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Jeanne ou St Maurice ?Les secrets de Jeanne - Questionnements & hypothèses

Jeanne, instrument d'une réforme ?

Nous allons développer dans ce chapitre une hypothèse jamais émise sur l’histoire de Jeanne, Pucelle d'Orléans, ni bien sûr par les traditionalistes de tous poils, ni même par nos amis les « Mythographes » !

Rappelons quelques données quant à l’époque concernée :

  • Le "Grand schisme d'Occident" qui divise la chrétienté n'est qu'officiellement terminé.
  • Le siècle précédent a vu la fin officielle du Temple.
  • Les mouvements réformateurs fleurissent, même s’ils sont au fur et à mesure « éradiqués » par l'Eglise...

Le catholicisme officiel est de plus en plus ébranlé par les contestations de tous ordres. Il est temps pour certains d’envisager une autre voie, une réforme donc, sans heurter de front les principes religieux en cours, mais au contraire en pratiquant la même politique d’assimilation qu’avait menée l’Eglise envers les croyances anciennes.

Et pour créer ce nouveau courant, on va tout simplement s’inspirer de ce qui fonctionne depuis 13 siècles ! on avait mis en scène au 2ème siècle le « Fils de Dieu » pour asseoir la religion chrétienne, alors on va maintenant imaginer et surtout mettre en scène la « Fille de Dieu »
Ceci permettant également, et c’est à notre avis un point crucial, de redonner à la Femme une place dans la religion, autant que dans la société. Non point forcément le rôle prépondérant, mais simplement l'importance qu'elle avait au départ, égale qu'elle était à l'Homme. Souvenons-nous de la misogynie déclarée des fondateurs de l’Eglise qui ne voyaient dans la femme que la responsable de tous les malheurs du monde. Saint Augustin, un des « pères de l’Eglise » lui attribuant le doux qualificatif de « cloaque » …
Il est à préciser que ce vocable n’a jamais été remis en cause depuis 15 siècles…

Les pères de l'Eglise.

Mais alors qu’avec Jésus, l’Eglise avait mis en forme sa doctrine a posteriori, les évangiles datant de près de deux siècles après la mort du "Messie", on va dans le cas présent coller aux événements, et même carrément les susciter.

Les 4 évangélistes

De cette façon, on sera bien sûr de ne pouvoir être contesté !

La création de la fille de dieu...

On va alors devoir choisir des candidates potentielles pour tenir le rôle. Pas au berceau bien sûr, quoique… Mais obligatoirement des jeunes filles de très bonne famille, mais dont la naissance pose problème. Et doit donc de ce fait demeurer secrète.

Car si les bâtards possèdent un réel statut social (voir le Bâtard d’Orléans, Jean de Dunois), il n’en va pas de même pour les enfants nés illégitimement. Rappelons qu'Isabeau de Bavière est l'épouse officielle de Charles VI, et que les enfants qu'elle conçoit hors les oeuvres de son époux ne sont point des bâtards, mais des enfants illégitimes...

Jean de Dunois, dit "le bâtard d'Orléans"

De plus n'oublions pas les problèmes de consanguinité, apanage de la noblesse... pour laquelle les mariages étaient quelque peu "arrangés". La bâtardise apportait alors du sang neuf !

Et en cas de besoin, on pourra par la suite réécrire les circonstances de leur naissance en mêlant le merveilleux au surnaturel ! car pour devenir une héroïne chrétienne bon teint, il est bien évident qu'on ne peut qu'être née d'un couple, non seulement légitime, mais également pieux et pauvre (mais honnête), et de préférence en hiver dans une misérable masure...
La proximité d'une "crèche", entourée de bergers et d'animaux manifestant leur joie, un soir de grande fête chrétienne où les lumières divines trouent la pénombre, étant un plus incontestable...

Alors on va employer quelques affidés à décrire l'événement, bien sûr plusieurs années après son officielle survenance !

Rappelons ici que dans l'histoire de Jésus, on donne au père adoptif un métier particulièrement manuel donc anodin, alors qu'en réalité un "Charpentier" de l'époque est tout bonnement un Architecte, et on oublie de préciser que Marie est d'origine royale, descendante de la lignée de David..
On retrouve le même subterfuge dans l'histoire de Jeanne à qui on attribue un géniteur "paysan", alors qu'il est un "fermier", fonctionnaire royal percevant taxes et impôts, et une mère, Isabelle "Romée", que l'on décrit comme une paysanne effacée, alors qu'elle est la fille de Jean III, Comte de Salm, une des plus riches familles de Lorraine...

 

A Domremy, la pièce où, selon la légende, Jeanne a vu le jour à l'Epiphanie 1412

Ainsi la "venue" de Jeanne à Domremy est-elle longuement décrite dans une lettre que Perceval de Boulainvilliers aurait envoyée en 1429 à Jean Ange Marie Visconti, Duc de Milan ! (lire la lettre de Perceval de Boulainvilliers)
Ce dernier étant par ailleurs mort quinze ans avant, faut-il le préciser...
Et préciser également que le destinataire officiel de ce courrier n'est autre que le propre beau-frère de Louis d'Orléans... Ce dernier étant en effet l'époux de Valentine Visconti depuis 1389... Petits arrangements en famille pourrait-on dire...
Une lettre en latin retrouvée fort à propos aux alentours de 1820 et aussitôt authentifiée par les traditionalistes qui s'en servent toujours pour fixer la date de naissance de la Pucelle au 6 Janvier 1412...

Cela dit, il faut quand même savoir que si la missive fixe judicieusement la date au jour de l'Epiphanie (le jour où l'on fête les Rois, en fait la fin de la période des 12 jours de Noël, selon le calendrier julien qui avait cours à l'époque), elle ne précise aucunement l'année de la survenance des faits...

Pourquoi Domremy ?

Effectivement, pourquoi Domremy..? Il est évident pour nous qu'on ne confie pas son enfant, surtout si c'est une princesse royale, au premier quidam venu. Le futur Charles VII sera confié à Yolande d'Anjou, et celui qui deviendra Dunois à la famille de Sarrebrück-Commercy... Alors, qu'est ce qui aurait pu motiver le choix de la famille dite d'Arc dans un village perdu de la campagne champenoise ?
Un début d'explication peut-être :
On trouve sur de nombreux sites de généalogie des arbres de la famille de Salm, dont la branche de Bourlémont dominait à l'époque concernée Domremy et ses environs... On distinguait ces branches des Salm par le nom de leurs possessions. On trouve donc également des "de Vouthon", du nom d'un village proche de Domremy.
De Vouthon, comme la "Rommée de Vouthon" bien sûr !

En fouillant quelque peu la généalogie de ces "de Vouthon" trouve-t-on alors un lien lien fort intéressant : Jean de Vouthon (dit le Vieux) a été uni à une certaine Thaddea Valenza Visconti (1327-1381)... Jean de Vouthon, le grand-père de la Rommée !

On a donc là le lien assez évident... On met en nourrice la jeune princesse dans la famille : Isabeau de Bavière est une Visconti par sa mère, et Louis d'Orléans est un époux Visconti !

Les enfants illégitimes...

