers de ceux qui viennent y chercher quelques belles volailles à trousser pour ces militaires affamés.

Bien sûr, rien dans les documents officiels ne permet de corroborer la date de l'Epiphanie pour l'arrivée officielle de Jeanne à Domremy, mais celle-ci reste néanmoins plausible. On sait que le dernier enfant d'Isabeau de Bavière est né le 10 Novembre 1407 à l'hôtel Barbette à Paris.

Les traditionalistes prétendent qu'un bébé que l'on prénomma Philippe est bien né ce jour là à Paris! Et précisent qu'au vu du prénom, c'était un garçon...
Il faut savoir toutefois qu'à cette époque, les prénoms ne sont pas encore "sexués". Pour preuve, l'épouse de René II de Lorraine se nommait Philippe de Gueldre (une rue porte son nom à Nancy), et l'ami masculin que Jeanne des Armoises visite à Metz lors de son retour en Lorraine se nomme Nicole Louve!

Le portrait de Philippe de Gueldre, l'épouse de René II... dont on peut aisément penser qu'elle est une femme.

Philippe, né et mort en 1407?

L'histoire officielle nous conte que le dernier né d'Isabeau fut un enfant prénommé Philippe, qui fut ondoyé, ne vécut que quelques heures, et fut ensuite enseveli à St Denis...

Enguerrand de Monstrelet, en sa chronique, nous conte simplement: "...d'un enfant qui étoit trespassé gisait la reyne, qui n'avait pas encore accompli les jours de sa purification."
Il en est de même de l'abbé Claude de Villaret qui en son "Histoire de France, depuis l'établissement de la Monarchie jusqu'au règne de Louis XIV", utilise le même terme ambigu d'enfant, sans préciser s'il s'agit d'un jeune prince ou d'une jeune princesse:
"Isabelle était pour lors en couches d'un enfant qui mourut quelques heures après sa naissance"

Enseveli à St Denis?

La Basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France fut saccagée par les Révolutionnaires entre octobre 1793 et janvier 1794... Toutes les sépultures royales furent profanées, et la plupart des dépouilles jetées à la fosse commune!
On peut consulter aux Archives Nationales le compte-rendu particulièrement détaillé des exactions révolutionnaires, sous la cote AE/I/15/12/B.

Les profanations révolutionnaires de Saint Denis

Le lecteur intéressé pourra parcourir le contenu de ce terrifiant procès-verbal (en cliquant ici) pour y constater qu'on n'y découvre nulle trace de ce fameux "Philippe" !
Mais les Révolutionnaires étaient déjà sans aucun doute des...Mythographes!

Cela dit, nous avons découvert qu'un inventaire des sépultures avait été réalisé bien avant la Révolution... Et que bien sûr, on ne trouve sur ce document aucune trace de la sépulture de l'enfant prénommé "Philippe"...

Les lecteurs intéressés pourront consulter en ligne ce document, en cliquant ici.

Par ailleurs, il existait un nécrologe (ou obituaire) de l'Abbaye Royale de Saint Denis, qu'évoque André Cherpillod dans son article de Nouvelle Ecole N°47:

Mais revenons à l'enfant bien vivant né en 1407...

Il n'était pas possible d'expédier ce nouveau-né en nourrice dans un village lointain dès sa naissance. Il fallait bien sûr auparavant le conforter, et surtout organiser ce voyage d'environ 350 km à travers la campagne en plein coeur d'un terrible hiver.
N'oublions point que la reine Isabeau était après son accouchement fort inquiète... Et que son amant dut la réconforter quelque temps, puisqu'on les vit souper joyeusement 13 jours après ...Comment expliquer ce revirement dans l'attitude de la Reine, sinon parce qu'elle a appris que son bébé était en sécurité, loin de Paris...

Mais il fallait accomplir ce long périple, avec une litière et une escorte...qui forcèment se déplaçaient moins vite qu'une simple troupe de militaires.

On peut alors penser qu'en tout état de cause, l'arrivée a bien pu avoir lieu aux alentours du 5 janvier!

Mais on doit envisager une toute autre solution...

Perceval de Boulainvilliers, a dû en écrivant sa lettre, participer au montage de ce que nous appelons dans un autre chapitre "Le Nouvel Evangile" et pour ce faire, choisir volontairement cette date de l'Epiphanie, qui marquait la fin du cycle de Noël, date symbolique de la naissance de Jésus.
Le "fils de Dieu" étant né le 25 décembre, jour de début de Noël, la "fille de Dieu" ne pouvait faire moins que de naître à une autre date symbolique de cette période, le 6 janvier, fin de la période des douze jours de la Nativité.

Mais n'oublions pas que le seul sens de cette fête qui demeure de nos jours, est celui de l'arrivée des Mages, la fête des Rois...