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Jeanne ou St Maurice ?Les secrets de Jeanne - Questionnements & hypothèses

L'anneau de Jeanne?

Un article proposé par Thévenin

L'achat du Puy du Fou

L'anneau dans son coffret

Une bague supposée avoir appartenu à la Pucelle d’Orléans a récemment été acquise par le parc à thème du Puy-du-Fou en Vendée.
L’authenticité de cette relique est suspecte puisqu’on ne peut en déterminer l’origine exacte malgré les allégations péremptoires des acquéreurs.

L'anneau vu de divers côtés

Après avoir été accueillie en fanfare le dimanche 20 mars 2016 au Puy-du-Fou qui en a fait l'acquisition, la bague supposée de Jeanne d'Arc a même failli devoir retourner en Angleterre. En effet l'anneau de la célèbre héroïne serait semble-t-il sorti de ce pays sans la licence d'exportation, qui est normalement exigée pour tout objet au-delà d'une valeur de 39.219 livres.
Or la relique, mise en vente à Londres par Timeline et estimée entre 11.230 et 15.730 euros, a été adjugée le 26 février 2016 au parc à thème français pour la somme de 376.833 euros... (En fait 294.676 livres)
Visiter le site d'enchères.

L'accueil triomphal réservé au bijou...

Une nouvelle péripétie dans les mésaventures de la supposée bague de la Pucelle d'Orléans, puisque des doutes planent sur son authenticité. Mais tout ce qui concerne cette bague intéresse les courants religieux catholiques intégristes qui entretiennent la légende de l’histoire officielle de la Pucelle. Ces milieux religieux, qui sont peu regardants sur les réalités historiques, ne le sont pas plus sur les réalités archéologiques et la nouvelle « relique » est pour eux un motif nouveau de dévotion et un business pour le nouveau propriétaire.

La promotion a bien commencé!

L'anneau que portait Jeanne d’Arc et qu'elle regardait souvent, très souvent même selon les témoins, avant chaque bataille, «par plaisance et en l'honneur de son père et de sa mère», cet anneau est fortement suspecté parmi quelques autres objets symboliques, comme son étendard, d'être ensorcelé. 
On lui demande si elle a opéré des guérisons avec.
Il figure dans l'acte d'accusation qu'on lui lit le 27 mars :

« Article 20 : Item, ladite Jeanne a mis un sort dans son anneau, dans son étendard, dans certaines pièces de toile ou panonceaux.»

Il apparaît ainsi comme une pièce à conviction d'importance.

Les trois anneaux qui interviennent dans la vie de la Pucelle :

La bague récupérée sur la Pucelle par Pierre Cauchon, dixit la tradition, n’a sans doute rien à voir avec celle achetée par le Puy-du-Fou!

Une recherche historique permet de matérialiser trois bagues ayants appartenu à Jeanne :

- La première est citée dans une lettre de Guy, seigneur de Laval. Il est question d’un petit anneau d’or que Jeanne d’Arc souhaitait remettre à la grand-mère de ce dernier, veuve de Du Guesclin. On ne sait pas ce qu’il est devenu. Vallet de Viriville a écrit sur ce sujet quelques pages où il compte, avec les deux anneaux qui suivent et dont Jeanne a parlé, le petit anneau d'or qu'elle envoya à l'aïeule de Guy et d'André de Laval, la veuve de Du Guesclin (juin 1429 : lettre des deux frères, ibid., t. V. p. 109).

- La deuxième apparaît dans les minutes du procès de 1431. Elle a été donnée à Jeanne par son frère. Et nous ne possédons sur elle strictement aucune information descriptive. Il semble que ce soit cette bague qui a disparu dont le journal anglais The Telegraph fait allusion.