Il faut bien comprendre que les enfants illégitimes sont à l’époque fort nombreux… quasiment aucune contraception n'existant alors !
On a donc le choix de sélectionner, soit dans des familles nourricières auxquelles elles ont été confiées, soit dans des couvents (ou d’autres institutions religieuses) dans lesquels elles ont été mises en quelque sorte en "quarantaine", des gamines possédant des qualités intellectuelles certaines, autant qu’une ascendance nobiliaire établie depuis plusieurs générations.

Que ces enfants soient illégitimes n'empêchait pas leurs géniteurs de les aimer profondément...A une époque où les mariages nobles étaient "arrangés" dès le plus jeune âge des enfants, il est bien évident qu'il y avait bien plus d'amour dans une relation extra-conjugale qu'au sein d'une union légitime...

En aparté...
Jeanne et Dunois sont issus du même géniteur, le Duc d'Orléans, mais peut-être également de la même mère, Isabeau de Bavière... Après l'assassinat de Louis d'Orléans, il seront confiés, la première à une famille noble à Domremy, et le second à la famille de Commercy-Sarrebrück... Domremy n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres de Commercy !

Alors bien sûr on ne pourra contrôler tous les événements, mais avec ces jeunes filles parfaitement formées (de façon universitaire pourrait-on dire), on va pouvoir s’adapter à toutes les situations ! et quand les conditions deviendront plus spécifiques, on continuera la formation de l’adolescente dans le domaine concerné : ainsi Jeanne, après avoir reçu une formation intellectuelle de haut niveau, incluant entre autres l‘apprentissage des langues, la rhétorique, l’histoire, la diplomatie, l’écriture, les mathématiques… devra s’entraîner ensuite à la pratique des armes, à la stratégie, à la maîtrise de l’artillerie… Une sorte de tronc commun de départ, avec par la suite diverses unités de valeurs dans plusieurs spécialités...

Les sept arts libéraux dans l'Hortus deliciarum d'Herrade de Landsberg

Il est évident que l’on ne pouvait en 1407 prévoir le Traité de Troyes. Mais à partir de son élaboration et de sa conclusion (1419-1420), on verra Jeanne revenir à Domremy et aller rejoindre sa famille d’adoption, les Dailly (surnommés d'Arc, soit les "Du Pont") . Ceux-ci vont alors se voir attribuer le Château de l’Isle, une forteresse propriété des Bourlémont (donc des Salm) édifiée sur une colline dominant Domremy de Greux. Une excellente façon de la mettre d’une part à l’abri, et d’autre part et surtout de lui apprendre discrètement le métier des armes.

Poulangy et Novelompont vont pouvoir entrer en scène…

Les acteurs du mouvement.

Mais qui donc participe à ce mouvement réformiste? à cette époque, nombreux sont les mécontents de l’Eglise officielle avec ses dérives et ses excès :

  • Les tenants de l’Eglise d’Avignon, dont Louis d’Orléans était rappelons-le un des piliers,
  • Les schismatiques en général : signalons ici que le puissant Chapitre des Chanoinesses de Remiremont avait dès 1404 fait allégeance au pape d’Avignon,
  • Le Tiers-ordre franciscain,
  • Des mouvements occultes, tels les Bons .’. Cousins .’. Charbonniers,
  • Des corporations, tels les « Marchands de Saint Michel »,
  • Sans oublier bien sûr la continuité du mouvement templier, dont le Grand Maitre avait maudit le pape jusqu’à la treizième génération de sa race… Ce sont les soldats écossais portant la croix du Temple qui assisteront Jeanne dans ses batailles.
  • Les adeptes du celtisme, encore vivace dans les campagnes : " l’arbre des fées" , (ou plutôt Abre des Fays) en est la preuve.

Rappelons qu'à Domremy la Pucelle on célèbre encore la fête de l'Arbre de Mai, survivance d'une célébration fort ancienne, et qu'on trouve au coeur du "Bois Chenu" les vestiges d'un temple celte, que bien sûr Jeanne ne pouvait ignorer !

On voit dans ce tour d’horizon non exhaustif que la liste est longue de ceux qui pouvaient s’unir, consciemment ou non d’ailleurs, pour former une coterie internationale contre le pape de Rome.

Mais n'oublions point non plus dans ce panorama un autre facteur de rebellion ! l'emergence de la "bourgeoisie" en lieu et place de la noblesse... Le Moyen-âge est marqué par le système féodal, dans lequel, hors la noblesse (et l'Eglise), il n'existe point de salut. Seule la "naissance" est considérée, au détriment des valeurs intrinsèques de l'individu. Un noble même débile a toutes ses chances dans l'existence, au contraire d'un roturier intelligent qui devra se contenter de tâches subalternes.

La noblesse chargée de défendre le peuple a failli à sa tâche, et l'on voit l'armée du Roi de France, le fleuron de la noblesse, se faire tailler en pièces par les humbles archers anglais.

On assiste alors à l'émergence d'une nouvelle classe, plus désireuse de commercer que de se battre, plus ouverte à des échanges internationaux malgré les interdits de l'Eglise (Commerce avec les Turcs ou les Juifs), intéressée par les arts, et qui possède les moyens financiers de ses ambitions.

Sigismond Ier, de Luxembourg, empereur romain germanique

Enfin, un des artisans de la "conspiration" sera Sigismond de Luxembourg, empereur du St Empire, qui voit d'un très mauvais oeil la position hégémonique qu'aurait le Roi d'Angleterre s'il devenait également Roi de France... Alors susciter une héroine d'essence divine qui va maintenir la division dans le reste de l'Europe constitue un excellent plan pour ce monarque...
On verra par ailleurs René d'Anjou, gendre du Duc de Lorraine, assister Jeanne dans son épopée... Or officiellement la Lorraine, quand bien même elle dépend de l'empire Romain Germanique, est alliée de la Bourgogne !

Nous avons en effet découvert que Sigismond Ier connaissait Jeanne bien avant son départ pour sa mission "divine"... La firme Sotheby a d'ailleurs vendu aux enchères en 2009 (pour 1.600.000 Livres) un manuscrit ayant appartenu à cet empereur, enjolivé de nombreuses enluminures, dont 3 relatives à Jeanne ont retenu notre attention. La première montrant l'empereur envoyant un courrier à la Pucelle d'Orléans, la seconde la réponse de Jeanne, et la troisième la bataille d'Orléans... L'alsacien Diebold Lauber est l'auteur de ces dessins.

Pour preuve, l'enluminure mettant en scène l'Empereur Sigismond recevant un courrier de Jeanne, Pucelle d'Orléans, en 1428...

Jacques Coeur sera vraisemblablement un des tenants de cette "renaissance" !

Et vraisemblablement un des piliers de cette affaire...Car on peut et on doit s'interroger sur l'origine de sa fabuleuse richesse.

Mais n'oublions pas non plus le rôle des femmes dans la conspiration !

L'Eglise traditionnelle, machiste, est particulièrement opposée aux femmes, créatures de Satan, responsables de la perte de l'Eden... Elles demeurent "le cloaque" de St Augustin, tout juste bonnes à porter des enfants ! mais on voit alors en Europe des femmes prendre les premières places... L'exemple frappant est justement celui de Yolande d'Anjou, la Reine des 4 royaumes, instigatrice et coordinatrice du mouvement que nous décrivons.
Sans oublier Colette de Corbie bien sûr !
Lire à ce propos l'article de JC le Brigand à propos de la chevalière de Jeanne

Colette de Corbie, la mère Nicolette!

