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BD Puchol-ManginLes secrets de Jeanne - Actualité

Le cardinal tisserant, un bien curieux homme d'église

Martial Cadiou, août 2016

« Ah, si les Français connaissaient la vérité, quelle désillusion ! »

Eugène Tisserant à Paul Beix

Le cardinal Tisserant

La grande majorité de nos concitoyens, qu'ils soient catholiques ou non, adhèrent encore à la version officielle de Jeanne propagée par l’Église et relayée par la République.

Le lecteur entreverra le pourquoi de la collusion établie entre Marianne et St-Pierre, si celui-ci garde à l'esprit les relations constantes et incestueuses que la République (laïque et athée) s'autorisera avec l’Église. Notamment, par l'action de spirituels dévoyés placés au sommet de cette dernière, tel le cardinal lorrain Eugène Tisserant !

Notre intention donc, avec cet article, est de profiler ce faux spirituel et intriguant comme l'Église en produisit beaucoup.

Comme nous le verrons plus loin, le cardinal Tisserant profita d'amitiés encombrantes et peu indiquées pour un statut d'ecclésiastique. Son intimité avec la franc-maçonnerie du Grand Orient de France (athée et républicaine), les services secrets français et américains (réseau « Gladio » , Fondations Carnégie et Rockfeller), les politiques (De Gaulle, Adenauer, Guy Mollet), les artisans de l'Europe, etc, nous laisse augurer que la version officielle de l'histoire de Jeanne propagée par Tisserant et consorts ressortit à des intérêts qui ne sont en aucune manière ceux de la vérité historique. Dépositaire de très nombreux secrets touchant de près l’Église, il ne fut qu'un propagandiste de la légende de Jeanne-bergère à la solde de noirs desseins de la « contre-initiation » pour parler comme René Guénon !

Gladio et Fondation Carnegie

Examinons l'objet du délit dont Tisserant s'est rendu coupable.

Le cardinal lorrain Eugène Tisserant (1884-1972) est soupçonné par les historiens de l'obédience « hétérodoxe » d'avoir dissimulé le fameux « Livre de Poitiers ». Ouvrage relatant les interrogatoires menés sur la Pucelle en mars-avril 1429 à Poitiers. Curieusement, ce Livre est disparu. Si ce Livre est disparu, c'est qu'il recelait probablement des révélations gênantes sur les origines et sur la filiation de Jeanne qui contrarient la version « officielle ».

Nous connaissons l'existence d'un tel document par les déclarations d'Edouard Schneider (1), suite à ses découvertes dans les archives de la Bibliothèque vaticane dans les années 1934 ou 1935. Découvertes relatées dans le livre de Robert Ambelain (2) Drames & secrets d 'État p 327- 331 Éd.R.Laffont.

L'ouvrage de Robert Ambelain.

Il est probable qu'Edouard Schneider a mis la main sur le rapport des deux moines franciscains envoyés à Domremy par le roi Charles VII pour vérifier les assertions de Jeanne.

Edouard Schneider, conscient de la portée détonante de sa découverte en reproduira une copie manuscrite. Copie qu'il plaça avec d'autres documents dans une de ses quatre valises de retour de Rome à Paris chez l'une de ses amis fidèles, la marquise de Felici, logeant au palais Zanardelli. Mais, trop bavard sur le caractère explosif de sa découverte, certaines intelligences suspectes (il ne peut s'agir que de services secrets proche du Vatican) lui dérobèrent la valise contenant la précieuse documentation.

Jeanne d'Arc et ses lys, le livre d'Edouard Schneider

Notons également que le futur cardinal est vraisemblablement un des participants, sinon l'initiateur, du déplacement des restes de Jeanne des Armoises hors de l'église de Pulligny, au moment du procès de canonisation. Lire l'article sur Pulligny.

Dès le début, Tisserant manifestera de l'intérêt pour le « grenouillage ». Sa proximité auprès d'acteurs majeurs de l'espionnage et autres services secrets tout au long de sa carrière ecclésiastique ne cesse de surprendre de la part d'un homme d’Église. Nous aurions aimé l'envisager dans un rôle plus spirituel, plus contemplatif et désintéressé des enjeux temporels du monde.
Malheureusement, cela ne fut pas le cas.

Avant la Première Guerre mondiale, voilà notre prélat lorrain nommé scriptor (écrivain, scribe) à la Bibliothèque vaticane avec la charge de cataloguer les manuscrits. Là, il rencontrera Mgr Achille Ratti qui deviendra par la suite Pie XI. De par ses fonctions, ce ne seront que pérégrinations érudites : Londres, Paris, Milan, Égypte, Mésopotamie, Palestine.

Farouchement anti-germaniste (3), il incorporera le Renseignement auprès du général Edouard Dupont, patron du 2 ème Bureau qui l'enverra en Palestine où nous le retrouverons auprès de l'espion britannique Lawrence d'Arabie (4), en 1917, qu'il assistera avec son régiment de spahis, lors de la prise de Gaza.

Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie

Au sortir de la Grande guerre, il retrouvera son poste de bibliothécaire et deviendra archevêque de Milan. Grâce à l'élection de son ami Achille Ratti au poste de pape, Pie XI, Tisserant obtiendra carte blanche pour gérer la Bibliothèque vaticane comme il l'entend. Pour cela, il sollicitera en 1927 la Fondation Carnégie (faux-nez de l'espionnage américain et de l'establishment mondialiste) ainsi qu'il rendra visite aux universités prestigieuses de Yale, Harvard, Columbia et la Fondation Rockfeller.

Surnommé « Tisserant, l'Américain » par Pie XI, celui-ci sera nommé propréfet de la Vaticane en 1930.

A la mort de Pie XI, empoisonné dit-on par son médecin Petacci, père de Clara Petacci, maîtresse du Duce, Tisserant et Soeur Pasqualina, âme damnée du germanophile Pie XII, se livreront une guerre sans merci.

Sœur Pasqualina, née Joséphine Lehnert le 25 août 1894 à Ebersberg en Bavière

Il s'opposera avec force aux compromissions de l’Église avec Vichy.
En 1939, il rencontrera le colonel Henry Navarre, par l'intermédiaire du général Parisot, lorrain comme lui, attaché militaire à Rome des services secrets français et apportera son soutien aux réseaux catholiques qui protégeaient les juifs et jouera un rôle non négligeable comme diplomate officieux de la curie romaine pendant la seconde guerre mondiale grâce à sa proximité avec le représentant du général De Gaulle, diplomate en Suisse, Pierre de Leusse.

Antinazi notoire, il entretiendra des relations avec Roger Wybot, directeur de la Surveillance du territoire (DST) de 1944 à 1959 et Jacques de Pressac, un agent du contre-espionnage français.

Anticommuniste, il entrera en contact avec des membres de l’Église argentine pour permettre l'exfiltration de collaborationnistes français et belges proches de Charles L'Escat et Pierre Daye.

En 1957, il sera nommé gardien des archives secrètes du Vatican et préfet de la Bibliothèque vaticane. De par sa position, il ne pouvait qu'être particulièrement bien informé sur le fond de l'énigme de Jeanne et la plupart des secrets de l’Église.

Il dirigera la Congrégation pour les Églises orientales jusqu'en 1959 coopérant avec le Russicum, l'Institut pontifical oriental, établi au Vatican et dirigé par le jésuite Michel d'Herbigny, membre de la « Sainte-Eglise » ou « Église d'Avignon » aux côtés du cardinal Alfred Baudrillart (5).

Michel-Joseph Bourguignon d'Herbigny

Dans sa jeunesse, il fut le secrétaire du cardinal Mgr Merry Del Val, secrétaire du Saint-Office. Nous subodorons que le cardinal Merry Del Val fut associé au cardinal Tisserant dans "l'Opération Bergère".

Merry Del Val fut une figure de proue de la fameuse et mystérieuse « Sapinière » qui eut un rôle détestable au début du XX ème siècle. (cf : Emile Poulat  Intégrisme & catholicisme intégral Éd. Castermann, 1969)

Tisserant jouera un rôle important dans la réconciliation entre Paris et Bonn après la seconde guerre mondiale. En 1945, en relation avec le colonel Passy, chef des services gaullistes, il cachera dans le monastère de Santa Maria Laach en Allemagne, Konrad Adenauer, futur chancelier d'Allemagne de l'Ouest. Il sera dans le rapprochement des services secrets du Vatican avec ceux de l'OTAN pour la mise en place de réseaux secrets, dits « stay behind » (6), aptes à s'opposer à une invasion imaginaire de l'Armée Rouge.

Le chancelier Konrad Adenauer

En 1949, il ajoutera un titre à son palmarès : il deviendra grand maître de l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem fondé à l'origine par Godefroy de Bouillon, père putatif du Prieuré de Sion !

A la fin des années 1950, il supervisera les pourparlers de l’Église avec la franc-maçonnerie au sujet de l'école libre. Il interviendra auprès de Guy Mollet, alors président de la SFIO (7) et membre du Grand Orient de France. Proche des milieux européistes, pro-américains, on le verra s'intéresser à l'unité européenne. Pour cela, il fréquentera des personnalités du « Pool Charbon-Acier » ainsi que du Conseil de l'Europe.

En 1958, Tisserant se réjouira de l'élection du pape moderniste Jean XXIII, initiateur du Concile de Vatican II.

Le pape Jean XXIII

Favorable à la « détente » avec l'Est, il rencontrera à Metz le métropolite de Léningrad et Novgorod, Nicodème, chef des relations extérieures du Patriarcat de l’Église de l'URSS, agent du KGB.