- La troisième bague, sur laquelle se focalise aujourd’hui toute l'attention est celle qui est mentionnée dans un interrogatoire daté de mars 1431. Il s’agit d’un anneau en laiton recouvert d’or, donné à Jeanne par ses parents nourriciers de Domremy.  Sur ce bijou sont gravés les mots Jésus Maria, associés à trois croix. Des termes utilisés de façon fréquente au 15e siècle pour ceux qui côtoyaient les Franciscains. Ce bijou récupéré lors de la capture de la Pucelle par les Bourguignons n’a pas pu être produit devant le tribunal lors du procès de la Pucelle. Les juges ont insisté lors de la procédure pour en avoir une description de la part de Jeanne.

Nous remarquons qu’il y a des éléments de ressemblance entre cette troisième bague et celle achetée par le Puy-du-Fou.
Des analyses spectrométriques par fluorescence X, réalisées dans des laboratoires d’Oxford en décembre 2015, ont conclu que le métal de l’anneau datait bien du 15ème siècle !

Des explications techniques :

La spectrométrie de fluorescence des rayons X (SFX ou FX, ou en anglais XRF pour X-ray fluorescence) est une méthode d'analyse chimique utilisant une propriété physique de la matière, la fluorescence des rayons X.
Lorsque l'on bombarde de la matière avec des rayons X, la matière réémet de l'énergie sous la forme, entre autres, de rayons X ; c'est la fluorescence X, ou émission secondaire de rayons X. 
Le spectre des rayons X émis par la matière est caractéristique de la composition de l'échantillon, et en analysant ce spectre, on peut en déduire la composition élémentaire, c'est-à-dire les concentrations massiques en éléments.
Une mesure de fluorescence X permet d'afficher un spectre, c'est-à-dire le nombre de photons X secondaires (émis par l'échantillon) ayant une énergie E/longueur d'onde λ donnée. 
En fait, on mesure un « nombre de coups », c'est-à-dire en nombre d’impulsions générées par le détecteur ; le rapport entre le nombre de photons pénétrant dans le détecteur et le nombre de coups généré dépend le rendement du détecteur et de l'amplification. On exprime en général l'intensité I en nombre de coups par seconde (cps) ; c'est le « taux de comptage ». Le spectre est la courbe I(?) ou I(E).  L'analyse qualitative pour connaître les éléments présents consiste à détecter si un pic est présent. L'analyse quantitative pour déterminer la concentration d'un ou plusieurs éléments nécessite de connaître la hauteur ou la surface d'un pic du spectre. 

On a typiquement quatre sources d'erreur :

- Le caractère aléatoire de l'émission de photons X (émission primaire par le tube et émission secondaire par l'échantillon), qui est un phénomène quantique.

- La dispersion de la mesure, qui provoque un élargissement des pics du spectre ; on a alors un risque de confusion de pics voisins (superposition de pics, « interférence »).

- Le bruit de fond, qui peut masquer de petits pics et perturber la mesure de la hauteur ou de la surface d'un pic.

- Les écarts entre le modèle de calcul et l'échantillon réel, en particulier le fait que l'échantillon n'est pas toujours homogène, dans le cas d'une roche broyée par exemple (effet de taille de grains, effets dits « minéralogiques »).

En fait, il n'existe pas de méthode de datation des métaux à proprement parler!
Les essais d’authentification et d’évaluation de l'ancienneté des objets en argent s’effectuent au moyen de quatre expertises : par microanalyse (MEB), thermoluminescence, mesure du plomb 210, et radiographie X (analyses spectrométriques par fluorescence X).
A l'aide de la microscopie électronique à balayage (MEB), on définit la composition du métal, la nature et le degré de la corrosion. Ces résultats forment un faisceau d'indices qui permet de se prononcer sur la compatibilité ou non avec l'époque présumée de l'objet.
Un prélèvement de quelques mm est nécessaire à cette analyse. Par ailleurs, si la pièce a une forme fermée, et qu’elle contient un noyau de fonte résiduel, un test de thermoluminescence peut être pratiqué en complément de l’analyse du métal.
Le dossier d'expertises scientifiques qui a été mis à la disposition de toute la presse le 20 mars 2016 lors de la présentation officielle de l'anneau au Puy du Fou nous donne des précisions utiles : Seule la radiographie X a été pratiquée sur l’anneau ce qui est nettement insuffisant par rapport aux techniques d’expertises à notre disposition aujourd’hui.