Le choix délibéré d'une Jeune femme apparait alors comme moins anodin, pour redonner dans la société aux femmes la place qu'elles n'auraient jamais dû perdre... Jeanne devra savoir tenir le rôle de l'homme, du combattant, et l'on cherchera à gommer la distinction par le vêtement !

Rappelons que tous les mouvements de libération de la femme ont mis l'accent sur la tenue vestimentaire imposée par le législateur, et que ce n'est que très récemment que la loi interdisant le port du pantalon par une femme a été abrogée en France. (31 janvier 2013).

Une coterie internationale !

Coterie internationale, écrivons-nous, car il est bien évident que la contestation venait de toute l’Europe ! donc également des rangs de ceux que l’Histoire officielle qualifie d’Anglais… On va donc ratisser large et unir tous les contestataires en un réseau confidentiel, secret même, bien cloisonné, dont on pourra admirer l’efficacité dans maints épisodes de l’épopée johannique.

En effet, on voit la facilité déconcertante avec laquelle l’escorte accompagnant Jeanne va rejoindre Chinon en un temps très court (même si nous doutons fortement des 11 jours de la relation officelle de ce voyage)…
Et même si également la "Légende Dorée" que l’on écrit concomitamment nous évoque un parcours semé d’embûches, en territoire ennemi, de nuit, avec des traversées de fleuves à la nage en plein mois de février !

Il faut donner à cette expédition une connotation miraculeuse, avec des relents bibliques...

Personne ne pouvant raisonnablement croire qu'un homme alourdi par ses armes et ses vêtements de combat puisse passer onze fleuves à la nage au plus froid de l'hiver, c'est sous-entendre qu'il y a dû avoir un miracle !
Peut être les ondes se sont-elles entrouvertes comme pour Moïse, ou bien Jeanne a-t-elle pu marcher sur les eaux comme Jésus l'aurait fait à Tibériade...
Cela dit, il faut se souvenir qu'à l'époque, on se trouve au coeur de ce qu'on appelera plus tard "le petit âge glaciaire"... Alors les fleuves totalement pris en glace ne devaient pas représenter un obstacle insurmontable pour la petite troupe...

Quelle histoire va-t-on écrire ?

Et bien, on va tout simplement s’inspirer de ce qui a fonctionné depuis des siècles, l’histoire de Jésus, narrée dans les Evangiles !

Les représentations symboliques des Evangélistes

Dans un autre chapitre, nous évoquions déjà le troublant parallèle entre la vie du Christ et celle de Jeanne, dont on a fait coïncider les principaux événements. Jusqu’au "sacrifice final", prévu de longue date !
On va alors la faire naître dans une obscure maisonnette, une crèche... Et dans la nuit de son arrivée feront entendre les coqs des chants que l'on ne connaissait pas... Et les villageois seront les témoins de prodiges... Notons toutefois que cette naissance miraculeuse ne sera mise en forme, officiellement, par Perceval de Boulainvilliers, qu'en 1429...

La naissance de Jeanne, traduite dans l'imagerie populaire...

De plus, dès le commencement de son aventure, Jeanne est capable de prédire l'avenir : "son épopée prendra bientôt fin, elle n’en aura pas pour longtemps, elle sera trahie, et sa vie finira rapidement…"
Elle ne raconte que ce qu’on lui a prévu comme destinée, comme rôle en fait, mais bien sûr la légende fait d’elle une visionnaire…

Car comment savoir tout cela, sinon parce que c’est écrit d’avance ? On a tout prévu, et on adapte les actions au gré des circonstances.

Notons que le fameux Michelet écrit dans son Histoire de France à ce propos (T. II P. 211):
"On a bonne grâce à prédire, quand on fait l'événement !"

On a même écrit un poème, Virgo Puellares:

On a utilisé et mis au goût du jour d'anciennes prophéties, de Merlin ou Bède le Vénérable, pour informer les masses de l'arrivée d'un sauveur...

"Le surgissement de Jeanne d'Arc au sein de la Guerre de cent ans a tellement frappé les médiévaux qu'il a nourri toutes sortes de rumeurs, de bruits colportés. De son vivant, l'opinion populaire resta longtemps indécise entre la conviction d'une mission divine et la crainte des agissements d'une sorcière ou d'un sujet démoniaque. Que raconte cette rumeur ? De quelles informations les gens disposaient-ils pour se forger un jugement sur elle et par quels vecteurs ces éléments leur arrivaient-ils ?"
Lire à ce sujet l'excellente étude d'Olivier Hanne sur Hal Archive ouverte.

On la fait se nourrir de pain et de vin…Mise en scène, ou en Cène ?
Et si on la fait parler par paraboles... vraisemblablement l'a-t-on entrainée dès le début de sa formation (religieuse) à s'exprimer de cette façon.

On va même "raconter" (et enjoliver) le miracle de Lagny, mais bien évidement n'est ce qu'une affabulation, qui la voit "ressusciter" un enfant mort-né...

Jeanne priant pour la résurrection de l'enfant de Lagny

Laissons la parole à l’historien Pierre Pilard :

« Il est inévitable que se produise un phénomène connu de la médecine moderne, donc totalement expliqué, mais qui reste très spectaculaire à observer. Passé 3 jours après la mort, que suit de très près ce que l’on nomme la rigidité cadavérique, les muscles se détendent et les corps retrouvent une certaine flexibilité. Les ligaments et les organes deviennent souples… le corps, assoupli, donne l’impression réelle qu’un bâillement souvent accompagné de gestes imprécis du corps se déroule ». (Chroniques de l’Histoire, mars 1989, page 27) L’enfant de Lagny ne fut jamais ressuscité ! De suite après ce phénomène il fut baptisé et enterré dans l’église de Lagny.

Mais Jeanne doit arriver au sacrifice final, le "calice bu jusqu’à la lie" des évangiles… Mais bien sûr sans trop de risques pour l’actrice ! on va donc poursuivre le scénario jusqu’au bûcher, avec des acteurs et des figurants, comme au cinéma. Car après le sacre aurait-on pu tout arrêter, l’objectif "principal" semblant alors atteint : le sacre du « seul vrai Roi de France » !

Non, car ce sacre n’est pour le mouvement initiateur qu’une anecdote, une péripétie, voire un simulacre. Et non une fin en soi. Charles VII est un fantoche qu’on a mis en place et qu’on pourra manœuvrer aisément par la suite ! on lui adjoindra bientôt une jolie maitresse aux ordres, de façon à le manipuler par personne interposée... Quant au sacre et au titre de dauphin, Il faut se souvenir que Charles est déjà Roi, depuis la mort de son père en 1422... Rappelons d'ailleurs qu'Agnès Sorel était une demoiselle d'honneur la cour de René d'Anjou...

La « Fille de Dieu » doit "racheter" elle aussi les péchés de l’Humanité, donc donner sa vie, du moins le faire accroire au vulgus pecum. Alors on va organiser sa capture, son procès, et sa mort !