Le métropolite Nicodème

Le 23 juin 1962, le cardinal Tisserant sera reçu à l'Académie Fran­çaise, alors même que s'ouvrira à Rome le concile Vatican II, dont l'esprit moderniste n'aurait pu qu'écarter des débats un cardinal aussi «vieille France».
Un an plus tard, Jean XXIII meurt et Tisserant supervise, avec les cardinaux Gonçalves Cere je ira et Alfredo Otta­viani, l'élection du pape pro-américain, Paul VI. Ce sera la chute finale : Paul VI fixe l'âge de la « retraite» des cardinaux à soixante-quinze ans. Le 27 mars 1971, Tisserant se retirera donc dans une petite maison de la Congrégation pour les Églises orientales à Albano-Laziale (Rome), où il s'éteindra le 21 février 1972.

Le pape Paul VI

Très vite, les offi­ciers du « pro secrétaire » apposeront des scellés sur la maison, mais ils auront été pris de cours : grâce à son secrétaire Mgr Georges Roche, directeur de l'Opus Caenaculi, Tisse­rant avait soigneusement caché, en France, le double de ses notes, jamais retrouvées depuis - soixante-quatre ans au service de six papes ...

Nul doute qu'elles ne sont perdues pour tout le monde !

 

 

 

(1) Edouard Schneider (1880-1960). Avocat puis littérateur. Créateur de deux collections chez Albin Michel et Grasset, spécialisées dans le Moyen Âge. Bien que catholique et pétainiste, il fut un fervent partisan de la thèse « hétérodoxe ». Sa thèse est relatée dans son livre Jeanne & se lys, la légende et l'histoire publié en 1952.
Celui-ci prétendra avoir eu entre les mains les fameuses preuves sur les origines royales de Jeanne confinées au secret dans une armoire fermée à clefs de la Bibliothèque vaticane sous la garde de Tisserant. Il s'agit d'un manuscrit des interrogatoires subies par Jeanne en 1428, à Poitiers et ses réponses aux membres de la commission ecclésiastique constituée par le roi. Schneider n' a pu établir qu'une copie manuscrite (les photocopieuses, à l'époque n'existaient pas) et garder cette copie durant une dizaine d'années car il ne fut autorisé à rentrer en France qu’après la fin de la seconde guerre mondiale.

(2) Robert Ambelain (1907-1997) est l'auteur de nombreux ouvrages historiques et ésotériques diversement appréciés. Cependant, il semble souvent bien renseigné. On lui doit un triptyque sur les origines du christianisme qui remet en cause la genèse de l’Église et quelques autres livres sur la franc-maçonnerie qui font autorité. Grand Maître de l'ordre de Memphis-Misraïm (véhiculant une initiation égyptienne), évêque de l’Église Gnostique, il fut aussi membre de l'Académie Nationale d'histoire et de l'Académie des Sciences de Rome.

(3) Sur le plan pangermaniste, voir les livres de René Alleau, Hitler & les sociétés secrètes Éd. & surtout Jean Robin Hitler, l'élu du Dragon Éd.G.Trédaniel,

(4) Thomas Edward Lawrence, colonel Lawrence d'Arabie (1888-1935), officier de renseignement britannique, il organisa la révolte des tribus arabes de Fayçal Ibn Husseini contre l'Empire ottoman. Instrumentalisé par le jeu sioniste dissimulé derrière les intérêts britanniques, il ne comprit que trop tard ce pourquoi il avait été recruté. Il décédera dans un accident de moto dans le Dorset dans des conditions qui restent mystérieuses, disparaissant quelques jours après avoir accepté le principe d'une rencontre avec Adolf Hitler, sur les instances de l'un de ses amis , Henri Williamsen.

(5) Alfred Baudrillart (1859-1942), élève de l’École Normale Supérieure d'Ulm auprès de Jean Jaurès, Durckheim et Henry Bergson. Oratorien, il deviendra recteur de l'Institut catholique de Paris. Proche des milieux politiques et diplomatiques de son époque, lui aussi était très bien informé des coulisses de l’Église. Pendant la seconde guerre mondiale, il prit position pour le maréchal Pétain. Historien de formation, on lui doit de nombreux travaux sur l’Église.

(6) Les cellules « stay-behind », prévues théoriquement pour armer et coordonner la résistance en cas d'invasion soviétique, furent mobilisées dans des opérations de terreur faussement attribuées à l'extrême-gauche, dans le cadre de la « stratégie de la tension » destinée à empêcher la progression du communisme en Europe de l'Ouest. Parmi ces cellules « stay-behind », le réseau « Gladio », relayé en Italie par le colonel Emile Bertrand, représentant du SDECE à Rome.(cf : Daniele Ganser, Les Armées secrètes de l'OTAN Éd.Demi-Lune, 2011)

(7) En France, il existe une « cinquième colonne » fortement implantée dans l'armée, l'industrie, la politique, la justice, le monde médiatique et intellectuel dont le caractère atlantiste et pro-américain est indéniable.(cf : Frédéric Charpier « la CIA en France » Éd. Seuil, 2008)

Martial Cadiou

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