Quid de l’expertise présentée :

Lire en ligne "le dossier d'expertise de l'anneau de Jeanne" présenté par le Puy du Fou.

- L’expertise présentée par l’acheteur prétend dater l’anneau du 15ème siècle ce qui avec ces procédés est plus que douteux. L’expertise est insuffisante et contestable pour valider une création de cet objet au 15ème siècle, en l’absence de méthodes plus rigoureuses comme la microscopie électronique à balayage, la thermoluminescence et la mesure du plomb 210. La méthode des rayons X n’est qu’un complément de recherche mais ne peut pas constituer une méthode d’investigation principale décisive comme le prétend l’expertise fournie.

- L’expertise corrobore que l’anneau correspond à la description relevée dans les minutes du procès par la Pucelle elle-même. Sur ce second point nous émettons également des doutes en regard des interprétations de l’expertise sur les lettres, motifs ou gravures présents sur l’anneau. Notre expert nous donne un avis plus précis et conforme car s’inscrivant dans la période historique observée.

- L’expertise prétend qu’il s’agit bien de l’anneau réclamé à deux reprises par le conservateur des Musées départementaux de la Seine-Maritime en 1980 et 1981. L’expertise qui ne produit aucun document à l’appui de ses indications prétend que le fait que les institutions muséales publiques réclament l’anneau tend à montrer que, pour ces dernières, l’authenticité de l’anneau était avérée. L’esprit scientifique de cette expertise est plus que douteux dans ces dernières considérations.

- L’identification de la bague et sa localisation en Angleterre est bien établie par la généalogie de la transmission certifiée par «TIMELINE AUCTION» : Lors de la vente, le Commissaire-priseur a lui-même annoncé que, dans le dossier d’acquisition, figuraient les attestations de l’identification des détenteurs successifs depuis 1431 jusqu’à nos jours, ainsi qu’un arbre généalogique de la transmission. Aucun historien spécialiste de Jeanne d'Arc ne se montre convaincu par les explications et les documents présentés par la société de vente aux enchères Timeline Auctions et le vendeur.
L'historien Philippe Contamine précise:
« Si on me l'avait demandé, je n'aurais pas conseillé l'achat. La traçabilité depuis 1425 jusqu'à nos jours me paraît non démontrée. Trop d'inconnu, trop de suppositions ».
On peut rajouter qu'il n'y a aucune preuve en fait entre les acquéreurs successifs...

On peut en conclure aujourd’hui, que seul un orfèvre l'a examiné, se bornant à confirmer que son style et sa fabrication désignent un travail du XVe siècle.

Ce qui n'est guère suffisant aux yeux de Philippe Contamine :
« Il aurait fallu procéder, avant l'achat, à une contre-expertise faite par un laboratoire officiel spécialisé dans l'analyse des métaux anciens, et interroger les spécialistes des joyaux médiévaux, par exemple au musée du Louvre, au musée de Cluny, au Victoria and Albert Museum. »