Ou plutôt peaufiner les scenarii des divers épisodes :

La capture :

Jeanne rejoint Compiègne, ville assiégée. Et de là, elle va organiser une sortie dont on ne voit pas bien ce qu’elle peut apporter d’un point de vue stratégique, avec une faible troupe, en portant une huque dorée qui la fait reconnaître de loin, qui la signale même à ses "ennemis". Et les portes de la cité se referment, et les cloches se mettent à battre à la volée…

Jeanne et son escorte sont très vite cernées, puis Jeanne capturée, par un féal du comte de Luxembourg, le bâtard de Wandonne.

La capture de Jeanne devant Compiègne

Mais sait-on que le bâtard d’Orléans, Jean de Dunois, se trouvait aussi à Compiègne ? l’imagine-t-on en train de refermer les portes de la ville dans le dos de sa « mie » (sa demi-sœur ou sa vraie sœur... vraisemblablement ! ) sans y avoir de bonnes, pour ne point dire d’excellentes raisons ?
De plus, Jean, dit Poton, de Xaintrailles se trouve lui aussi à Compiègne...

La question se pose également de savoir comment Jeanne et sa (faible) troupe ont réussi à forcer le siège de Compiègne pour y entrer ?
Et pourquoi, alors qu'elle désobéissait officiellement au Roi, était-elle accompagnée de celui qui à l'époque était un des personnages les plus en vue du royaume.

Peut-être un élément de réponse...

Bien sûr la prise de Jeanne est décrite après un âpre combat qui oppose sa petite troupe à l'armée de Jean de Luxembourg... Cette scène épique a fait l'objet de nombreuses peintures au cours des siècles derniers. Mais nous avons tenté de retrouver la représentation contemporaine de cette bataille, et pour cela nous sommes intéressés aux fameuses vigiles de Charles VII, oeuvre de Martial d'Auvergne, lesquelles comportent une série d'enluminures, certes naïves, mais fort révélatrices...
L'une d'entre elles en particulier, avec cette légende :

"Comment la Pucelle fut prise devant Compiègne et vendue aux Anglais"

Explicite !
On a plus l'impression d'une courtoise invitation que d'un féroce combat au corps à corps...

Martial de Paris, connu sous le nom de Martial d'Auvergne, né vers 1420 à Paris et mort le 13 mai 1508, est un poète français. Il fut également notaire au Châtelet, et pendant cinquante ans, procureur au Parlement.
Son principal ouvrage a pour titre "Vigiles de Charles VII à neuf psaumes et neuf leçons" (Paris, 1493, in-4° ). Sous ce titre emprunté à la liturgie, c’est une chronique rimée, en divers rythmes, de la guerre contre les Anglais. Cet ouvrage est abondamment illustré d'enluminures.

On constate donc que ce poète est contemporain de Jeanne... et parfaitement au courant de l'histoire de par sa position. Et si son ouvrage a bien été édité postérieurement, en 1492, il parait évident qu'il a été rédigé bien auparavant, en fait sur plusieurs décennies... (Lire en ligne Les Vigiles).

Le site ipoesie.org nous en dit plus:

Ce poème à la louange du roi Charles VII comprend neuf récits qui tiennent lieu de psaumes et neuf complaintes ou « leçons ».
L’ouvrage fut offert au roi Charles VIII.
Les Vigiles calquent la disposition des Heures des défunts.
Les Psaumes racontent la vie du feu roi Charles VII.
Quant aux Leçons ce sont des sortes d’intermèdes lyriques où l’auteur manifeste son regret du temps passé et son dégout devant l’époque présente.
« Cet ouvrage a fait une grande réputation à l’auteur. France, paix, Pitié, Justice, Eglise, tout est personnifié. La beauté de ses sentiments se montre à chaque page, principalement lorsqu’il parle du roi ». (Bibliographie universelle).
Martial d’Auvergne narre les épisodes de la guerre de cent ans tels que : « La mort du duc d’Orléans, La bataille d’Azincourt, Comment Rouen fut prise par les Anglais, (….) , Comment la Pucelle vint devant le roi, Comment les Anglais amenèrent la pucelle et la firent mourir, Comment le roi Henry fut couronné à Paris de deux couronnes…
« Cette chronique est précieuse pour les historiens et les antiquaires puisqu’elle est contemporaine des faits. Au quatrième psaume apparaît Jeanne d’Arc. Ce psaume, ou ce chant, mieux écrit que plusieurs autres, semble avoir été l’objet de prédilection de Martial. » (Ch. Bataillard).
En ce qui concerne Jeanne d’Arc, on trouve dans les Vigiles une mention de réhabilitation, la seule qui ait été consignée dans un écrit français du XVe siècle.

Le fait même que Jeanne soit capturée vivante et non exécutée sur place prouve l'importance de son rang... Si l'on avait réellement souhaité la mort de la Pucelle, il aurait été très facile de la tuer dans le combat devant Compiègne...
Quoi de plus naturel qu'une mort au combat ?
Il suffit de se remémorer la bataille d'Azincourt, qui avait vu la fine fleur de la chevalerie française se faire massacrer... Les "Anglais" avaient épargné ce jour là uniquement les "seigneurs" ! Même le duc de Brabant avait été égorgé... Une Jeanne paysanne n'aurait été ni épargnée, ni traitée aussi civilement !

Alors Dunois n’était-il point là pour superviser la phase « arrestation » ?

Un des points cruciaux de l’opération « Bergère »…
Car il fallait bien évidement que tout cela fasse vrai, et surtout que tout se déroule sans mal. Un carreau d’arbalète bien (ou plutôt mal !) placé et le beau scénario tombe à l’eau… C’est certainement pour cela qu’il faut un combat essentiellement mené par des gens sûrs, dans lequel on n’utilise pas les armes de trait. (C’est d’ailleurs dit-on un archer qui la fait chuter de cheval, mais en la tirant par son manteau, donc à mains nues !)

Et puis, jeanne n'avait-elle pas prédit elle-même sa capture, due à une trahison: «  Mes enfants et chers amis, je vous signifie que l’on m’a vendue et trahie et que bientôt je serai livrée à la mort. Ainsi je vous supplie que vous priiez Dieu pour moi, car je n’aurai jamais plus de puissance de faire service au Roi, ni au royaume de France.  »

Et tout marche très bien, sans casse aucune ! Ni d’un côté ni de l’autre d’ailleurs. Ce qui est tout bonnement étonnant dans un combat de ce type. Une lutte pour la vie, à grands coups d’épée et de lance de combat de part et d’autre nous dit-on, dans lequel néanmoins aucun des membres de l’escorte n’est blessé.

D’autant que dans la Légende Dorée qui nous conte les faits et gestes de Jeanne, on nous rabâche que ne voulant point tuer d’ennemis, la Pucelle ne frappait que du plat de son épée… Ce qui n'était pas le cas de ses ennemis !
Mais si l'on se réfère à la miniature des "Vigiles de Charles VII", on comprend mieux le caractère anodin de la "capture".

Alors penchons-nous un peu sur le profil de celui qui va capturer Jeanne, Jean II de Luxembourg-Ligny.

Jean II de Luxembourg-Ligny

Rien que le nom du personnage devrait éveiller l’attention de nos lecteurs : Luxembourg –Ligny !

On a vu dans un autre article évoquant la généalogie d’Isabelle « Romée de Vouthon » que cette dernière avait été dans sa jeunesse première dame de Jeanne de Luxembourg-Ligny, tante de ce fameux Jean II. En son château de Ligny en Barrois, petite ville de l’actuel département de la Meuse, située non loin de... Domremy la Pucelle…
Cette fameuse Jeanne de Ligny qui prendra un soin tout particulier de la Pucelle après sa capture ! Et pour rester dans le ton, signalons aussi qu’elle était la marraine de celui qui était devenu Charles VII…
Petits arrangements en famille pourrait-on dire !

Jeanne est prise sans dommage

Nous ne pouvons que rappeler là encore les liens qui semblent unir Jeanne à la famille de Luxembourg... Les miniatures du parchemin de Sigismond Ier ne laissent aucun doute quant aux relations épistolaires établies dès 1428 entre Jeanne et l'Empereur Romain Germanique, issu quant à lui de la famille de Luxembourg !

 

Jeanne reçoit un courrier de l'Empereur...

Résumons !

Jeanne est "capturée" sans casse, lors d’une sortie inutile mais bruyante, par le neveu et héritier d’une amie de sa « mère » nourricière, et marraine de son Roi, sans que son cher Dunois ne lève le petit doigt pour la défendre…
Mais à l’arrivée, on obtient un parfait parallèle avec la vie de Jésus, tant on retrouve ici tous les ingrédients évangéliques.

  • La trahison, dont on accuse ensuite Guillaume de Flavy. (les trente deniers de Judas)
  • La résignation de Jeanne qui évoque sa fin prochaine. (les larmes de sang du jardin de oliviers, le calice à éloigner...)
  • La non violence de l'héroïne. (« qui se sert de l’épée périra par l’épée ! »)
  • Jusqu’à la vente du « messie », livré au grand prêtre Cauchon. (au prix de vente d'une altesse royale, pas d'une paysanne)

Mais après cet événement va se situer une période d’atermoiement, que l’on peut bien évidement expliquer. Les nouvelles ne vont pas vite à cette époque, ce qui implique de ne pas enchainer trop rapidement les événements importants! Il faut le temps de faire savoir à l'ensemble du réseau que l'opération "arrestation" a été couronnée de succès.

Et maintenant que Jeanne est prise sans dommage, il faut assurer l’épisode suivant, celui du "jugement" mené par un ou plusieurs complices, et la négociation avec le parti « anglais ». On va donc temporiser en promenant l’héroïne de château en château, en lui faisant également soigneusement éviter le risque de tomber dans des mains réellement ennemies. Car il est bien évident que tout le monde n’est pas dans la combine…

Et lorsque tout est bien réglé, au bout de quelques mois de tractations et conciliabules, on en arrive à Rouen et le fameux procès peut alors s’ouvrir. Devant un tribunal ecclésiastique dont bien sûr quelques uns des membres influents sont dans la confidence.

Le procès :

On va donner une importance considérable à l’affaire. Qui va s’éterniser, alors que d’ordinaire, ce type d’accusation se règle en quelques jours.

Il faut au contraire « médiatiser » le procès. Souvenons-nous qu’à l’époque concernée, il fallait longtemps à l’information pour circuler, et une affaire conclue en une dizaine de jours n’aurait pas marqué les esprits. Alors on va la faire traîner, de la même façon que l’on a temporisé après la capture, le temps que l’Europe entière soit informée que la Pucelle d’Orléans, la « Fille de Dieu » est captive et en passe d’être jugée.

Et bien évidement, ce procès va constituer la tribune idéale pour énoncer les vues de la Conjuration... Notre héroïne va pouvoir expliciter "sa" doctrine, ou plutôt celle du "Roi du Ciel", et donc rétablir les choses en ce qui concerne la suprématie du Pape ! bien sûr, les "voix" vont devoir intervenir, pour répondre sur des points bien précis. Et à ces moments là, Jeanne temporise, demande des délais, remet ses réponses à huit ou quinze jours, le temps du trajet aller et retour d'un messager qui devait joindre Angers, Orléans, Avignon peut-être ?

Jeanne devant ses juges (lettrine d'un manuscrit du XVe siècle, BNF)

Le procès de Jeanne va donc se dérouler à Rouen, qui va faire intervenir plus de 120 personnes !

Et de nos jours, on nous explique que l’on sait tout de ce procès, grâce aux minutes précieusement conservées.

Mais on oublie bien sûr de préciser que ces soi-disant « minutes » en français, sont les traductions de textes latins, eux-mêmes traductions de textes en vieux français, une infime partie des minutes d’origine… Car rappelons-le, à la fin du procès de Rouen, (qui ne comporte curieusement pas de jugement de condamnation) l’évêque Cauchon récupère tous les procès-verbaux rédigés par les notaires servant de greffiers, et s’en va avec !

Définition d'une minute:
La "minute" est le nom donné à l'original d'un document émanant d'une juridiction ou d'un officier public. Le mot vient de ce qu'à l'époque où les actes et, en particulier les jugements, étaient écrits à la plume. Le rédacteur devait utiliser une écriture fine pour éviter les problèmes d'archivage. En principe, seule la minute est signée par le juge et le greffier ou, s'agissant d'un acte notarié, par le notaire, par les parties et éventuellement par les témoins.

Il faudra le menacer pour qu’au terme de cinq années, les fameuses "minutes" enfin réapparaissent, mises en forme et traduites en latin, quand bien même les notes avaient été prises en français… Ce ne sont donc plus des "minutes", au sens juridique du terme... mais de simples textes sans aucune valeur juridique !

Le texte en est d'ailleurs tellement dénaturé que le notaire Manchon refusera de le contresigner !

Selon Jean Bancal, in "Jeanne d'Arc, Princesse Royale" :
Les procès-verbaux étaient, bien entendu, écrits en français ; ils ne furent traduits en latin par Thomas de Courcelles qu'après un assez long délai (sans doute 4 ou 5 ans après la fin du procès) et nous n'avons aucune garantie sur la fidélité de cette traduction, pas plus d'ailleurs que sur celle de la minute en français... On ne sait pas ce qu'est devenue la minute originale, rédigée en français. Elle semble avoir été perdue. Certains auteurs affirment toutefois qu'elle se trouverait à Londres dans la bibliothèque privée de la Reine d'Angleterre.

Alors nous comprenons aisément le sieur Manchon.
Notons également une constatation curieuse ... Un procès, réunissant plus de cent vingt intervenants, qui s'étale sur cinq mois, en auditionnant moult témoins, débouche sur quelques feuillets de notes… feuillets pour le moins sybillins...

Nous donnons ci-après à nos lecteurs un exemple de ce que les traditionalistes nomment les "minutes" du procès, texte repris sur le site de l'Abbaye de St Benoit:

CINQUIÈME, SIXIÈME ET SEPTIÈME JOURNÉES

14, 15, 16 FÉVRIER 1431.

Enquête préparatoire. 