Alors, seulement, la datation serait définitivement acquise et peut-être son lieu de fabrication. L’expertise scientifique des objets d'art en bronze, argent ou en laiton repose principalement sur l'étude d’un prélèvement de métal en microscopie électronique à balayage. Il s’agit alors de déterminer la composition de l’alliage et la compatibilité des phénomènes de corrosion avec l'ancienneté attendue de l’objet.
Dans certains cas, l'analyse du métal peut révéler à elle seule une métallurgie moderne (détection d'aluminium par exemple).  Parallèlement, pour les alliages contenant du plomb, il est possible d’évaluer l'ancienneté de la fabrication du métal à partir de la mesure de l'activité résiduelle d'un isotope du plomb, le Pb 210. Cette mesure permet de valider sans aucune ambigüité si le métal utilisé pour la réalisation de l'objet est moderne ou non.
Enfin, un test d'ancienneté par thermoluminescence peut être effectué, en complément de l’analyse du métal, afin d’évaluer le moment de la fabrication de l'objet. La thermoluminescence est un phénomène physique lié à la capacité de certains cristaux d'accumuler l'énergie cédée par les rayonnements ionisants issus de la radioactivité et de restituer cette énergie sous forme de lumière lorsqu'ils sont chauffés.  Quoi qu'il en soit, l'utilisation complémentaire de la radiographie X permet de valider l'homogénéité de l'objet dont un simple prélèvement a été analysé.

L’objet qui nous est présenté comme étant une relique en argent de la "sainte" n’a pas fait l’objet des analyses modernes et, en particulier, de celle par thermoluminescence qui est, semble-t-il, d’une redoutable efficacité pour débusquer un grand nombre de faux. Les analyses chimiques présentées pour attester l’ancienneté de l’objet sont insuffisantes.  Nous restons donc dubitatifs sur les efforts qui ont été développés pour analyser la bague de la Pucelle. Compte tenu du prix d’acquisition aux enchères, on peut estimer que les nouveaux propriétaires ont acheté l’objet « les yeux fermés » comme on dit, c’est-à-dire sans le minimum de précautions. Il s’agit donc bien d’un achat spéculatif à rentabiliser financièrement ou en termes de notoriété au profit de l’acheteur.

Si le bijou acheté par le parc à thèmes semble bien avoir passé 600 ans en Angleterre, au cours des différents legs qu’il a pu connaître à travers les siècles, il ne figure jamais sur aucun document!  Il est apparu pour la première fois sur le marché public en 1909. Il aurait ensuite été acquis en 1914 par un membre de la Royal Armouries auprès du peintre Augustus John, qui l’aurait lui-même reçu de Lady Ottoline Morrel (une descendante du Cardinal Henry Beaufort).  Cette dernière en possession de la bague ne permet sans doute pas d’accréditer la transmission par le cardinal Beaufort à son neveu Henry VI d’Angleterre. 

Cette transmission est une légende inventée par le curé de La Turbie, l’Abbé Matt, et recensée par le Père Doncœur.

L’anneau vendu au Puy du Fou était connu en France depuis 1929, date de sa première apparition lors de la vente de la collection Harmon Oates par Sotheby. Il fut acquis à cette date par le conservateur du British Museum, Gordon Bois, et revendue avec ses collections, toujours par Sotheby, au docteur Hasson en 1947. 
A partir des années 1950, son parcours devient tout à fait public car l’anneau fait son apparition dans des expositions après les salles de vente. Il est présenté en 1953 à La Turbie, puis à Rouen en 1954, et Paris en 1956, à l'occasion d’un évènement intitulé "Jeanne d'Arc et son temps".

Ouvrage collectif édité par le Musée des Beaux Art de Rouen en 1956

Ensuite la bague est vendue à plusieurs reprises et sa référence est inscrite dans les catalogues de ventes de grandes maisons comme le Museum of Lancashire Millennium Exhibition durant l'année 2000.
L’objet commença à avoir les honneurs de la presse en 1953 quand il fut exposé à la Turbie. Le catalogue de cette exposition montre une photo de l’anneau en argent selon la description attenante.  Mais la Pucelle décrivait un anneau en laiton, peut-être doré (lecton dans la Minute française, electrum dans le Procès latin).
Elle le décrivait parce que l'anneau lui avait été confisqué par les Bourguignons.
L'anneau qui se trouvait à Rouen était selon ses dires en or et se trouvait entre les mains de l'évêque Cauchon, son juge. Les analyses spectrométriques par fluorescence X réalisées à Oxford ne parlent pas de "laiton", comme dans les minutes du procès, mais d’ "argent" avec des résidus d’or au plus profond des gravures.