Les mercredi, jeudi, vendredi et samedi suivants, par le ministère de maître Jean de la Fontaine, commissaire, assisté de deux notaires, il a été procédé à ladite enquête.

On peut s'apercevoir aisément qu'il ne s'agit que de titres, vides de contenu... On a fait telle et telle chose, tel acte de procédure, telle enquête, mais on n'en donne jamais la teneur exacte !

Lorsqu’on voit se dérouler un procès d’assises de nos jours, on peut constater le nombre des pièces de procédure et le volume qu’elles occupent ! Et en général ce type d’audience ne s’étale que sur quelques jours et ne réunit qu’environ une trentaine d’intervenants, juges, jurés, procureur, greffiers et avocats.

Et pour juger Jeanne en cinq mois (du 9 janvier au 30 mai 1431), avec une foultitude d’ecclésiastiques, on ne noircirait qu’une soixantaine de feuillets ? voir le Procès de Jeanne

On se doit de préciser dans cet article que la doctrine officielle a volontairement choisi de "gonfler" le document des "minutes" originales du procès de Rouen, en y intégrant les dépositions des témoins du procès dit de réhabilitation! Tel le témoignage d'Hauviette, qui contredit néanmoins la version officielle quant à l'âge de Jeanne... On trouve sur le site de l'Abbaye de Saint Benoit la version complète

Et pour enfoncer davantage le clou, nous ne pouvons resister à l'envie de donner à nos lecteurs la teneur du premier paragraphe du procès officiel de Jeanne :

Au nom du Seigneur, ainsi soit-il !
Ici commence le procès en matière de foi contre défunte femme Jeanne, appelée vulgairement la Pucelle.

On s'aperçoit donc que le procès officiel, tant vanté par les historiens comme une pièce maîtresse de la connaissance johannique s'ouvre sur la condamnation d'une morte ! c'est bien là la preuve qu'il est rédigé après la sentence...

Il est patent qu’on a tout remis en forme, réécrit, condensé. On peut légitimement se poser la question du pourquoi d’un tel comportement.

Sauf bien sûr si l’on poursuit notre raisonnement initial :
Les évangiles sont aussi des textes apocryphes, (écrits entre 150 et 200 ans après les faits "évoqués"). On a donc fait de même, en donnant le beau rôle à l’accusée, la future martyre. Et comme dans l'histoire de Jésus, on a là aussi "écrémé"... On n'a retenu que 4 évangiles pour constituer le nouveau testament, dans la soixantaine recensée. Au Moyen-Age, on va ne retenir que ce qui est judicieux !

Et l'on a allégrement gommé toute la partie ayant trait à la sexualité de la "Fille de Dieu", comme on l'avait fait 13 siècles auparavant pour le "Fils de Dieu", supposé vierge lui aussi...
Exit Marie Madeleine autrefois... Bonjour le Saint Pucelage en 1429 !

Mais les vraies minutes ont réellement existé. Certainement n’ont-elles pas disparu pour tout le monde !

Mais il demeure toutefois une coïncidence troublante que personne n’a relevée: La réapparition des «minutes officielles» correspond avec celle de Jeanne en Lorraine… La "Resurrection" somme toute...

Il fallait terminer l'opération "Nouvel Evangile" par une touche finale, les minutes du Procès, avant que de rendre l'héroïne à la vie civile.

L'abjuration.

Quelques jours avant le bûcher, le 24 Mars 1431, a lieu la fameuse scène de l'abjuration du cimetière de St Ouen. C'est un des épisodes les plus obscurs de l'histoire officielle de Jeanne... A-t-elle abjuré réellement, a-t-elle signé un long document, ou bien quelques lignes, les questions demeurent !
Mais nous relevons quant à nous deux détails particulièrement curieux, qui bien sûr ont échappé à nos bons historiens.

La tonte de Jeanne :

Lors de cette "cérémonie", il était coutume de tondre l'accusé, en signe de pénitence... Jeanne se retrouve donc avec le crâne rasé !
Or quelques jours plus tard, le matin même du bûcher, on va nous la décrire s'arrachant les cheveux à pleines poignées à l'annonce de sa proche exécution...

Seulement sept jours se sont écoulés depuis l'abjuration ! Pour un individu normal, la pousse des cheveux est de l'ordre d'un tiers de millimètre par jour. Ce qui dans le cas présent autoriserait à la Pucelle une chevelure d'une longueur d'environ 2 millimètres... Dont il nous parait impossible qu'on puisse l'arracher par poignées !

Trois possibilités s'offrent alors :
Ou bien un véritable miracle est survenu dans la prison de Jeanne, qui lui a redonné la chevelure normale d'une femme...
Ou bien simplement ses cheveux n'ont jamais été tondus, ce qui implique qu'elle n'était pas en personne à la cérémonie d'abjuration...
Ou bien encore, Jeanne n'est déjà plus là, et on ne fait que décrire une scène totalement imaginaire...

La signature !

De multiples écrits décrivent la fameuse scène de l'abjuration, pendant laquelle, selon Manchon, Jeanne sourit... Elle signe la cédule qu'on lui présente alors d'une simple croix ! pense-t-on réellement nous faire accroire que l'évêque Cauchon ignorait tout de la signature habituelle de Jeanne pour tolérer cette fantaisie ?
Mais est-ce bien Jeanne qui est présente ce jour-là ?

L'exemple Jésus.

Comme nous l’avons précédemment écrit, il faut continuer le parallèle avec Jésus, pour l’édification des foules. Il est donc nécessaire de donner à l’exécution un retentissement important. Pour cela, il n’y a que le bûcher, la crucifixion ayant déjà été utilisée et ne figurant plus à l’arsenal de la Sainte Inquisition, qui constitue un supplice digne de la « Fille de Dieu », et qui présente aussi l'avantage non négligeable... de faire disparaitre complétement le corps du condamné.

On retrouve néanmoins la couronne d'épines ! Sculpture de Real del Sarte.

Image reprise par une revue catholique...

Il faut en effet un châtiment suprême particulièrement odieux, terrifiant. Mais la mise à mort ne se déroule absolument pas selon le mode opératoire décrit par les historiens traditionalistes… ni même selon le mode habituel autant que légal !

En effet, il était coutume de dénuder le condamné, et de le torturer avant l’exécution, ce qui naturellement n’aura pas lieu dans le cas présent. Car si l'on ne peut reconnaitre une femme recouverte d'une longue robe avec une capuche lui masquant le visage, il aurait été facile aux témoins, dont surtout les soldats présents, de constater que le corps dénudé qu'on allait martyriser ne portait pas les cicatrices récoltées au combat et bien connues que portait Jeanne...

On se dépêche donc de lier la "condamnée" au poteau du supplice, l'estache.

Le bûcher de Jan Hus. On peut constater que le tas de bois entoure la victime.

Le bûcher lui-même n’a absolument pas la forme qu’on lui donne dans toute l’iconographie de Jeanne !

Un bûcher médiéval consiste en fait en un poteau de bois, l'estache (d'où le terme anglais : the stake), recouvert de plâtre pour l’ignifuger, fiché en terre, et auquel on attachait le condamné par une chaîne ou des cordes. Le bois était entassé autour de ce pieu, soit en rond, soit en carré, jusqu’à la hauteur de la tête du supplicié dont le corps disparaissait ainsi à la vue du public.