Entre l’or ou le laiton de la Pucelle, et l’argent des analyses, nous remarquons une contradiction qui mérite quelques tentatives d’explications :

- Les experts anglais et français sollicités par la maison de vente britannique et par les de Villiers à fin de vérification sont formels : l'anneau est en argent avec un peu de cuivre et des traces d'or indiquant qu'il était plaqué or, ce qui peut rappeler la description de Jeanne, qui ne parle pas d'un anneau en cuivre mais précise que:  «s'il était d'or, ce n'était pas de fin or, et ne sait si c'était d'or ou de laiton».  La bague a donc subi un vieillissement la faisant évoluer du plaqué or à l’argent ! Il s’agissait donc alors sans doute de vermeil à l’origine pour l’objet expertisé et il est curieux que la Pucelle n’ait pu définir la qualité de l’objet et le différencie du laiton.

- L’exposition organisée en 1956 à Rouen montre la bague sous le n° 190 sous la désignation "anneau dit de Jeanne d'Arc" et il est déjà précisé qu'il est en argent.

Une seconde contradiction concernant les inscriptions est remarquable, hors l’avis de notre expert :

- Sur l'anneau, l'étude de la calligraphie a permis l'identification des restes de l'inscription IHS -soit Iesu Hominum Salvator, Jésus Sauveur des Hommes, tel qu'il était également inscrit sur l'étendard de Jeanne et MAR pour Maria.  Sur le côté une première croix lobée est nettement visible ; à l'opposé, le M qui est identifié par l'ensemble des experts, de par la graphie et le type de gravure, comme ayant été rajouté, probablement au XIXe ou XXe siècle, a fait selon toute vraisemblance disparaître une deuxième croix dont on peut distinguer une très vague trace ; quant à la troisième, elle était en toute logique selon l'usage de l'époque sur le talon, mais celui-ci ayant été modifié pour être mis à une taille différente (il y a des traces de coupe et de soudure) elle a disparu.

- Il y avait trois croix sur la bague de la Pucelle et sur la bague présentée aujourd’hui il n'y en a qu'une seule d’entièrement visible sur un côté, avec de l'autre un « M » gravé, sans doute postérieur. Une troisième contradiction est remarquable : L'anneau du Puy du Fou ressemble à celui des Bourguignons, les documents fournis par le vendeur le font remonter à celui de Cauchon. Pour cela les documents fournis par le vendeur ne sont pas convaincants car l'anneau volé par les Bourguignons lors de la capture de la Pucelle se retrouve comme par magie la propriété de Beaufort. Voilà donc une contradiction très difficile à assumer. La traçabilité de l’objet est fantaisiste en fait comme nous le supposions précédemment.

Une contestation est aussi à noter :

- Dans un long article, le site Tak.fr ( voir en ligne ) explique que la Pucelle possédait plusieurs anneaux, et qu'il y a semble-t-il eu confusion. La bague correspondant à la description de l'anneau acheté par le Puy-du-Fou lui a été volée par les bourguignons, alors que celle confisquée lors de son procès était sertie d'une pierre précieuse.

- "Nous ne possédons, en réalité, aucune description détaillée de la bague confisquée à Jeanne par l’évêque Cauchon. Si jamais ce dernier a offert un anneau au cardinal d’Angleterre à la fin du mois de mai 1431, nous ne savons absolument pas à quoi cet objet ressemble. Or, la bague vendue à Londres par Timeline Auctions en février est si conforme à la description de la bague subtilisée par les Bourguignons à Jeanne d’Arc que l’hypothèse d’une pure forgerie ne peut être ici définitivement exclue ", conclut le site.

Nous ne possédons aucun document attestant la possession et la transmission de cet objet avant 1909. L’apparition de cet objet apparait donc comme très obscure, et l’attribuer à la Pucelle relève plus d’un pari ou d’un exercice de foi que d’une certitude archéologique ou historique. Nous pouvons conclure que la bague attribuée à la Pucelle ne répond pas à des critères historiques de traçabilité avant 1909 et donc d’appartenance à la Pucelle.  Après 1909 la bague fait l’objet de transmissions et d’apparitions dans les salles de vente et dans les salles d’exposition ce qui ne peut non plus constituer un élément de reconnaissance. Une relique de "sainte" Jeanne d’Arc est un objet précieux à plusieurs titres et il est quand même très étonnant que les premiers détenteurs n’aient pas cru bon de s’entourer de « garanties d’authenticité » sous forme de témoignages, d’attestations, de lettres et de cachets.

D'autres références...

Nous connaissons une autre chevalière dite de la Pucelle, détenue dans une collection privée, qui a fait l’objet d’une transaction récente en France.  Nous pensons que d’autres bagues sont détenues par des particuliers en France, et que ces bijoux présentent sans doute d’aussi bonnes caractéristiques que celui récemment rapatrié d’Angleterre, sinon de meilleures. 

- Le livre du colonel de Liocourt La mission de Jeanne d'Arc, Paris - 1974 - figure 75, nous montre également une photo d’autre anneau assez semblable sous la dénomination "Anneau, face et profil, appartenant à un anglais". Cet anneau est aujourd’hui sans propriétaire connu.

- Un site internet consacré à la Pucelle montre un cliché d'un anneau de Jeanne d'Arc, répertorié par Wallon, présentant également des différences avec celui récupéré par le Puy du Fou (Cf. Jeanne d'Arc par Henri Wallon - 5° éd. 1879 - Appendice II-16 : Les anneaux de Jeanne d'Arc). (Lire cet ouvrage)

L'anneau dans l'ouvrage de Wallon.

- L’éminent chercheur et historien Roger Senzig (voir dans notre rubrique bibliographie) avait également publié dans son ouvrage ("La survie de Jehanne la Pucelle, Tome II, les coïncidences" Page 200-201) une photographie d'un anneau exposé en France. Il semble que nous avons affaire au même anneau que celui récupéré par le Puy du fou. Cet auteur relate ainsi dans son livre son travail sur l’anneau ayant appartenu à la veuve du docteur Hasson.

Roger Senzig

Bien entendu, ses objets personnels lui sont enlevés, et notamment la bague qu'elle portait à l'index gauche. Celui-ci lui aurait été donné par son père ou sa mère, elle ne se souvenait plus très bien, pas plus que des inscriptions qui y étaient gravées: "MI" Jhésus-Maria, semble-t-il.
A Rouen, cet anneau lui fut restitué et elle en fit cadeau à Henri de Beaufort, cardinal de Winchester, fort indulgent et aimable à son égard. Celui-ci à son tour en fit cadeau au jeune roi d'Angleterre, Henry VI. A partir de là, nous ignorons bien sûr les péripéties advenues à la bague.

Les photos de l'anneau appartenant à la veuve du Dr Hasson.

Il nous fut signalé par Monsieur le Maire de La Turbie dans les Alpes Maritimes qu'une bague dite de "Joan of Arc" avait été achetée par un de ses administrés, le Dr James Hasson, dans une vente publique à Londres et prêtée par le docteur à M. le Curé de la Paroisse en vue de l'organisation d'une exposition. L'exposition eut lieu et obtint un grand succès.
La bague fut examinée par les plus grands spécialistes de l'histoire de Jehanne. Certains émirent des doutes sur l'authenticité de la bague. L'exposition fut close et la bague rendue à son propriétaire. Nous avons voulu retrouver la bague, mais le docteur est décédé en 1980. Avec beaucoup de chance et l'aide d'un de nos amis anglais, Guy Chevreux, nous avons réussi à retrouver sa veuve dans le Somerset, au sud-ouest de l'Angleterre.
Madame A. Hasson a bien voulu nous autoriser à publier la photo de cette bague prise lors d'une expertise. Elle est toujours en possession du bijou avec le certificat d'authenticité du célèbre "Christies" de Londres.