On distingue à gauche un bûcher carré, et à droite un bûcher élevé en rond!

Dans le cas qui nous concerne, seule la mitre et le visage embronché de Jeanne auraient donc pu être visibles. Mais le bourreau lui-même évoque l'inhabituelle hauteur du tas de bois... (voir plus bas)

On ménageait toutefois dans la pile de bois un passage latéral pour permettre au bourreau d'accéder à l'estache, le temps d'y lier la victime. Ce passage était comblé de paille et de fagots avant la mise à feu.

Jeanne embronchée, vue par Adrien Harmant

On précise d'ailleurs dans le "compte-rendu" de l'exécution que le bûcher était anormalement haut ! Ce qui ne signifie nullement que la condamnée se trouvait perchée au dessus du sol, mais simplement que l'empilement de bois mesurait plus que d'habitude en hauteur... Ce qui fait que la tête de la victime devait même ne pas apparaitre.

Selon la version officielle, c'est le bourreau lui-même qui évoque l'inhabituelle hauteur du bûcher, ce qui l'aurait empêché d'étrangler la condamnée... Mais n'est-ce point le bourreau lui-même qui précisément monte ce même bûcher... Et comment aurait-il fait dans ce cas pour y lier la condamnée ?
Cherchez l'erreur !

De la paille et des fagots disposés en bas du tas de bois permettaient une mise à feu facile. Et pour manipuler plus aisément les rondins constituant le véritable mur de bois entourant la victime, le bourreau et ses aides utilisaient un instrument à long manche muni à son extrémité d’une pointe et d’un crochet. Pointe qui permettait dans la plupart des cas de tuer le supplicié d'un coup au coeur avant que de mettre le feu à l’édifice.
On distingue sur les miniatures présentées supra les outils maniés par le bourreau et son aide.

L’embrasement rapide des fagots et de la paille consommait énormément d’oxygène et asphyxiait aussitôt la victime si elle n’avait point été exécutée d'un coup de pique, ou étranglée en même temps qu'on l'attachait.

Lorsque la totalité du bois était en feu, le bourreau faisait s’écrouler le tas vers son centre, de façon à consumer totalement le cadavre. Surtout d’ailleurs pour éviter que ne soient prélevées de quelconques reliques !

Le condamné attaché par la taille s'étant bien évidement affaissé, le brasier recouvrait alors entièrement la victime...

Il est bien évident que dans ces conditions, il était possible de faire disparaitre n’importe qui ! on prétend que le bourreau entr'ouvrit le bûcher pour laisser apparaitre le corps d’une femme, mais au bout de quelques minutes dans un brasier, ce corps devait être méconnaissable…

Dans la mesure où l'on avait repoussé le public derrière des rangées de soldats, il semblerait bien difficile pour un spectateur de distinguer quoi que ce soit au milieu d'un brasier... Par contre si l'on voulait faire en sorte que les spectateurs constatent qu'il s'agissait bien d'une femme que l'on brûlait ce jour là, il nous semble patent qu'il était bien plus aisé et probant de le montrer avant la crémation, qu'après. Un corps qui a passé quelques minutes dans une fournaise est totalement méconnaissable !

Qui a-t-on brulé ce jour là, ( à supposer bien évidement qu'on ait réellement brûlé quelqu'un ce jour là ) nul ne le saura jamais, à moins bien sûr de remettre la main sur les archives personnelles de l’évêque Cauchon…

La mort civile

Rappelons qu'il existait au Moyen-âge une autre sanction, appelée "Mort Civile".

Un exemple : En 1379, Charles V condamne Jean de Montfort, Duc de Bretagne, à la confiscation de son corps et de ses biens... Mais cette décision seule ne suffit pas à la vindicte populaire qui désirait que soit prononcée une sanction exemplaire. Il lui fallait une exécution publique prenant la forme d'une exécution par effigie.
En conséquence l'Etat avait fait exécuter un arrêt de mort au moyen d'une fiction, et celui contre lequel cette exécution avait eu lieu était réputé mort.

N'a-t-on pas appliqué cette procédure à Jeanne, en se contentant de brûler son effigie? C'est fort possible !

Gabriel Naudé a soutenu que "la Pucelle n'avait jamais été brûlée qu'en effigie" dans ses livres "de l'estat et succès des affaires de France - Paris 1570 - 1 - II - règne de Charles VI, ad. ann. 1427- 1430 et Histoire générale des rois de France - Paris 1576 -1- XXI, règne de Charles VII."

Une pendaison par effigie!

Cette hypothèse d'une condamnation à cette sentence de mort civile colle parfaitement au déroulement de l'histoire....

On ne peut dévêtir et torturer la victime, et pour cause... elle n'est pas là !
On ne peut donc pas l'étrangler non plus...
Le bûcher est très haut pour masquer l'absence de la condamnée,
Ou bien il parait "engloutir" la victime, qui est absente...
On brûle une pancarte qui porte les motifs de la condamnation ...
La victime perd son identité, puisque officiellement morte !
Jeanne n'est plus Jeanne, alors pourquoi ne deviendrait-elle pas Claude ?
Un condamné à la "Mort Civile" a un délai de 5 ans pour réapparaître et se justifier,
Le bûcher a lieu le 30 Mai 1431...
Et Claude réapparait ... le 20 mai 1436! Soit un peu moins de 5 ans après...

De plus, on trouve sur Internet l'information suivante : L'attribution renouvelée d'une personnalité juridique à celui qui est revenu est très justement appelée par les civilistes une résurrection. À l'issue de ce jugement, l'absent revenu jouit à nouveau de sa pleine et entière personnalité juridique.
Un parallèle avec Jésus...?

On doit également rappeler la fameuse pancarte placée sur le bûcher :

Ce panneau qu'on affiche sur le bûcher et que l'on brûle correspond parfaitement à la procédure de l'exécution par effigie.
On trouve à la page 228. du "Traité de la mort civile" de A.T. Desquiron l'explication suivante :

"Ainsi l'effigie est dans l'exécution d'un criminel condamné à mort par contumace, laquelle se fait dans la place publique par la suspension d'un tableau où est écrit le jugement de condamnation"

Lire en ligne: "Traité de la mort civile" de François Richer, avocat au Parlement, chez Ganeau, Paris, 1755
Lire en ligne: "Traité de la mort civile en France", d' A. T. Desquiron de Saint-Agnan, avocat à la cour royale de Paris, Guien et Cie, Paris, 1822

Et l'opération se poursuit!

Dès le bois du bûcher consumé, l’entreprise de création du « nouvel évangile » peut se poursuivre : Jeanne a demandé et obtenu une croix qu’elle a serré sur son sein ; on a vu une colombe s’envoler du brasier ; elle est morte en criant le nom de Jésus ; les soldats pleuraient ; le bourreau gémissait sur son sort, convaincu qu’il était d’avoir brûlé une sainte…

On ira même jusqu’à parler de son cœur demeuré intact, qu’on aurait récupéré dans les cendres !
Un miracle de plus !