L'ouvrage de Roger Senzig évoquant ce bijou.

Un autre témoignage:

Celui du Docteur Louis Boucher... Selon cet érudit, de nombreux anneaux existent encore, tant chez des collectionneurs que dans les réserves de divers musées. Et ce en 1910.
Nous donnons ci-après in tégralement la communication de cet auteur.

La jaquette de la brochure du Dr Louis Boucher.

"Il m'a paru intéressant de vous présenter un anneau de forme particulière qui m'a été offert par M. André Lang, l'écrivain anglais, auteur de la Vie de la Pucelle, dont je vous ai lu un chapitre à l'une des précédentes séances.

Cet anneau, en argent doré, est la reproduction d'un modèle trouvé en Ecosse, en 1875, dans les ruines de l'abbaye de Pluscarden, et présenté par un antiquaire au musée d'Edimbourg, dont le directeur, M. Black, en a donné un spécimen à un savant érudit, M. le comte de Place, qui habite Bourges, et à qui je dois le renseignement qu'on a retiré, à Orléans, de la Loire, des anneaux semblables qui existent au musée Jeanne d'Arc de cette ville.

Une lettre de M. Dumuys, directeur du Musée historique de l'Orléanais, me confirme l'existence au musée de bagues, portant les monogrammes IHS et MA, trouvées dans la Loire.
Mais, par suite de la réinstallation du musée, M. le Directeur n'a pu établir l'existence d'un modèle absolument semblable à celui que j'ai soumis à l'Académie, et il recommande la plus grande prudence au sujet des reliques de Jeanne d'Arc.
Il n'y aurait point lieu de s'étonner que des joailliers Orléanais aient copié l'anneau que portait Jeanne d'Arc, et les archers écossais qui entouraient l'héroïne, dont fut probablement Patrick Lang, l'aïeul de l'historien actuel, garde de Charles VII, ont pu remporter ce souvenir de la Pucelle dans leur pays.
Patrick Lang obtint même du roi, pour ses bons et loyaux services, un fief auprès de Vierzon, et dans toute une région du Berry, qui forme un vaste verger au Nord de Bourges, près de Saint-Martin-d'Auxigny et d'Aubigny, il y a des descendants de ces Ecossais, parmi lesquels on compte beaucoup de Brault (Brown) et de Talbot.
Ils ont, d'ailleurs, un type blond roux qui s'est perpétué à travers les siècles et les distingue des Berrichons, qui sont bruns de façon générale.
Les Stuart avaient même le titre de ducs d'Aubigny.
L'anneau offre un corps et une tête ou chaton.
Le corps présente une surface interne et une surface externe et deux bords.
La surface interne ou cercle intérieur a l'aspect demi-sphérique coupé par un plan vertical, base du chaton, qui lui donne quelque ressemblance avec un étrier.
La surface externe est creusée de quatre losanges fleuronnés dont les extrémités forment une saillie où viennent converger en haut et en bas la pointe de deux triangles également fleuronnés, de sorte qu'il y a en tout dix triangles : cinq à la partie supérieure, cinq à la partie inférieure, contribuant à déterminer cinq arêtes saillantes sur le pourtour du corps.
Le bord inférieur est légèrement oblique, de même que le bord supérieur.
Leur courbe rejoint le sommet de la tête ou chaton. La tête ou chaton offre en dedans une surface plane verticale, en dehors et vue de côté, la forme d'un prisme, habituelle suivant notre collègue, M. Le Breton, à l'époque du XVe siècle.
L'une des faces du prisme porte le monogramme du christ : I.H. S., et l'autre : MAIO, probablement Maria. A chacune de ses extrémités se trouve une facette en éventail dont la pointe se continue avec la crête du prisme et dont les bords limitent ses deux faces latérales. Le milieu de chaque facette porte d'un côté un J, et un M de l'autre : Jésus Maria.
Notre collègue, M. Le Breton, m'a communiqué, pour vous le soumettre, un anneau en bronze du XVe siècle, dont le caractère rappelle beaucoup celui-ci. Le corps n'a pas un aplatissement aussi caractérisé et n'a rien de la forme de l'étrier.
A sa surface extérieure sont deux losanges fleuronnés, sans symétrie dans les feuilles. Quatre triangles fleuronnés séparent, à deux de chaque côté, le chaton du corps de l'anneau déterminant deux arêtes saillantes sur les côtés du corps et en arrière, tandis que les pointes des losanges produisent deux arêtes en avant. La tête ou chaton, de forme losangique, porte en creux une fleur de lys fleuronnée, et les bases des triangles qui l'encadrent, évidées à leur partie moyenne, déterminent deux crêtes saillantes, l'une en haut, l'autre en bas du cachet.
Est-ce un anneau semblable que Jeanne offrit à la grand'mère d'André et Guy de Laval, veuve de Duguesclin ?
En tout cas, celui qui a été découvert à Pluscarden a inspiré à M. Lang un de ses plus jolis romans : A monk of Fife, en 1898.
Le thème est la visite d'Héliote, fille de Poulnoir, peintre de l'étendard, à Jeanne, dans la prison de Rouen.
L'héroïne lui aurait remis cet anneau.
Quelle que soit la légende, les diverses probabilités en faveur de l'authenticité de cet anneau attribué à Jeanne doivent nous en rendre le souvenir précieux".