Analysons simplement le bûcher... D'ordinaire, celui-ci monte jusqu'à la poitrine du condamné, ce qui dans le cas présent, Jeanne étant très grande, et le bourreau ayant élevé la pile de bois plus haut que de coutume, peut représenter plus d'1.60m de hauteur... Son espace intérieur, qui doit recevoir l'estache, le condamné, et le bourreau qui doit l'y lier, doit avoir de l'ordre de 1,20m de côté, voire davantage... Ce qui, si l'on prend une valeur moyenne de 2 pieds pour la longueur des bûches, nous donne un volume de bois de plus de 9 stères. Il serait très curieux d'une part qu'un tel volume de bois puisse se consumer en quelques heures, et d'autre part que les cendres soient assez refroidies pour y chercher des ossements !

Rappelons ici l'anecdote des "vrais restes de Jeanne", récupérés sous le bûcher, authentifiés par l'évêché de Tours, mais bien heureusement analysés par le Professeur Charlier, qui a scientifiquement établi qu'il s'agissait des restes d'une momie égyptienne et d'un chat...

Les reliques de Jeannes, authentifiées par le Vatican...

Nous avons par contre quelques interrogations quant au coeur non consumé de l'héroine, miraculeusement récupéré sous le bûcher... Pour nous cette anecdote comporte vraisemblablement une part de vérité... Non quant à la récupération après l'extinction du brasier bien sûr, mais plus prosaïquement sur l'organe conservé...
Rappelons que pour nous, Jeanne assassinée bien après ( aux alentours de 1451) a dû avoir le corps morcelé en trois parties... (Dilaceratio corporis)

Reliquaire médiéval pour un coeur!

Les viscères enterrés dans le village où a eu lieu son assassinat, le corps en l'église de Pulligny, et le coeur vraisemblablement conservé comme relique... ou bien maintenant déposé sous le choeur d'une célèbre cathédrale, qui sait...?

Dans un célèbre édifice...

Au chapitre des hypothèses, on doit aussi rappeler qu'il existe encore une statuette de Jeanne à cheval, dont une partie se démonte pour laisser apparaitre un creux, vraisemblablement destiné à recevoir une relique...

Statue équestre de Jeanne conservée dans les réserves du Musée de Chinon.

Quelques explications sur cette statue:

On peut en passant s'interroger sur la discrétion de certains musées, qui conservent en leurs réserves maints souvenirs johanniques... ! Un chapeau au Musée Lorain de Nancy, ou un portrait sur bois à celui de la Cour d'Or à Metz...

Donc l'opération Nouvel Evangile se poursuit...

Et toutes les informations précédentes seront transmises, certainement même avant le supplice, à travers les réseaux, franciscains et autres. Et comme nos historiens ne sont guère curieux, tout ce montage sera joyeusement repris et deviendra la matière même de leurs convictions…
Néanmoins, dès le bûcher éteint, le doute s'installe...
Mais l'Histoire officielle de nos jours n'en n'a cure.

Ce qui veut dire que la « conspiration » à l’origine de l’affaire Jeanne d’Arc a réussi, mais avec quelques siècles de retard, à faire accroire à une histoire d’une pauvre bergère inspirée par Dieu, qui s’en va guerroyer et donner sa vie pour le salut de sa mère patrie. (voir l'article: Jeanne et les historiens)

Mais revenons à l’époque qui suit immédiatement le bûcher.

On a donc Jeanne bien vivante mais qui ne doit pas réapparaitre avant quelque temps, le temps nécessaire à mettre au point les conditions de sa « résurrection ».
Alors que devient-elle ?

Une première hypothèse la fait rester cachée à Rouen pendant quelques mois.

Une deuxième la voit conduite au château de Montrottier, forteresse dans laquelle elle reste emprisonnée jusqu’à sa réapparition en Lorraine.

L'intérieur de la "chambre de la Pucelle" du donjon de Montrotier.
Merci à Jack Minier pour ce cliché...

Une troisième la fait guerroyer pour le Pape en Italie…

Et une quatrième la voit séjourner en l'Abbaye de Clairefontaines (près d'Arlon), après son rachat par Jean de Luxembourg.

Mais vraisemblablement existe-t-il d'autres possibilités, comme un séjour à l'étranger (hors de l'emprise de Charles VII en fait), dans un terrtoire dépendant de l'Empire Romain Germanique, peut-être auprès de Sigismond 1er, ou bien en Angleterre, auprès de Charles d'Orléans...

Roger Senzig dans son ouvrage "Jehanne la Pucelle et ses secrets" narre la découverte qu'il a faite d'un document conservé aux Archives Générales du Royaume de Belgique, évoquant le réglement du salaire d'un maçon qui aménagea une chambre au Château d'Arlon pour Jeanne. Ce texte laisse supposer qu'en 1436, il s'agissait d'un second séjour de la Pucelle, et que celle-ci aurait déjà logé à Arlon entre 1431 et 1434.

On doit également se souvenir d'un incontestable document: La donation en 1443 par le Duc d'Orléans à Pierre Dulis, officiellement un des frères de la Pucelle, dans laquelle, on trouve le texte suivant :
Ref. : Arch. Loiret n° A.274. - Bull. S.A.H.O., tome 3, 1860.

Receue avons l’umble supplicacion de nostre bien amé 
Pierre du Lis, chevalier, contenant que, pour acquiter 
sa loyauté envers monseigneur le Roy et nous, il s’en 
feust départi (était parti) de son païs et venu (au) 
service de mondit seigneur le Roy et de nous, en la 
compaignie de Jehanne-la-Pucelle, sa soeur, avecqs 
laquelle jusques à son absentement et depuis ce jour 
jusques à présent
, il a exposé son corps et ses biens 
oudit service, et au faict des guerres de mondit seigneur 
le Roy, tant à la résistance des ennemis de ce royaume 
qui tindrent le siège devant nostre ville d’Orliens, come 
en plusieurs voïages faiz en entprins (entrepris) par 
mondit seigneur le Roy et ses chiefs de guerre et 
autrement en plusieurs et divers lieux, et par fortune 
desdictes guerres a esté prisonnier desdits ennemis et 
à ceste cause vendu les héritaiges de sa femme et perdu 
tous ses biens tellement que a paine a de quoy vivre 
ne (ni) avoir la vie de sa femme et de ses enfants."

Ce qui signifie qu'à l'époque de la donation, soit en 1443, Jeanne la Pucelle est bien vivante...

Nous n’avons pas encore suffisamment étudié toutes ces hypothèses pour livrer ce jour notre opinion, mais envisageons que la solution doit représenter un savant mélange de tout cela.

En conclusion, on voit qu’au Moyen-âge on a mis au point une histoire édifiante pour pour rénover (réformer?) ou réorienter la religion catholique vers ses bases initiales. Qui ne niaient ni le mariage de Jésus et Marie-Madeleine… ni l’émergence de leur descendance…

Il n’est pas dans notre propos de suivre le déroulement de cette entreprise au-delà de la période qui concerne ce site. Indiquons simplement que René d’Anjou, par son mode de vie, annoncera la Renaissance, et que Charles VII en 1438 promulguera la « Pragmatique Sanction » qui réduira drastiquement les pouvoirs du Pape.