Sur le plan archéologique, il semble nécessaire qu’un jour nous puissions recenser, comparer et évaluer toutes les pièces disponibles pour faire avancer l’histoire des objets. Pour cela il n’est pas nécessaire que chaque possesseur d’un anneau le considère comme une relique sinon on risque de se retrouver à terme avec de nombreuses reliques toutes plus authentiques les unes que les autres.

Nos conclusions sur ce dossier :

Les dossiers administratifs des ventes et expositions n’ont pas été portés à notre connaissance, non plus que les dossiers d’assurances.
Seuls demeurent certains éléments publicitaires des ventes successives en salle. 
Quant au dossier d’expertise, le plus important, nous avons vu ce qu’il fallait en penser. Nous attendons avec impatience que le Musée Historique de l’Orléanais produise les objets en sa possession pour réaliser les comparaisons utiles. Cela étant de nombreux catholiques pensent que la place de la relique d’une sainte, s’il y a, n’est pas dans un parc d’attraction !
Certains sont aussi contrariés qu’une telle relique soit exploitée par une société que l’on peut qualifier de commerciale et estiment que les produits de l’exposition de la relique doivent profiter à des sociétés caritatives…
Au Ve siècle, les autorités de l’Église mirent en garde contre certains abus.
Il fallait s’assurer de l’authenticité des reliques et ne pas en faire le commerce. Mais au-delà des dérives possibles, comme la superstition ou la magie, l’Église a toujours considéré comme légitime la vénération des reliques qui connut un regain d’intérêt au Moyen Âge.
Dans son document sur la liturgie, le concile Vatican II rappelle que, « selon la Tradition, les saints sont l’objet d’un culte dans l’Église, et l’on y vénère leurs reliques authentiques et leurs images » (no 11).
On note dans la précédente citation le terme « authentique » qui a toute son importance, car en effet, comment pour un catholique vénérer une relique si cette dernière n’est pas « reliée » à une personne « sanctifiée » et canonisée.

Nous apprenons que le Puy du Fou est, par ailleurs, en contact avec plusieurs historiens pour tenter de retrouver de nouvelles traces de l'anneau dans les archives anglaises.
Nous leurs souhaitons bien du plaisir...
Mais quant à nous, nous attendrons bien évidemment de nouvelles expertises, effectuées avec les techniques appropriées, avec publication des résultats, pour admettre simplement qu’il peut s’agir d’un objet du 15ème siècle !